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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 23:07

Éditions Tallandier, 1999

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L’épopée napoléonienne – Les grandes batailles est des ouvrages les plus agréables et les plus synthétiques qu’il m’ait été donné de lire sur les guerres napoléoniennes. Comme son titre l’indique, la majeure partie du livre est consacrée au récit d’une trentaine des plus notables batailles dirigées par Napoléon. Le déroulé de chacune d’entre-elles est donné jour par jour ou heure par heure, afin de suivre au mieux les conditions stratégiques et l’évolution tactique de l’engagement. Très pratique, une carte vient systématiquement restituer la disposition géographique des forces en présence. Si les batailles les plus connues de l’Empereur sont bien sûr traitées, Jean Tranié a choisi de nous exposer d’autres bien moins connues, comme par exemple celles de Montenotte (1796, campagnes italiennes), du mont Thabor (1799, expédition d’Égypte), de Somosierra (1808, guerre d’Espagne), de Dresde (1813, avant Leipzig), de Champaubert, de Montmirail et de Montereau (1814, campagne de France). Rehaussée par une iconographie particulièrement bien pensée et une mise en page aérée, les exposés de ces affrontements, qui se soldent le plus souvent par une victoire française, expliquent avec clarté le pourquoi et le comment des choix tactiques de Napoléon et de ses généraux dans le feu de l’action.

 

Mais cet ouvrage est bien plus qu’une simple compilation de batailles. Dans son introduction, l’auteur évoque brièvement l’origine de l’armée napoléonienne, son équipement et son ravitaillement, l’organisation du service de santé, les méthodes tactiques et stratégiques adoptées par l’Empereur en campagne, ainsi que son attitude face aux innovations techniques. Il présente également deuxième partie d’ouvrage un petit dictionnaire exhaustif des maréchaux du Ier Empire. Sans oublier, en annexes, plusieurs tableaux comparatifs des batailles (forces en présence et pertes, généraux de la Grande Armée tués ou blessés, citations des régiments), et un récapitulatif rapide des armements utilisés par les troupes françaises (infanterie, cavalerie, artillerie). On le voit donc, L’épopée napoléonienne – Les grandes batailles s’avère être fort complet pour qui veut appréhender de manière panoramique l’art de la guerre napoléonien. Et Jean Tranié n’emploie pas d’hyperbole en parlant d’ « épopée », car il s’agit en effet ici, si l’on écarte les centaines de milliers de soldats injustement tombés au champ d’honneur, d’une des pages les plus glorieuses de l’histoire de France.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 10:32

Éditions Perrin, 2011

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Avec cet ouvrage l’historien et maître de recherches à l’Institut de stratégie et des conflits Bruno Colson s’est livré à un exercice brillant de synthèse et d’analyse critique de la pensée stratégique napoléonienne. Pour se faire, il est allé recueillir une multitude de sources : correspondance privée et publique de Empereur, paroles rapportées par ses contemporains, archives, publications historiques, études préexistantes. Cela lui permet de présenter les propos de Napoléon de manière quasi exhaustive, et ce selon un ordre bien précis. En effet, ce De la guerre suit le même chapitrage que le Vom Kriege de Carl von Clausewitz, en se découpant pareillement en huit livres : « la nature de la guerre », « la théorie de la guerre », « de la stratégie en général », « le combat », « les forces militaires », « la défense », « l’attaque »,  et « le plan de guerre ». Bruno Colson justifie ce choix par le fait que Clausewitz prit en référence constante l’art de la guerre napoléonien pour écrire le traité qui forgea sa célébrité. Vu le résultat obtenu, on peut dire que son choix s’avère des plus pertinents.

 

Au fil des quatre-cent cinquante pages, on réalise l’étendue et la variété phénoménales des avancées apportées par Napoléon à l’art de la guerre. S’appuyant sur la masse démographique que met à sa disposition la conscription nationale, celui qui conquit l’Europe continentale montre qu’il fut aussi bien stratège hors pair qu’un meneur d’homme extraordinaire. Pendant, vingt ans, il révolutionna la stratégie opérationnelle militaire, en systématisant l’utilisation combinée des divisions et corps d’armée, et en faisant de la concentration interarmes le moyen ultime pour briser les armées ennemies. En 1806, contre la Prusse, l’Empereur réussit à orchestrer une projection de forces de plus de sept cent kilomètres, des bords du Rhin jursqu’à la Baltique ! L’avantage crucial que Napoléon possédait sur ses ennemis, avant que ceux-ci finissent par intégrer ses révolutions militaires, fut d’appréhender le hasard comme une variable à part entière. Cela le conduit à refuser tout dogme ou doctrine militaire intangible, et à faire de l’adaptabilité la première qualité du général en chef. Napoléon n’eut jamais le temps de théoriser son expérience du terrain – ce livre a d’ailleurs pour but d’y remédier –, mais il ne cessa jamais, tout au long de sa vie, de s’inspirer des hauts faits et erreur de ses prédécesseurs (Alexandre, César, Hannibal, Turenne, Malborough, Frédéric II, etc.). La méticulosité qu’il met à préparer ses campagnes ne cède en rien à sa faculté de saisir en un coup d’œil le point de rupture au sein de la ligne adverse. Marcher vers le plus gros des forces ennemies, avec la totalité de ses forces réunies, voici l’axiome qu’il mit le plus souvent en pratique. Il érige de fait la rupture comme principe tactique, et la victoire comme but politique ultime. Comme il le dit lui-même : « en résumé, mon plan de campagne c’est une bataille, et toute ma politique, c’est le succès ».

 

De la guerre est un ouvrage à posséder sans faute au sein de sa bibliothèque stratégique.

 



Par Matthieu ROGER

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 14:29

Éditions Perrin, 2010 (1ère publication en 1987)

 

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L’historien britannique John Keegan est une figure contemporaine incontournable de l’étude des conflits. Fait chevalier de l’Ordre de l’Empire britannique par Elizabeth II en 2000, on lui doit de nombreux ouvrages d’histoire militaire, qui témoignent de champs d’études extrêmement diversifiés : Barbarossa: Invasion of Russia, 1941 (1971), The face of battle: a study of Agincourt, Waterloo and the Somme (1976), The Second World War (1990), Fields of Battle: The Wars for North America (1997), The First Wolrd War (1999), The Iraq War (2004), entres autres… Aujourd’hui, il est toujours correspondant à la Défense au Daily Telegraph.

 

Dans L’art du commandement, il traite comme il le dit lui-même « non de l’art de la guerre à travers les âges, mais des techniques et des attitudes mentales qu’impliquent le rôle du chef et l’exercice du commandement militaire ». Pour ce faire, il choisit ici de se concentrer sur quatre stratèges de guerre qui opérèrent à des époques bien distinctes : Alexandre le Grand, le duc de Wellington, Ulysses Simpson Grant, et Adolf Hitler. Son objet n’est pas de détailler les différentes campagnes que chacun a menées, même si celles-ci sont largement abordées, mais de présenter les caractéristiques et capacités particulières de leur mode de commandement. Il démontre qu’un grand chef de guerre, au-delà de ses qualités tactiques et opérationnelles, se doit de posséder des facultés mentales extraordinaires, au sens premier du terme. Cette analyse psychologique de l’attitude et du charisme du général en chef lui permet de cerner des modes opératoires inédits. Si Alexandre représente l’âge héroïque par excellence, toujours placé en première ligne des combats, il considère à l’inverse que Wellington incarne l’antihéros raisonné, ce qui ne l’empêchait pas de se placer lui aussi parfois au plus proche des combats. Grant, qui symbolise la proximité avec ses hommes et une capacité d’adaptation phénoménale, annonce déjà la mise en retrait physique du commandement en chef par rapport au feu de la bataille. Et si Hitler opérait au loin, dans ses différents QG d’Europe centrale et orientale, sa démesure insensée ne l’a pas empêché d’abattre sur le continent les affres du totalitarisme et de la guerre totale. Pour autant, l’auteur revient également sur d’autres périodes et d’autres chefs de guerre, ce qui lui permet de mettre en perspective leurs différentes stratégies. De fait, on peut selon lui résumer l’art du commandement à cinq impératifs essentiels : l’impératif d’affinité (identification de l’armée à son chef), l’impératif  de sanction (l’autorité incontestable du commandant), l’impératif d’exemple (la prise de risque comme justification de son rang), l’impératif d’éloquence (le discours pour galvaniser les troupes), et enfin l’impératif d’action (la capacité décisive à décrocher la victoire).

 

L’art du commandement, de par l’étendue de ses champs d’explorations – le commandement  nucléaire est même traité en fin d’ouvrage – et les nombreuses questions polémologiques qu’il soulève, est un essai particulièrement bien renseigné, dont on aurait tort de se priver.

  


Par Matthieu ROGER

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 09:10

Éditions Albin Michel, 1983

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Par un matin d’octobre 1600, telle un voile mortuaire posé sur la plaine de Sekigahara, la brume, comme par pudeur, recouvre le corps des samouraïs tombés pour leur seigneur. Dans le sang lié, le sort du Japon est désormais scellé. Victorieux, Tokugawa Ieyasu devient le nouveau Shogun. Ouvrant ainsi l’ère d’Edo, il met un terme à deux-cents ans de guerre civile. Parmi les vaincus de Sekigahara se trouve celui qui deviendra le plus grand bretteur qu’un sabre ait jamais servi, le jeune Miyamoto Musashi. Dans ce Japon pacifié, les écoles d’escrime se multiplient et l’art du samouraï acquiert ses lettres de noblesse. Ces écoles fourniront d’ailleurs de nombreux adversaires au rônin Musashi. A la suite d'une longue carrière de duelliste, invaincu après avoir défié les plus illustres escrimeurs de son temps, notamment Kojirō Sasaki, l’auteur du Traité des cinq roues se retire dans les montagnes pour finir ses jours en ermite. C’est dans ce cadre ascétique qu’il sent venir sa fin. Il y rédige alors cette œuvre de tactique et de stratégie à la justesse intemporelle.


Ce livre est avant tout un manuel dont l’auteur rappelle qu’il peut cependant s’appliquer à un seul comme à mille combattants. Au delà des technique d’escrime qu’il prodigue, l’ouvrage qui se révèle être un monument de stratégie et de tactique, propose une voie inédite à emprunter pour qui entend vaincre. En effet, à travers les cinq étapes de son enseignement (Terre, Eau, Feu, Vent, Vide), le samouraï offre à son disciple / lecteur les clefs d’un véritable mode de vie. La spiritualité et la technique deviennent les voies inséparables qui, associées à l’autodiscipline, mènent à la victoire. C’est l’esprit qui terrasse et non le sabre, et le premier se doit d’être au moins aussi aiguisé que le second. Chaque action doit s’effectuer selon le « rythme » qui lui convient. Musashi transcende le concret et met son expérience au service du lecteur avec pour maitre mot « la volonté de vaincre par n’importe quelle arme : c’est la voie de notre école ». Au delà de la dynamique de groupe, la pensée de Musashi se concentre sur l’individu et sur sa capacité à remporter à tout prix un combat singulier. Il est intéressant d’observer que sa vision stratégique consiste alors à appliquer sa « Voie » au général en chef et à ses hommes. Il entretient ainsi une conception organique de l’armée, la voyant comme une émanation des membres qui la composent, tel un corps au sein duquel chacun devrait respecter les principes qu’il énonce.

Ces préceptes que le maitre énonce relèvent de « l’art de l’avantage », l’art de mener sa vie afin de parvenir à la victoire, cela en toutes circonstances. Face à une pensée si globale et si efficace, on ne peut s’empêcher d’extraire le texte de Miyamoto Musashi de son  contexte et de le confronter au monde actuel. Il est en effet passionnant d’établir des parallèles et de voir combien ses enseignements universels constituent d’heureux conseils pour qui vit au XXIe siècle, même sans sabre ni kimono. De fait, le Traité des cinq roues est aujourd’hui utilisé dans les affaires et comme base d’une certaine théorie du management. Pour en appréhender la substance, il faudra comme l’auteur le conseille s’arrêter à chaque mot, afin d’en saisir la portée authentique. Aussi profond qu’un haïku, aussi dense qu’une calligraphie, le Traité des cinq roues est un livre de chevet qui, plus qu’il ne se lit, s’étudie.

 

 

Par Nicolas SAINT BRIS

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 11:54

Éditions Pierre de Taillac, 2011


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Jacques-Olivier Boudon, historien et Président de l’Institut Napoléon, a eu l’excellent idée de réunir en un ouvrage les principaux discours de guerre de Napoléon. La compilation de ses adresses aux soldats et au peuple français permet de revivre l’épopée de la Révolution et du Premier Empire. Elle permet également de saisir les champs lexicaux chers au général puis à l’empereur. Jusqu’au couronnement de 1804, les textes de Napoléon invoquent les grands principes de la Révolution, dont la liberté. Plus tard, on observe un glissement sémantique qui repose sur la soif de gloire et le recensement des victoires passées. A la lecture de ces manifestes, on ne peut qu’admirer l’éloquence du chef de guerre exhortant ses troupes à la victoire. Si le ton s’avère souvent hyperbolique, il contribue au lien direct que Napoléon a toujours voulu tisser entre lui et ses soldats, ceux qu’il nomme « les invincibles ». La dernière phrase de son discours du 11 septembre 1808 résume bien cela : « Soldats, tout ce que vous avez fait, tout ce que vous ferez encore pour le bonheur du peuple français, pour ma gloire, pour la vôtre, sera éternellement dans mon cœur ». Le nombre exceptionnel de victoires obtenues par l’Empereur engendre cette confiance mutuelle entre l’armée et son général. Et Napoléon de ressasser, quasiment à chaque discours, le nombre de drapeaux, de canons, de places fortes et de prisonniers capturés à l’ennemi. Instruments de la propagande impériale, ces discours, dont certains furent réécrit pour la postérité par Napoléon lui-même, témoignent de deux idées-forces : la grandeur de la France, et la nature transcendantale de la gloire militaire. Àce sujet, on remarque que Napoléon dresse constamment un parallèle entre la destinée de l’antique peuple romain et celle du peuple français. De la première campagne d’Italie jusqu’aux lendemains de Waterloo, le commandant en chef de la Grande Armée aime à féliciter ses unités les valeureuses, sans pour autant oublier de vilipender la perfidie des argentiers britanniques et l’infériorité des armées russes, autrichiennes et prussiennes. Napoléon Bonaparte avait pris toute la mesure d’une rhétorique percutante et concise, qu’il maniait comme un outil de stratégie militaire à part entière.

 

Discours de guerre est un livre très intéressant, dont la présentation de qualité est rehaussée par plusieurs gravures illustratives. Pour ceux qui ne seraient pas familiers de l’épopée napoléonienne, quelques phrases d’introduction précèdent chaque discours, le replaçant dans son contexte historique. La préface de Jacques-Olivier Boudon revient sur l’éloquence militaire et les références et thèmes les plus employés par Napoléon. Enfin, une chronologie placée en fin d’ouvrage vient rappeler les dates à retenir de ces vingt-cinq années qui bouleversèrent à jamais le cours de l’Histoire.

 

 

Par Matthieu Roger

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 21:38

Éditions Tallandier, 2010

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Wagram, à l’instar d’Austerlitz (1805) et Friedland (1807), entre dans la catégorie des batailles dites décisives. Celles qui, dans la foulée des combats, obligent l’ennemi à négocier la paix. Aboutissement de la campagne d’Autriche de 1809, il s’agit d’un choc dantesque opposant sur le champ de bataille environ 300.000 soldats. Ce qui la rend extraordinaire, au sens premier du terme, c’est l’emploi extrêmement massif que les deux camps font de l’artillerie. La grande batterie impériale, dont les gueules crachent en continu une pluie de boulets, jouera d’ailleurs un grand rôle dans l’avènement de la victoire française. D’où un véritable carnage, l’affrontement laissant plus de 50.000 hommes sur le carreau, sans compter les 18.000 prisonniers autrichiens.

 

Tout l’intérêt de ce livre est de ne pas se cantonner à la simple relation des diverses offensives et contre-offensives. Arnaud Blin, dont je vous recommande d’ailleurs l’excellent ouvrage sur la bataille d’Iéna (Éditions Perrin, 2003), prend en effet le temps de narrer la totalité de la campagne et de resituer l’affrontement dans son contexte diplomatique et stratégique. Il montre bien l’étendue de la révolution stratégique napoléonienne, qui bouleverse les modes de pensée de l’intelligentsia militaire européenne. Plus encore, il avance l’hypothèse selon laquelle Wagram serait peut-être le premier stigmate de la guerre moderne, de par le volume des troupes engagées et une puissance de feu inédite pour l’époque. Cartes à l'appui, le lecteur assiste au jeu d’échec mettant aux prises Napoléon Ier, auréolé de son invincibilité et de sa gloire militaires, à l’archiduc Charles, le propre frère du souverain autrichien, décrit par l’auteur comme « le plus bel adversaire » qui ait jamais combattu l’Empereur. Ce dernier s’est appuyé sur la mobilité supérieure de ses troupes pour fondre sur l’Allemagne puis s’emparer de Vienne. Ce qui ne l’empêche pas – une première ! – d’être culbuté par Charles à Aspern-Essling. Tirant les leçons de sa défaite, le génie napoléonien démontre une nouvelle fois son exceptionnelle aptitude à planifier chaque détail des opérations. Prélude à un enfoncement du centre ennemi, sa magistrale manœuvre d’enveloppement par les ailes, rendue possible par une audacieuse traversée du Danube, sonnera le glas des espoirs autrichiens.

 

 

Par Matthieu Roger

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 14:44

Éditions Robert Laffont, 1ère publication en 1990 revue en 2008


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Réunir en un seul ouvrage tous les plus grands textes de stratégie militaire écrits depuis la nuit des temps : tel est le pari fou tenté par Gérard Chaliand. Et force est d’admettre que ce pari est pleinement réussi. Bien sûr une anthologie suppose certains choix arbitraires de la part de son auteur, mais l’épaisseur de l’ouvrage –1500 pages ! – lui confère une exhaustivité maximale. On retrouve bien sûr les historiens ou stratèges les plus célèbres, à l’image de Jules César, Sun Tse, Vauban, Clausewitz ou encore Guderian, mais on découvre également pléthores d’écrits méconnus, comme Le rouleau de la guerre (Ier siècle av. J.-C.), le Livre des ruses arabe (XIVe siècle), La conquête du Pérou de Francisco de Jerez ou Le traité des stratagèmes de Joly de Maizeroy. Gérard Chaliand introduit chaque extrait d’œuvre par un bref paragraphe de présentation de son auteur et du contexte historique. Il déroule sous nos yeux quatre mille ans d’art de la guerre, sans omettre une seule des grandes périodes géostratégiques : l’orient ancien, la Grèce et Rome, Byzance, la Chine, l’Inde, les Arabes, les Persans, les Turcs, les Mongols et l’Asie centrale, les XVe-XVIe, XVIIe, XVIIIe, XIXe et XXe siècles, l’âge du nucléaire, et enfin la stratégie à l’heure de l’hégémonie américaine. Certains passages de cette anthologie se lisent comme des récits d’aventure. J’ai à titre exemple été tout particulièrement frappé par la retranscription que nous livre Xénophon de la retraite des dix mille, effectuée sur 2500 kilomètres et pendant plus de huit mois par une armée de mercenaires grecs harcelée par l’ennemi. Une des grandes originalités de l’auteur est d’engager une réflexion non pas occidentalo-centrée, mais qui prend en compte les influences théoriques reçues des Byzantins, Chinois, Indiens et musulmans. Dans sa brillante introduction, Gérard Chaliand montre en effet que jusqu’au XIVe siècle, « l’antagonisme fondamental, à l’échelle du continent eurasiatique, est celui entre nomade et sédentaires ». Une idée qu’il développera à nouveau dans son Nouvel art de la guerre, livre déjà chroniqué sur ce blog.

 

Le lecteur ne peut s’y méprendre : cette imposante Anthologie  mondiale de la stratégie est sans aucun doute le must-have ultime en matière de polémologie. À se procurer d’urgence, sans hésitation !

 

Par Matthieu Roger

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 16:27

LEDUC.S Éditions, 2010

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L’Américain Robert Greene propose avec cet ouvrage un panorama exhaustif de toutes les grandes stratégies militaires. Fondant sa synthèse sur cinq grands types de psychologies militaires – la guerre contre soi-même, la guerre en équipe, la guerre défensive, la guerre offensive, la guerre non conventionnelle – il dégage ainsi ce qu’il nomme « les 33 lois de la guerre », trente-trois principes que tout chef doit absolument prendre en considération quant à ses préparatifs ou opérations militaires. Ces trente-trois axiomes font chacun l’objet d’un chapitre particulier, toujours structuré de la même manière : un très bref résumé liminaire, plusieurs exemples historiques mis en perspectives par des citations et interprétés par l’auteur, un court propos imagé (on retrouve ici la même démarche que dans Les 36 Stratagèmes, recueil déjà présenté sur ce blog), un argument d’autorité emprunté à un grand stratège, et enfin un paragraphe qui vient « a contrario » nuancer la portée universelle de la loi stratégique énoncée.


Le plus intéressant dans cette démarche à la fois analytique et synthétique, c’est que Robert Greene emprunte à toutes les époques et à tous les penseurs, se référant, entre autres, aussi bien la Guerre de Sécession qu’à la guerre du Vietnam ou qu’aux guerres helléniques, convoquant des autorités aussi diverses que Napoléon Ier, Sun Tse, Jules César, Hannibal, etc. De même, il tire certains enseignements militaires de domaines autres que la seule polémologie. Ainsi il emprunte  au cinéma (Hitchcock), à la boxe (Mohammed Ali), à la politique (Roosevelt), à la diplomatie (de Gaulle), à la peinture (Dalí), etc. Ce fourmillement de références, toujours utilisées à bon escient, captive et met en lumière l’importance de la psychologie militaire. Là où l’auteur se montre moins convaincant, c’est lorsqu’il extrapole ses axiomes militaires pour aborder la psychologie quotidienne du tout à chacun. Sa tendance à diverger vers le coaching personnel rappelle trop l’auteur de Power, les 48 lois du pouvoir et de L’Art de la séduction, et n’apportent rien à son analyse polémologique. Quoi qu’il en soit, Stratégie – Les 33 lois de la guerre constitue une mine d’informations pour quiconque voudrait se pencher plus en avant sur les arcanes de l’art de la guerre. C’est un ouvrage épais dont on peut lire un ou deux chapitres, pour ensuite le poser puis le reprendre, chaque loi étant en soit un petit traité historico-militaire.

 

En guise de conclusion, j’aimerais reprendre une citation de William Slim que l’auteur utilise pour illustrer la stratégie de la guérilla psychologique (p. 23-24). Elle décrit avec justesse les états d’âme qui peuvent à tout moment traverser l’esprit du chef de guerre : « À tel moment, songera-t-il, je me suis trompé ; à tel autre, j’ai écouté mes peurs alors que j’aurais dû être courageux ; là, j’aurais dû attendre pour me regrouper, au lieu de frapper étourdiment ; à tel moment, j’ai omis de saisir l’opportunité qui se présentait à moi." Il se rappellera les soldats qu’il a lancés dans un assaut qui a échoué, et qui ne sont pas revenus. Il se rappellera le regard de ces hommes qui lui faisaient confiance. "Je les ai trahis, se dira-t-il, et j’ai trahi mon pays !" Et il se verra tel qu’il est : un général battu. À l’heure sombre, il se rongera de questions sur la vraie nature de l’homme et du commandement. » (in. Defeat into Victory, première publication en 1959)

 

Par Matthieu Roger

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 18:18

Éditions Economica, 1997

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À l’automne 1709, la situation militaire de la France n’est guère brillante. Affaiblies par une Guerre de Succession d’Espagne qui traîne en longueur depuis déjà huit ans, les armées de Louis XIV enregistrent en effet depuis 1704 une série de défaite qui menace les frontières du royaume. Les plus notables sont celles de Höchstädt, Turin, Ramillies, Oudenaarde, auxquelles viennent s’ajouter les récentes pertes des places-fortes de Lille et de Tournai. On comprend alors pourquoi André Corvisier  (professeur émérite à la Sorbonne et président d’honneur de la Commission Internationale d’Histoire Militaire) a choisi pour cet ouvrage le sous-titre éloquent d’« effondrement de la France évité ». Car si elle ne fut pas une victoire, la bataille de Malplaquet, en voyant à son terme les troupes royales retraiter en bon ordre après avoir infligé des pertes deux fois supérieurs à l’ennemi, redonne confiance aux Français et redore leur blason en gloire et en prestige.


En 1709, Malplaquet n’est rien d’autre qu’une trouée coincée entre deux bois et située sur la route qui se dirige vers Mons. Commandée par les maréchaux de Villars et de Boufflers, l’armée française établit une position défensive, derrière des retranchements qui courent d’un bois à l’autre, sur un terrain bocager, forestier et morcelé. Mis en confiance par leurs succès, le prince Eugène et le duc de Malborough, les deux chefs militaires de l’alliance de La Haye (Angleterre, Provinces-Unies, Empire allemand), n’hésitent cependant pas à passer à l’offensive. S’ensuit une des batailles les plus meurtrières du XVIIIe siècle, où le placement de l’artillerie et les capacités manœuvrières des bataillons d’infanterie jouent un rôle déterminant. Plusieurs heures de combats furieux sur les ailes permettent finalement au prince Eugène de percer le centre français. Après plusieurs contre-attaques aussi vaines que violentes, Boufflers, auquel Villars a passé le commandement en chef après sa blessure, fait retraiter ses troupes qui s’exécutent avec une parfaite maîtrise. André Corvisier n’a donc pas tort quand il parle de « défaite glorieuse », puisqu’elle permet à Louis XIV, sur le plan stratégique, de ne pas s’avouer vaincu et de prolonger la guerre. Les coalisés perdent à cette occasion 20.000 hommes, tribu extrêmement élevé pour l’époque, alors que les Français n’ont à déplorer « que » 10.000 hommes mis hors d’état de combattre. Que ce soit d’un côté ou de l’autre, cette « bataille d’arrêt » comme la qualifie Jean-Pierre Le Flem, met en exergue le courage et la vaillance retrouvés de troupes françaises pourtant aux abois. En cela Malplaquet mérite bien une place d’honneur dans l’Histoire nationale.

 

La bataille de Malplaquet 1709,par l’exhaustivité de ses descriptions, est un livre à réserver aux aficionados de stratégie militaire. Mais, cela étant dit, on ne peut reprocher à André Corvisier un manque de pédagogie, puisque toute une partie de l’ouvrage est consacrée à l’exposition  du contexte politique et économique de la guerre. Les lecteurs qui manquent de temps trouveront un excellent chapitre consacré à Malplaquet dans Batailles d’Hervé Drévillon (déjà chroniqué sur ce blog), voire un descriptif plus sommaire mais tout aussi intéressant de cette bataille dans le Dictionnaire Perrin des guerres et des batailles de l’histoire de France (également chroniqué sur ce blog).

 

Par Matthieu Roger

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 17:26

Plon/Imprimerie nationale Éditions, 1996 (première publication en 1932)


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Le fil de l’épée est à l’image du visionnaire qu’était Charles de Gaulle : le verbe haut, réfutant les non dits, excluant tout compromis. S’appuyant sur trois conférences données en 1927 à l’École de guerre, devant un auditoire hostile, de Gaulle prend position contre les doctrines a priori qui gangrènent l’armée française au sortir de la Première Guerre mondiale. Pour celui qui enseigna l’histoire militaire aux élèves officiers de Saint-Cyr, il s’avère en effet inconcevable que les doctrines militaires prévalent sur les contingences de la guerre et du champ de bataille. Selon de Gaulle, à la guerre seules comptent les circonstances et les personnalités. D’où son militantisme en faveur d’un retour à l’étude du réel. En convoquant les pages plus ou moins glorieuses de l’histoire militaire française, il dénonce l’immobilisme doctrinal des états-majors et le conformisme des cadres de l’armée. Si la France s’est inclinée devant les Prussiens en 1870-71, dit-il, c’est que ses généraux s’arc-boutèrent sur la doctrine défensive des positions, alors que celle-ci interdisait, dans les faits, toute initiative. Si le conflit de 1914-1918 fut si meurtrier, c’est à cause de la doctrine de l’attaque à outrance, qui sacrifia des masses colossales de soldats lors d’offensives suicidaires. De même, de Gaulle fustige la doctrine ultra-défensive des fortifications promue après-guerre par le haut commandement français. Ce n’est pas une quelconque doctrine militaire qui doit imprégner les esprits, mais bien une farouche volonté d’adapter et de remettre constamment en cause l’ordre de bataille, en fonction des circonstances, du contexte, de l’ennemi, du terrain, du moral des troupes, etc. Bref, en ce qui concerne l’art de la guerre, rien ne doit être figé dans le marbre.

 

Cependant, pour de Gaulle, le bon chef de guerre n’est pas seulement celui qui possède le talent et l’intuition lui permettant de s’adapter aux circonstances. C’est également celui insuffle un supplément d’âme à l’action de guerre. Directement inspiré par les thèses bergsoniennes, de Gaulle défend une vision philosophique de la conduite de la guerre. Ainsi le charisme, le caractère, le prestige, la fermeté et la rectitude morale sont autant de qualités qui viennent sanctionner l’action de tout grand général en chef. Et de Gaulle de citer Alexandre, César, Napoléon, ces chefs de guerre de génie qui surent à la fois s’assurer le respect et la confiance de leurs soldats, et témoigner d’un refus constant de tout conformisme ou conservatisme doctrinal. Prophétisant le rôle qui sera le sien lors de la seconde Guerre mondiale, de Gaulle insiste sur le caractère exemplaire de l’homme providentiel ; celui qui, seul contre tous, est capable d’analyser le tourbillon des évènements à l’aune de sa force de caractère et de ses principes moraux, pour ensuite prendre les décisions qui s’imposent.

 

Comme le dit Alain Peyrefitte dans sa présentation, « la pensée qui aiguise Le fil de l’épée est une pensée en action, une pensée de terrain, empreinte de décision mais aussi d’attention aux circonstances ». Discours habité par l’idéal de grandeur de la France, elle démontre que celui qui n’était à l’époque que simple capitaine était en avance sur son temps.

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Stratégie militaire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite