Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 10:54

Éditions Nimrod, 2009

cover-Fallouja.jpg

 

 

À l’image du  Bravo Two Zero écrit par Andy McNab, Fallouja est livre choc, qui ne peut laisser insensible. Il s’agit du témoignage de David Bellavia, sergent-chef dans l’infanterie américaine, qui nous raconte son vécu de la campagne en Irak, et plus particulièrement sa participation à l’attaque sur Fallouja, en novembre 2004.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur ne prend pas gants avec la réalité. À aucun moment il ne cherche à masquer les atrocités de la guerre. Il livre au lecteur ses états d’âme, sans fioritures ni arrière-pensées. Son propos est cru, hyperréaliste, s’abreuvant de l’action et de la guerre. David Bellavia nous narre ainsi ses angoisses, ses psychoses, ses peurs les plus profondes. Car la bataille de Fallouja n’est pas une bataille comme les autres. Comme indiqué sur la couverture de l’ouvrage, on peut en effet la considérer comme « la plus grande bataille urbaine et insurrectionnelle du XXIe siècle ». Les GIs et les Marines américains, parés du meilleur armement et des dernières technologies de combat, y affrontèrent quelques milliers de djihadistes islamistes fanatiques ayant transformé la ville en une immense forteresse et dédale de pièges en tous genres. Au détour des ruelles et des portes enfoncées le traqueur devient traqué, dans un jeu mortel où la pitié n’a jamais sa place. À travers les propos de Bellavia on saisit mieux la haine qui habite les deux camps. D’un côté les soldats américains, qui n’ont comme seule envie que celle d’en découdre et de tuer le plus de « terroristes » possibles. De l’autre les combattants islamistes, qui exècrent ces « chiens d’Américains » venus leur apprendre la démocratie  à coups de canons. Lors d’un premier combat, à Diyala, le 9 avril 2004, nous sommes témoins de la vitesse à laquelle la guérilla urbaine peut se muer en véritable chasse à l’homme. Je cite : « Nous fonçons à travers des portails, le doigt sur la détente, les cibles s’affalant chaque fois que nous faisons usage de nos armes. Les miliciens de l’armée du Mahdi courent de carrefour en carrefour, mais nous sommes rapides et bons tireurs. Nous les assommons sans leur donner la moindre chance de pouvoir se relever. Nos Bradley avancent, les salves meurtrières de leurs Bushmaster frappant les bâtiments alentour. Et pourtant, les miliciens refusent d’abandonner le combat. » (p. 30-31). On sent même parfois la fascination de ces guerriers – car il faut bien les appeler comme cela – devant la puissance du feu, fascination qui se rapproche parfois d’une esthétisation de la guerre aux relents nauséabonds : « Les Bradley se mettent en mouvement et leur Bushmaster entrent dans la danse. Les insurgés planqués dans l’entrepôt sont sur le point de recevoir une leçon sur la puissance de feu américaine. C’est impressionnant. Les 240 déchiquètent la façade du bâtiment. Les obus de 25 mm trouent les murs et balancent du shrapnel à l’intérieur. Avec nos balles traçantes, nous dessinons dans le ciel obscur des motifs de dentelle, formant ce qui pourrait ressembler à un spectacle de son et lumière. » (p. 237). Ces témoignages directs d’une violence exacerbée sont vraiment choquants, sans parler de ce combat dans le noir, à mains nues, que livre à un moment Ballavia contre un islamiste : quelques pages où l’auteur nous confronte à la mort, à l’instinct de survie animal et bestial d’un ultime corps à corps. À la fois paroxysmique et éprouvant.

 

Fallouja est une apologie de l’esprit de corps, de la fraternité des hommes au combat. Une apologie certes, mais sincère, de l’ordre du vécu et du ressenti, celui qui ne peut se contester. Là où l’auteur excelle, c’est lorsqu’il veut nous faire toucher du doigt l’amour qu’il porte à ses hommes, combien il est important, à ses yeux, de sa battre pour et avec eux. Mettant en avant les horreurs de la guerre, l’expérience la plus bouleversante qu’un homme puisse subir, il n’en exclut pas moins la jouissance des shoots d’adrénaline l’arme au point. Il narre la guerre, la vraie, celle des pleurs, du sang, des blessures physiques et psychiques. La guerre, celle qui glaire, qui fiente, qui pue, qui ravage les corps et les âmes.

 

Par Matthieu Roger

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 02:28

Éditions Flammarion, 2008

cover-la-guerre-du-peloponnese.jpg

 

 

Tout le monde connaît la guerre du Péloponnèse de nom, mais peu savent quels en furent vraiment les enjeux et les acteurs. Victor Davis Hanson, spécialiste de l’Antiquité, historien militaire et professeur émérite à l’Université d’État de Californie, s’attache dans cet ouvrage à retracer l’itinéraire chaotique de vingt-sept années de guerre civile autour des cités de Sparte et d’Athènes. S’absolvant de l’impératif chronologique couramment usité, il convoque tout à tour les différents agents stratégiques du conflit : le feu, la peste, la terreur, les hoplites, les sièges, la cavalerie, les navires, les mentalités, etc. Les dates, l’enchaînement des sièges et des batailles n’interviennent qu’en toile de fond d’une synthèse globale de l’histoire militaire du Ve siècle av. J.-C. qui s’appuie sur les écrits de l’époque, et notamment sur ceux de l’historien Thucydide. La guerre du Péloponnèse raconte ainsi comment la guerre navale prit inexorablement le dessus sur les batailles rangées opposant les phalanges d’hoplites. Dépassée par de nouvelles techniques de combats protéiformes (sièges, coups de mains, raids de cavalerie, massacres de civils et de prisonniers), ce que l’auteur appelle « la logique hoplite » n’en fut pas mois « transmise aux légions romaines, survécut dans les colonnes italiennes, suisses et espagnole du Moyen Âge et les tercios des lanciers, avant d’arriver jusqu’à l’époque des armes à feu, avec la maîtrise par les Européens de l’exercice militaire et du feu de volée » (p. 182). Lutte fratricide, l’affrontement entre Sparte, Athènes et leur myriade d’alliés respectifs marque un dérèglement de ce que certains nommèrent rétrospectivement « l’âge d’or de la Grèce ». Car cette guerre, non contente de mettre à bas les murailles du Pirée et d’assujettir Sparte à l’argent perse, se résume en grande partie à une série d’actes barbares, de massacres de civils et militaires : en 431 les Platéens exécutent tous leurs otages thébains, en 430 les Péloponnésiens jettent par-dessus bord tous les Athéniens capturés, en 427 les Athéniens exécutent mille Mytiléniens, en 424 les oligarques  exécutent leurs opposants démocrates, en 423 Mendè est mise à sac et Mélos détruite en 416, en 413 des écoliers sont massacrés à Mycalesse, etc. (p. 246-247). Et je ne fais que citer quelques dates de la longue liste établie par l’auteur… Victor Davis Hanson n’a cesse de rappeler, de chapitre en chapitre, dans quelle mesure ce conflit ébranla le monde hellénique et panhéllenique. Par l’étendue des moyens et des forces engagées, la guerre du Péloponnèse est peut-être tout simplement le premier exemple de guerre totale de l’Histoire.

 

Après Le jour des barbares d’Alessandro Barebro (cf. ma critique sur ce livre), les éditions Flammarion nous proposent une nouvelle fois un ouvrage d’histoire militaire d’excellente facture. Les notes, le glossaire et la liste des personnages situés en fin de livre permettront à ceux qui le désirent d’aller plus avant dans la compréhension de cet affrontement dantesque.

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 17:01

Éditions Flammarion, 2010

cover-barbero.jpg

 

 

Andrinople est une bataille injustement méconnue car elle marque le début de la fin de l’empire romain, divisé depuis peu en deux grandes zones géopolitiques dirigées chacune par un empereur : l’empire d’Occident et l’empire d’Orient. Le 9 août 378, elle vit s’opposer les légions de l’empereur romain d’Orient, Valens, aux troupes de Goths ayant franchi le Danube et mettant à feu et à sang la province de Thrace. Non seulement les Goths menés par Frigitern l’emportèrent, mais l’infanterie et la cavalerie romaine furent décimée, et Valens périt sur le champ de bataille.

 

Dans Le jour des barbares, Alessandro Barbero, historien et romancier italien, développe le contexte militaire et politique de l’empire avant et après cette bataille décisive. Le fait est que l’empire romain, au IVe siècle, est loin de l’état de déliquescence véhiculée par nos images d’Épinal. Centré sur la Méditerranée, il s’étend de la Bretagne (l’actuelle Angleterre) jusqu’au Tigre, de la Mer Noire jusqu’à la pointe de Gibraltar, de Trèves jusqu’à Alexandrie. Les légions romaines, si elles ont abandonné l’idée de s’emparer de la Germanie depuis le désastre de Teutoburg, font régner l’ordre sur les marches de l’empire. Cependant, garantir les frontières d’un tel empire coûte cher en hommes, et l’armée romaine s’avère être de plus en plus dépendante du recrutement de contingents de barbares. Ces derniers, Germains, Goths, Francs, Alamans ou Arabes, une fois enrôlés dans l’armée, ne tardent d’ailleurs pas à se romaniser, parlent latin, grec, et se convertissent au christianisme. Cet état de fait met en exergue l’utilisation accrue, par le pouvoir impérial des masses d’immigrants venues des marches frontalières, main-d’œuvre bon marché et docile. Cette assimilation des masses dites barbares est pratiquée depuis de nombreuses décennies et est enregistrée dans le droit romain. La guerre déclenchée en Thrace par les Goths trouve son origine dans l’urgence humanitaire des populations barbares qui, pressées au nord par les coups de boutoir des raids huns, réclament aux autorités romains ce qu’on appellerait aujourd’hui « l’asile politique ». Celui-ci leur est accordé en 376, ce qui permet à des milliers de Goths de trouver refuge en Thrace. La cohabitation avec ces hordes d’immigrés débouchera rapidement sur des effusions de sang, puis sur la bataille des Saules, à l’issue indécise, et sur celle d’Andrinople, véritable désastre militaire.

 

Le jour des barbares est un ouvrage passionnant, qui met en relief les enjeux stratégiques de survie d’un empire. Dans un style vivant et très pédagogique, Alessandro Barbero nous montre comment la première tâche du pouvoir impérial devint peu à peu la gestion des flux de l’immigration barbare. Ironie du sort, c’est un général romain d’origine barbare, Alaric qui, en 410, mit Rome à sac et sonna en quelque sorte le glas de l’empire romain d’Occident.

Du même auteur je vous recommande vivement la lecture de Waterloo (éditions Flammarion, 2005), brillant récit de la bataille qui mit fin au rêve napoléonien.

 


Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 21:04

Éditions Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 2008


cover-Junger.jpg

 

 

Les Journaux de guerre d’Ernst Jünger sont une œuvre majeure de la littérature du XXe siècle. Non seulement ils constituent un témoignage inestimable de la Première Guerre mondiale vécue depuis les tranchées, mais la force d’écriture d’Ernst Jünger permet de vivre au plus près cette véritable « expérience de chair et de sang ». Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre choisi par la Bibliothèque de la Pléiade, Ernst Jünger choisit de publier ses notes de carnets non sous la forme de journaux mais sous celle de véritables récits de guerre. Il n’hésitera d’ailleurs pas à retravailler à de multiples reprises ses écrits, remaniant par exemple sept fois Orages d’acier lors des différentes publications échelonnées entre 1920 et 1978. Ce souci du mot juste et de l’intelligible description de la furie des combats nous transmettent, un siècle plus tard, « l’horreur, l’angoisse, l’anéantissement pressenti, la soif d’un déchaînement intégral dans la lutte » qui happèrent alors les belligérants.


Orages d’aciers est certainement le récit le plus connu de l’auteur. Il narre toute son expérience personnelle du conflit, de la mobilisation en 1914 jusqu’à la fin des combats en 1918. Voyageant sur les différentes lignes du front, le lecteur assiste à la lutte pour la survie effarante de cet officier allemand devenu héros de guerre, blessé à pas moins de quinze reprises, ce qui  en fit le plus jeune récipiendaire de la plus haute distinction prussienne « Pour le mérite ».

Le boqueteau 125 est la chronique de combats de tranchées auxquels prit part Jünger en 1918. Centrée sur les combats pour le contrôle dérisoire d’un simple boqueteau, elle raconte le quotidien mortifère du soldat, bringuebalé dans les dangereux entonnoirs des avant-postes de reconnaissance, au fond des tranchées de la première ligne ou mis en réserve sur les arrières, selon un calendrier réglé à la minute.

Feu et sang relate l’épisode d’une grande bataille, celle de la tentative de percée du front britannique effectuée par les Allemands au début de l’année 1918. C’est le récit qui m’a le plus marqué, puisque l’auteur nous transporte au sein des groupes de choc, ces troupes d’assaut d’élite chargées de briser les premières lignes ennemies. La pression psychologique qui repose sur ces hommes est hallucinante, tout comme l’est la sauvagerie des combats à la grenade dans les tranchées prises d’assaut. Feu et sang est un texte fou, qui parvient à s’immiscer au cœur du mystère guerrier, telle une esthétisation de la guerre intrinsèquement liée à la sauvagerie intemporelle de l’homme.

Le combat comme expérience intérieure décrypte les différents champs métaphysiques du guerrier : le sang, l’horreur, la bravoure, le contraste, le feu, l’angoisse, etc. On sent l’auteur écartelé entre son penchant pour l’héroïsation de la guerre et l’horreur éprouvée devant l’étendue de ses ravages. L’impératif de survie lui dicte une appréhension de la mort paradoxale, teintée d’amor fati : « Que l’on tue des hommes cela n’est rien, il faut bien qu’ils meurent un jour, mais on n’a pas le droit de les nier. Non, les nier, on n’en a pas le droit. » (p.579).

 

D’autres écrits viennent s’ajouter au fort utile répertoire des termes militaires placé en fin d’ouvrage, qui apportent de nouveaux éclairages sur la Première Guerre mondiale. La déclaration de guerre de 1914 revient sur l’état d’esprit nationaliste des soldats à la mobilisation. Sturm s’avère être la première tentative de fiction de l’auteur. Reprenant certains éléments autobiographiques, elle décrit la fraternité entre combattants d’un même camp. Quant à Feu et mouvement, il s’agit d’une courte synthèse sur l’évolution de l’art militaire au début du XXe siècle, qui résume intelligemment comment apparurent les nouveaux concepts de tirs de barrage, de tirs d’anéantissement, de feu roulant, toutes ces nouvelles pratiques industrielles de la guerre qui reléguèrent l’individu au rôle de simple pantin désarticulé. Sans oublier, bien sûr, que cette densité inédite du feu fut accrue par l’utilisation des gaz asphyxiants.

 

Je conclurai cette critique en soulignant que la bande-annonce de la traduction allemande de Capitaine Conan, en 1935, comportait un jugement d’Ernst Jünger. Il n’est pas étonnant de retrouver dans ce roman, déjà chroniqué sur ce blog, cette figure à la fois tragique et impitoyable du lansquenet à laquelle s’oppose l’idéalisme héroïque de Jünger. Les Journaux de guerre d’Ernst Jünger sont fondamentaux pour comprendre le fait que, de tous temps et à toutes époques, l’important n’est pas de saisir le pourquoi de la guerre, mais comment l’homme se bat.

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 19:16

Éditions du Seuil, 2007

cover-wieviorka.jpg

 

 

En 1943, suite aux demandes répétées des soviétiques qui requièrent l’ouverture d’un nouveau front à l’ouest, les Britanniques et Américains prennent une décision qui marquera l’histoire du XXe siècle. Ceux-ci prévoient pour 1944 un débarquement de grande ampleur sur les côtes françaises, qui permettra de hâter la chute désormais inévitable du IIIe Reich. Alors que la guerre fait rage dans le Pacifique, aux confins d’Europe de l’est et en Italie, les Alliés mettent en branle une gigantesque machine de guerre économique et militaire, avec pour seul objectif en tête celui d’assurer le maintien de la tête de pont au soir du 6 juin 1944.

 

Dans ce livre Olivier Wievorka, actuel directeur de la revue Vingtième Siècle et professeur d’histoire contemporaine à l’École Normale Supérieur de Cachan, fournit un exposé complet des problématiques qui se posent aux Alliés et aux forces allemandes quant à la préparation et à la conduite de la guerre sur le nouveau front occidental. Il aborde les tractations diplomatiques qui conduisirent à opter pour un débarquement en France – Churchill étant par exemple plutôt favorable à l’ouverture d’un nouveau front dans les Balkans – et à choisir la Normandie comme théâtre d’opération. Il expose l’état des forces en présence, et décrypte l’énorme mobilisation économique, non sans accrocs, des démocraties occidentales en vue de cette échéance cruciale. Lorsque la stratégie dépend à ce point de la planification logistique, chaque objectif militaire édicté peut-être remis en cause du jour au lendemain. L’auteur présente également la chaîne de commandement alliée, qui sera quelque peu remaniée au profit de l’état-major américain suite au piétinement des troupes anglo-canadiennes du général Montgomery devant Caen. Ce débarquement sur les plages de Normandie s’avère être au final une réussite, les Allemands ne réussissant pas à mobiliser assez rapidement leurs troupes cantonnées dans le nord de la France pour espérer rejeter les Alliés à la mer. Non seulement le mur de l’Atlantique cède en quelques heures, mais un certains nombre de membres du haut-commandement de la Wehrmacht craignirent pendant longtemps, et ce même après le D-Day, qu’un autre débarquement d’envergure ait lieu dans le Nord-Pas-de-Calais. Fixés à Caen, puis débordés sur leur flanc ouest par les Américains, les troupes de l’Axe combattirent courageusement mais ne pouvaient espérer l’emporter autrement qu’en repoussant l’assaut dès les première heures. Des premières heures qui furent d’ailleurs les plus éprouvantes pour le GI moyen qui, comme le déclarait un officier américain « ne comprit jamais rien à la guerre et ne sut pas vraiment pourquoi il combattait en Europe. (…) Il combattit simplement pour en finir et pour renter chez lui. Il combattit pour tuer des hommes qui voulaient le tuer. Il combattit aussi pace qu’on le lui ordonnait et parce qu’il n’y avait pas de moyen de faire autrement sans être déshonoré ». N’oublions jamais que c’est dans le sang de bloody Omaha que fut acquise la gloire future du nom de code « Overlord ».

 

Même si Olivier Wiervorka n’a pas la plume léchée d’un Paul-Marie de la Gorce, Histoire du débarquement en Normandie n’en constitue pas moins un travail de recherches historiques remarquable.

 


Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 22:28

Éditions Gaussen, 2010

cover-Soldats-de-Napoleon.jpg

 

 

 

Dès la première phrase Jérôme Croyet mentionne l’ouvrage de Jean-Claude Damamme Les soldats de la Grande Armée. Cela tombe bien, je l’ai déjà chroniqué sur ce blog ! La différence entre ces deux livres tient en ce que Croyer appuie son étude sur les lettres et écrits des simples soldats, alors que Dammame reconnaissait faire « la part belle aux hommes instruits », dont nous sont parvenus de plus nombreux témoignages. Ces bouts de récits inédits des grognards de l’Empereur ont été excavés par l’auteur dans diverses archives publiques ou collections privées. Ce qui est intéressant c’est que les illustrations qui les accompagnent, dont bon nombre de photos des œuvres, armes et uniformes exposés au musée de l’Empéri, sont également inédites. Jérôme Croyet s’empare de ces sources bibliographiques originales pour dresser un tableau synthétique de la vie quotidienne du soldat sous le Premier Empire. Sont ainsi évoqués le recrutement, la formation au sein du régiment d’affectation, les longues et épuisantes marches des manœuvres – entre 20 et 40 kilomètres par jour ! –, les conditions souvent déplorables d’hygiène, sans oublier bien sûr le combat et le retour au pays natal lorsque le sort se montre clément. À travers ce qu’écrivent soldats français à leur famille on comprend mieux ce que signifie vraiment le mot survivre. C’est avant tout lutter contre l’éloignement, ne pas se laisser envahir par la nostalgie du foyer. La majorité des soldats étaient des paysans, qui n’avaient souvent jusqu’alors pas même franchi les frontières de leur département. L’esprit de camaraderie s’avère alors extrêmement important pour ces hommes regroupés au sein de leur régiment et compagnie en fonction de leur village ou région d’origine. Les campagnes à travers l’Europe leur font découvrir d’autres peuples, d’autres cultures. Le chauvinisme est souvent de mise, car le Français de cette époque sent encore vibrer en lui l’appel révolutionnaire. C’est d’ailleurs ce qui différencie l’armée impériale des autres armées des monarchies européennes : la fibre patriotique est bien plus développée dans les rangs tricolores. Ajoutez à cela la confiance inébranlable placée dans l’Empereur et la possibilité jusqu’alors jamais observée de pouvoir gravir rapidement les échelons militaires, et vous obtiendrez pour résultat un moral collectif qui restera longtemps très élevé. Ce moral déclinera à partit de 1809, au moment où l’invincibilité des troupes impériales commencera à être remis en question sur les champs de bataille d’Espagne et d’Europe de l’est.

Pour ceux que la lecture de l’ouvrage très complet de Jean-Claude Damamme pourrait rebuter, Soldats de Napoléon leur offre un bref mais passionnant aperçu de qui étaient véritablement ces hommes qui combattirent pour la gloire de la France et de Napoléon. On peut faire confiance à l’auteur, docteur en histoire et spécialiste de la Révolution et du Premier Empire, pour ne jamais verser injustement dans la légende dorée ou la falsification des témoignages recueillis.

 


Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 00:42

Éditions Gallimard, 1942

cover-pilote-de-guerre.jpg

 

Pilote de Guerre, publié par Saint-Exupéry en 1942, est le récit d’une de ses missions de reconnaissance aérienne au-dessus d’Arras effectuée en 1940. Alors que les panzers allemands envahissent la ville, le capitaine Saint-Exupéry, assisté de son officier observateur et de son mitrailleur, doit survoler la zone pour en rapporter le maximum de clichés. Et cela même si ces trois hommes savent bien que ces photos ont peu de chance d’atterrir dans les mains à l’état-major. Au vu de la débâcle militaire et de l’ampleur de l’exode civil, l’armée française est en effet plus préoccupée par ses manœuvres de replis que par l’utilisation potentiellement offensive de renseignements chèrement acquis sur terrain. Le récit de ce vol de guerre nos prend aux tripes parce qu’avant même de décoller l’équipage sait qu’il n’a, dans le meilleur des cas, qu’une chance sur cinq de rallier vivant sa base. Lorsqu’une escadrille de chasseurs allemands apparaît au loin on croit leur fin proche, un avion de reconnaissance n’ayant aucune chance face à de tels adversaires. Mais l’avion trace sa route et s’échappe, pour enfin arriver en vue de l’objectif. Cueillis à Arras par un concert de missiles antiaériens, il en faut une nouvelle fois de peu pour que nos trois Français restent sur le carreau. Exténués par le vol en altitude – évoluer à 10.000 mètres d’altitude met à rude épreuve les mécaniques mais aussi les organismes –, ils réussiront tout de même à rejoindre les quelques équipages du Groupe aérien 2/33 qui tentent encore de lutter, malgré la quasi destruction de l’armée de l’air française, contre l’inexorable avancée ennemie.

 

Mais Pilote de guerre n’est pas qu’un simple récit de guerre. Saint-Exupéry y décrypte les raisons de la défaite française. Loin de fustiger l’impéritie du haut commandement ou une somme d’erreurs individuelles, il constate tout simplement que le rapport de force était trop déséquilibré pour pouvoir espérer la victoire. La défaite française résulte selon lui d’une défaillance collective qui vient entériner le déclin de notre civilisation. Dès 1942 il est assez lucide pour tirer de son expérience individuelle de pilote de guerre des leçons universelles, dans lesquelles il engage les concepts d’Homme, de Civilisation, d’Esprit, d’Idée, d’Humanisme, de Charité, de Société, de Communauté, et enfin de Dieu. L’auteur se mue alors en quelque sorte en philosophe et nous explique pourquoi les notions d’Homme et de Civilisation portent en elles les germes de la victoire. Renvoyant l’individu au don de soi, elles consacrent la mort comme un sacrifice à la fois signifiant et significatif. Comme le dit lui-même Saint-Exupéry : « Ce n’est pas le risque que j’accepte. Ce n’est pas le combat que j’accepte. C’est la mort. J’ai appris une grande vérité. La guerre, ce n’est pas l’acceptation du risque. Ce n’est pas l’acceptation du combat. C’est, à certaines heures, pour le combattant, l’acceptation pure et simple de la mort. » (p. 143).

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 14:19

Éditions La Martinière, 2008


les grands chefs militaires et leurs campagnes

 

Dans la lignée des livres que je vous ai déjà présenté, voici un beau livre qui mériterait sa place au pied du sapin de Noël. Encore que… J’avoue avoir été assez agacé par plusieurs coquilles d’impression, notamment en ce qui concerne les dates des batailles et les effectifs engagés, ainsi que par les textes de présentations des chefs de guerre, parfois trop succincts ou synthétiques. Difficile en revanche de ne pas succomber à la très belle présentation générale de cet ouvrage, une habitude chez les Éditions de La Martinière. Non seulement l’iconographie est magnifique, soulignant de manière pertinente les textes de présentation, mais des cartes tactiques en 3D sont en outre systématiquement proposées, qui mettent en relief la portée des opérations militaires de tel général ou de tel chef de guerre. Voici donc un ouvrage plus destiné au plaisir des yeux et à l’information factuelle qu’à l’approfondissement historique et stratégique des grandes campagnes de l’Histoire. Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que le panel des historiens réunit par Jérémy Black,  professeur d’histoire à l’Université d’Exeter et auteur/éditeur de près de 70 ouvrages, nous fait découvrir de nombreux hommes injustement méconnus, ou dont l’influence ne fut parfois pas assez prise en considération, à l’image, entres autres, du Tchèque Jan Zizka et du Hongrois János Hunyadi, deux stratèges du Moyen-Âge, d’Akbar, le bâtisseur de l’Empire moghol, ou encore de Tchaka, le fondateur de la nation zouloue. Au travers des 545 illustrations qui émaillent les récits des conquêtes et des défaites, le lecteur se retrouve immergé dans un immense panorama militaire s’étendant sur 2500 ans, ici découpé en quatre grande périodes : le monde antique (de Cyrus le Grand à Bélisaire), le monde médiéval (de Charlemagne à János Hunyadi), l’âge des empires et des révolutions (d’Hernán Cortes au Duc de Wellington) et l’âge moderne (de Tchaka à Vo Nguyen Giap). Louable initiative, le mini-dictionnaire des noms propres situé en fin d’ouvrage permet également d’évoquer en quelques lignes les illustres militaires n’ayant pas bénéficié d’un chapitre spécifique : Thoutmosis III, Narsès, Michiel de Ruyter, Jean Lannes, Ivan Konev...

L’introduction écrite par Jérémy Black nous rappelle fort justement que « le succès militaire ne se limite pas à la victoire (…) : il suppose la capacité à atteindre ses objectifs, à exécuter un certain nombre de tâches, à remplir une mission ». C’est pourquoi Chandragupta (créateur de l’empire des Maurya en Inde), Edouard Ier, K’ien Long (empereur de Chine, dynastie des Qing) ou encore Eisenhower, s’ils ne furent pas d’extraordinaires tacticiens ou de géniaux stratèges, n’en figurent par exemple pas moins dans cet ouvrage. Même si les véritables qualités des généraux de génie s’expriment aussi bien au niveau tactique qu’au niveau opérationnel ou qu’au niveau stratégique (Alexandre le Grand, Hannibal, Napoléon Ier), les enseignements de la polémologie, tout comme les faits, démontrent l’extrême difficulté à combiner ces trois échelles. Sous oublier la gestion des hommes et du temps, la capacité à discerner et à solutionner les problèmes, et bien sûr la dimension politique, qui la plupart du temps gouverne la définition des objectifs stratégiques.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 14:08

Éditions Perrin, 2002

cover-damamme.jpg

 

 

Dans ce livre Jean-Claude Damamme, spécialiste de l’Empire et biographe du maréchal Lannes, passe en revue tout ce qui émaille le quotidien des soldats français et étrangers qui servirent Napoléon entre 1803 et 1815. Il évoque bien sûr le déroulement des combats, mais aussi les conditions d’hygiène, celles dantesques des opérations chirurgicales, la maigre alimentation, les conditions d’emprisonnement plus ou moins dures selon la nation ennemie (l’Espagne et l’Angleterre sont les plus inhumaines, puisqu’elles enfermaient leurs prisonniers dans des pontons insalubres, véritables antichambres de l’enfer), la correspondance avec les proches, les impressions recueillies au gré des différents pays traversés et conquis, l’appartenance identitaire aux différents corps d’armée, l’armement, les récompenses, la tactique des champs de bataille, etc. Bref, un recueil quasi exhaustif de la vie – et de la mort – du soldat napoléonien, dont l’intérêt réside sur son recours constant à des correspondances et témoignages de militaires de l’époque, de tous grades et de toutes origines sociales. Se dresse alors devant nous une description épique mais toujours très bien documentée de la vie de ces hommes qui pour certains parcoururent l’Europe entière pendant plus de dix ans, parfois sans revoir leurs foyers plus de quelques mois ou de quelques jours. Ces soldats de la Grande Armée forment l’élite militaire de leur époque, en témoigne le nombre impressionnant des victoires récoltées et la grandeur des faits d’armes auxquels ils ont participé.

Il n’en reste pas moins que ce voyage à travers l’Europe laisse derrière lui la trace d’un sillon de fer et de sang, épopée durant laquelle les soldats se montrent plus souvent dépassés par les évènements que véritablement conscients d’écrire l’Histoire avec un grand H. La révolution stratégique napoléonienne annonce le début des batailles à grande échelle, bien plus meurtrières que les guerres du XVIIe et du XVIIIe siècle. Et si le lecteur frémit au roulement des tambours qui donnent la charge, il souffre aux côtés des ces pauvres bougres opérés et amputés dans le coin d’une grange, opérations menées dans des conditions d’hygiène inconcevables. Plus l’étoile de Napoléon Ier faiblira au cours des années, plus les déserteurs se feront nombreux, signe que pour la plupart de ces hommes mieux vaut préserver sa vie que courir sus à une hypothétique Légion d’honneur.

Les soldats de la Grande Armée s’avère être un ouvrage clé pour appréhender et comprendre ce qu’était servir la France sous l’Empire. Jean-Claude Damamme scrute et agite le tourbillon de ces trajectoires individuelles perdues dans la masse des bataillons, des brigades et des divisions, décrivant avec style et talent l’horreur de la guerre en ce début de XIXe siècle. Voici un ouvrage à mon avis fondamental, à acquérir sans la moindre hésitation si ce n’est déjà le cas.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 14:05

Presses de la Cité, 1965

cover-les-heretiques.JPG

 

 

Saint-Loup, de son vrai nom Marc Augier, est un auteur dont le nom sent le souffre. Ancien sympathisant du Front Populaire de Léon Blum, Marc Augier change radicalement de cap en adhérant quelques années après, suite à sa rencontre avec Alphonse de Châteaubriant, aux idées du national-socialisme ! Convaincu que seule la lutte engagée par le nazisme contre le communisme permettra d’aboutir au retour d’un paganisme européen salvateur, il intègre la Légion des Volontaires Français (LVF) puis la Waffen-SS française en tant que correspondant de presse. Il est également responsable de la publication de Devenir, le journal officiel de la Waffen-SS française. Autant dire que le cursus politique accable lourdement l’homme, et c’est d’ailleurs ce qui lui coûtera le Prix Goncourt en 1953 lorsque Le Figaro Littéraire révèlera sa véritable identité. Cependant, bien que pénétré d’une idéologie indéfendable, Saint-Loup reste un écrivain de grand talent, au style vif et pénétrant. C’est ce qui fait de Les Hérétiques un livre des plus intéressants : déguisé en faux roman, celui-ci correspond à une retranscription réaliste des combats sur le front est dans lesquels furent engagés les Waffen-SS français au cours des années 1944 et 1945. Il faut en effet savoir qu’avec l’extension de la lutte contre le bolchevisme des contingents issus de tous les pays d’Europe rejoignirent les rangs de la Waffen SS à partir de 1941 : Danois, Norvégiens, Finlandais, Baltes, Hollandais, Belges, Suisses, Français… Les Hérétiques constitue alors en quelque sorte le testament opérationnel de ces Français égarés dans les affreux méandres de l’idéologie aryaniste. Des étendues glacées de la Poméranie et de Silésie jusqu’aux derniers combats dans Berlin, on suit avec effroi et incompréhension la descente aux enfers de cette division Charlemagne dont la seule raison de vivre se résumait à se battre pour tuer ou mourir.

De par sa narration sèche et nerveuse et la narration externe mise en place, cet ouvrage confine parfois au genre documentaire. Le lecteur se retrouve dès lors au cœur des combats, aux côtés de Français de la LVF, de la Milice et de la Waffen-SS dont la haine des Soviétiques n’a d’égale que l’ardeur guerrière, et peut même parfois être tenté d’admirer la témérité de ces soldats d’élite. Mais on ne peut ni ne doit faire abstraction de la cause abominable que ces soldats, tous volontaires, défendirent de leur plein gré jusqu’à la mort. Plus qu’un récit de guerre Les Hérétiques est en fait un manifeste du fanatisme guerrier et demande un certain recul, tant la violence des faits d’armes qui y sont décrits est prégnante. Un ouvrage édifiant, passionnant du point de vue de la stratégie et de la tactique adoptées par les deux camps sur le front de l’est, mais dont on sort éreinté.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article

Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite