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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 20:37

Bimensuel édité par Mondadori France


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Ce cinquième numéro de Guerres & Histoire nous propose comme d’habitude un contenu réactionnel aussi riche que varié. Le dossier principal, qui court sur vingt-quatre pages, revient sur la structure de l’armée française durant la Première Guerre mondiale, tout en la comparant à celle de ses alliés ou ennemis. Un contrepoint intéressant à ma lecture récente de Les secrets de la grande Guerre publié par Rémy Porte. Sont notamment abordées les questions du productivisme industriel, qui permit l’arrivée des armes motorisées sur le champ de bataille, ainsi que la naissance, plus ou moins évidente à déceler, d’un « art opératif » à la française. Dommage que la pensée stratégique nationale se soit quelque peu sclérosée durant l’entre-deux guerres, car au sortir de 1918 le haut commandement français avait toutes les cartes en main pour poursuivre sa réflexion globale d’articulation entre les différentes armes.

 

On notera également dans ce numéro l’interview exclusive étonnante du sous-marinier américain William Craig, qui nous transporte d’emblée dans un univers à la Das Boot. À une toute autre époque, Éric Tréguier revient dans « Qadesh : première victoire de la propagande » sur la victoire égyptienne de Qadesh, remportée en 1274 av. J.-C. sur les chars hittites, célébrée avec pompe par Ramsès II, alors qu’en fait il ne remporta vraisemblablement pas la guerre. Par ailleurs, notons deux autres articles remarquables car abordant deux sujets méconnus. Le premier relate l’utilisation durant les guerres de la Révolution françaises de compagnies aérostières, avec un succès certain en termes de renseignement des mouvements ennemis. Mais l’expérience ne fut pas prolongée. Quant à l’interview du lieutenant-colonel Olivier Entraygues par Laurent Henninger, elle permet de découvrir l’œuvre fondamentale du Britannique John Frederick Charles Fuller, qui fut responsable des unités blindées britanniques en 1916-1918 avant de se consacrer entièrement à l’étude de la stratégie militaire. Le seul ouvrage de Fuller disponible en français est La conduite de la guerre de 1789 à nos jours – Étude des répercussions de la révolution française, de la révolution industrielle et de la révolution russe sur la guerre et la conduite de la guerre, publié pour la première fois en 1961 et paru en poche dans la Petite Bibliothèque Pajot.

 

Je finirai cette chronique en soulignant tout l’intérêt que je porte à la rubrique À lire (p. 102-105), à même de conseiller ou déconseiller la lecture des ouvrages les plus récemment publiés.

 

 

Par Matthieu ROGER

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 12:06

Éditions Vuibert, 2012

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Avec Les secrets de la Grande Guerre, l’objectif avoué de Rémy Porte est d’approcher la complexité de la Première Guerre mondiale à partir de situations humaines, vécues, concrètes. Pour ce faire, il effectue une quinzaine de focus sur différents faits de guerre, abordant ainsi par exemple l’épisode des taxis de la Marne, les combats à Gallipoli, la guerre sous-marine, l’entrée en guerre de l’armée américaine, etc. Présentés de manière chronologique, ces quinze coups de projecteur sur tel ou tel épisode du conflit s’attachent à restituer les schémas mentaux de l’époque et les contingences d’action des ennemis en présence. Le danger souvent inhérent à ce type de démarche est de verser dans l’anecdotique, piège dans lequel l’auteur évite heureusement de tomber. S’il étudie l’incroyable odyssée de la division belge d’autos-mitrailleuses, de Belgique jusqu’aux Etats-Unis en passant par la Russie, c’est pour la replacer dans le contexte plus global des relations diplomatiques. S’il s’attarde sur la figure du général Nivelle, resté dans les mémoires pour ses offensives meurtrières d’avril 1917, c’est pour mieux reconsidérer à l’aune de cette trajectoire particulière les débats stratégiques au sein du haut commandement français ou allié. Délaissant donc l’anecdotique, Rémy Porte appréhende en fait les multiples facettes de ce premier conflit mondial : médiatiques (le choix provisoire de conserver les pantalons rouges des fantassins français), mémorielles (la célébration du caporal Peugeot et des morts tombés au champ d’honneur), tactiques et stratégiques (les batailles de la Somme ou de Caporetto), ou encore diplomatiques (le rôle des Etats-Unis). Sans exclure l’épisme de certains hauts faits, dont les plus remarquables sont incontestablement ceux du « Corps expéditionnaire belge des autos-canons-mitrailleuses en Russie » et du colonel von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale.

 

Bref, les différents récits de cet ouvrage rendent compte de manière précise mais jamais ennuyeuse l’interpénétration de destins particuliers et des grands enjeux de la guerre. Sans oublier d’infirmer certaines idées reçues. Une démarche en faveur de la véracité historique qu’on ne peut que saluer.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 21:22

Éditions Flammarion, 2011


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Dans la lignée Batailles – Les plus grands combats de l’antiquité à nos jours, R.G. Grant continue d’animer l’équipe d’auteurs qui réalisent cette série d’ouvrages consacrés aux grands évènements militaires. Avec Stratèges – De l’antiquité à nos jours, il se penche sur les figures des chefs militaires les plus marquants de l’Histoire. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre du livre, il s’agit moins ici de décrypter leur modus operandi que de proposer de manière claire et concise l’exposé de leur carrière militaire.  Le classement est chronologique et présente six grandes familles de généraux : les héros de l’antiquité (1500 av. J.-C. – 500 ap. J.-C.), les chevaliers et nomades (500-1450), les maîtres de l’innovation (1450-1700), les monarques et révolutionnaires (1660-1850), les agents impériaux (1850-1914), et les commandants modernes (de 1914 à nos jours). Chaque catégorie se divise en plusieurs grandes périodes militaires, introduites par une double page de contextualisation historique générale.

 

L’intérêt de ce type d’ouvrage n’est pas de nous faire revenir sur l’épopée des stratèges les plus connus. Il réside plutôt dans le fait de nous permettre de resituer certains hommes oubliés, qui marquèrent pourtant leur époque : Cyrus le Grand, Aurangzeb, Subötai, Michel de Ruyter, Franz Totleben, David Beatty, Curtis Lemay, etc. Le grand format de ce livre permet d’apprécier à sa juste valeur la riche iconographie qui caractérise cette collection. Illustrations, citations et cartes de batailles viennent mettre en relief des siècles d’innovation militaire, et nous dévoilent la taille croissante des armées, la puissance et la portée de plus en plus meurtrières des armes dont les généraux durent user. Le paradoxe, comme l’indique R.G. Grant dans son avant-propos, est qu’aujourd’hui « les commandants militaires ne sont plus considérés comme des exemples ». Faut-il voir dans ce constat le refus salutaire par nos démocraties modernes des grands massacres du siècle dernier ? Ou bien déplorer la disparition des valeurs d’héroïsme et d’honneur qui motivèrent pendant longtemps ces hommes hors du commun ? La question reste ouverte.

 

Stratèges – De l’antiquité à nos joursconstitue le complément idoine à l’ouvrage publié il y a trois ans par Jérémy Black aux éditions de La Martinière, Les grands chefs militaires et leurs campagnes.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 11:48

Bimensuel édité par Mondadori France


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Une très bonne nouvelle tout d’abord, puisque le trimestriel Guerres & Histoire devient dès à présent bimensuel. Six numéros paraîtront donc désormais chaque année. Voilà un signe de bonne santé pour ce jeune magazine, dont je ne suis pas étonné qu’il ait trouvé rapidement son public, au vu de la qualité éditoriale déployée. Notons l’arrivée d’un nouveau venu au sein du comité éditorial en la personne de Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques et rédacteur en chef adjoint de la revue Histoire & Stratégie.

 

Ce quatrième numéro de Guerres & Histoire aborde comme à son habitude des périodes historiques extrêmement variées. Le dossier principal traite de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, et démontre en vingt-quatre pages en quoi ce coup d’audace fut à la fois un échec stratégique et tactique. Non seulement le différentiel économique avec les États-Unis ne laissait aucune chance au Japon de remporter la guerre, mais le raid massif sur Pearl Harbor, contrairement l’idée commune que l’on se fait d’un désastre pour la Navy, ne permis au final d’envoyer par le fond que deux cuirassés américains et un navire cible ! Voilà un constat avéré qui va à l’encontre de nos imageries d’Épinal. C’est là d’ailleurs un des dénominateurs communs de la ligne éditoriale de Guerres & Histoire, cette tendance à aller à l’encontre des clichés militaires et des idées reçues. J'apprécie cette capacité salutaire à susciter le débat.

 

On retiendra également dans ce numéro l’article synthétique d’Éric Tréguier sur la bataille de Carrhes, le début du cauchemar parthe (p. 54-58), pour ceux que la lecture du dernier livre de Giusto Traina pourrait à tort rebuter. Cette bataille marque en soi une crise tactique pour les légions romaines, détruites sur place car démunies face à la mobilité et aux flèches des Parthes. J’ai aussi été particulièrement intéressé par l’exposé sur les Ordres guerriers aztèques : ascenseurs pour la gloire, qui nous fait découvrir l’organisation des troupes d’élites qui forgèrent au XVe siècle un véritable petit empire en Amérique centrale. Enfin, l’interview du général André Bach par Jean Lopez revient sur les relations humaines qui se tissèrent parfois entre troupes françaises et allemandes le long des tranchées de la Première guerre mondiale. Surprenant et instructif.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 23:06

Éditions Les Belles Lettres, 2011


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En 53 avant J.-C., deux importantes armées s’affrontent sur les plaines de Mésopotamie. À Carrhes, les forces parthes menées par le général Surena sont venues faire barrage aux ambitions impérialistes du consul Marcus Licinius Crassus et de ses légions. Cette bataille, qui ne fait étrangement pas partie des événements les plus connus de l’histoire romaine antique, marque pourtant un revers à la hauteur du futur désastre du Teutobourg (9 après J.-C.). Le bilan de l’affrontement se solde en effet par un désastre côté romain : « sur les quarante mille légionnaires attestés par Plutarque, vingt mille tombèrent sur le champ de bataille et seuls dix mille survécurent, organisés en deux légions » (p. 94). Infamie suprême et rarissime, les aigles des légions romaines sont capturées par les Parthes, en sus de nombreux prisonniers. Sur le plan tactique, Carrhes oppose l’infanterie légionnaire romaine à la cavalerie parthe, le glaive à l’arc composite, la discipline à la mobilité. Et Giusto Traina de citer Gastone Breccia, mettant en perspective cette supériorité tactique pour le moins surprenante – aux yeux des militaires romains – de l’archer monté sur l’homme de troupe : « Provoquer, frapper à distance, éluder le choc frontal, provoquer de nouveau, attirer l’ennemi loin de ses bases, dans une vaste étendue, hostile, impropre à la concentration de l’effort, à ce paroxysme de violence décisive qu’est le combat en ordre serré : tels sont les principes auxquels doivent obéir la stratégie et la tactique de l’archer ; bien appliqués, ils sont potentiellement fatals aux armes lourdes, typiques de l’Occident, comme en témoignent à travers les siècles une série de désastres, de Carrhes au Viêt Nam. » (p. 77). La défaite de Carrhes infirme donc le mythe d’une supériorité incontestable de l’art de la guerre « occidental » sur le modèle « oriental » de la guerre.

 

Loin d’analyser cette bataille uniquement d’après la dualité infanterie / cavalerie, Giusto Traina la replace dans son contexte historique, politique et diplomatique. De fait, le récit de la bataille proprement dit n’occupe qu’une quinzaine de pages de ce livre. L’auteur montre que la méconnaissance de l’ennemi fut une cause essentielle de la défaite romaine. Entrant en contradiction avec la vulgate historique qui voudrait que Marcus Licinius Crassus soit tenu pour le seul responsable de la défaite romaine, il explique en quoi la tactique des Parthes, à Carrhes, s’avéra en tous points exemplaire, et invite le lecteur à reconsidérer les tenants et aboutissants de cette bataille à l’aune des sources historiographiques des deux camps. Carrhes constitue une défaite cinglante dont les répercussions se firent longtemps ressentir à Rome. Tout l’intérêt de Carrhes, 9 juin 53 avant J.-C. – Anatomie d’une défaite est de replacer ce combat dans un conflit de bien plus grande envergure, qui opposa pendant plusieurs siècles entre l’empire romain et l’empire iranien.

 

Par Matthieu Roger

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 23:31

Éditions Armand Colin, 2007

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Dans La Guerre, Barthélémy Courmont, docteur en sciences politiques et chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), dresse un panorama historique extrêmement synthétique de l’évolution de la guerre à travers les âges. Il entend ici mêler l’étude de la pensée théorique de ce phénomène et de son évolution historique, « en étudiant la transformation progressive de la guerre et, par voir de conséquence, l’évolution de la réflexion sur ses causes autant que sur ses objectifs ». Pour ce faire, il scinde son propos en quatre chapitres chronologiques : de la guerre antique à la guerre moderne, la Guerre froide, les conflits post-guerre froide, et l’époque contemporaine. Mais ce qui est intéressant c’est que l’auteur ne se limite à cette seule chronologie, puisqu’il émaille celle-ci de mises en perspectives historiques exposant les changements de paradigmes qui bouleversèrent l’art de la guerre. Ainsi il appuie constamment son propos sur ceux de chercheurs contemporains ou d’anciens stratèges. La bibliographie exposée en fin de livre s’avère judicieusement variée, et contient d’ailleurs plusieurs ouvrages déjà chroniqués sur ce blog, tels l’Anthologie mondiale de la stratégie de Gérard Chaliand Le fil de l’épée de Charles de Gaulle, ou encore L’Art de la guerre de Sun Tzu. Plus d’une trentaine de petits encadrés mettent en lumière tel ou tel penseur (Machiavel, Clausewitz, Raymond Aron…), telle ou telle notion (la chevalerie, la polémologie, la guerre propre…) ou évènement important (les Croisades, la bataille de Verdun, les attentats du 11 septembre 2001…).

 

De fait, La guerre constitue l’ouvrage par excellence pour quiconque voudrait de manière rapide embrasser les différentes problématiques soulevées par l’art de la guerre. Des guerres puniques au questionnement du terrorisme contemporain en passant par les mutations des guerres asymétriques, Barthélémy Courmont fournit à travers ce petit livre une pensée à la fois claire et concise, abordable pour le néophyte. Il ne faut pas attendre autre chose de La guerre qu’une synthèse de l’évolution historique des formats et schèmes guerriers, mais celle-ci a le mérite de replacer dans son juste contexte chaque révolution des affaires militaires ayant à un moment ou l’autre ébranlé les nations. Bigrement intéressant.

 

 

Par Matthieu Roger

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 19:03

Trimestriel édité par Mondadori France


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Guerres & Histoire fait une nouvelle fois dans l’éclectisme, quasiment toutes les périodes de l’histoire étant abordées dans ce nouveau numéro. C’est avec un profond intérêt que l’on se replonge dans le déroulement de l’antique bataille de Zama, dans les guerres du Japon féodal, sur les pontons de la Bérézina ou au cœur des opérations aéroportées de la Seconde Guerre mondiale. Dans ce trimestriel de septembre, trois articles ont tout particulièrement retenu mon attention. Le premier est un photo-reportage sur la bataille de Falloujah, qui donne un autre regard sur la guerre en milieu urbain. Les quelques photos publiées ont été prises en novembre 2004 par les photographes Jérôme Sessini et Franco Pagetti, lorsqu’ils suivirent une unité de marines chargée de nettoyer la ville irakienne. La tension des soldats américains paraît palpable sur ces clichés : le danger peut venir de n’importe quel toit ou fenêtre, les trois mille combattants sunnites ayant transformé la ville en un véritable coupe-gorge. J’ai également beaucoup apprécié l’article revenant sur la prise du port de Rio par le corsaire français Duguay-Trouin (septembre 1711), qui a le mérite de revenir sur un fait méconnu de l’histoire militaire maritime française. Pourtant le coup de main ne manque pas d’audace, lui qui permet à l’escadre royale de repartir deux mois plus tard avec un beau pactole : 360 prisonniers français libérés, 1350 kilos d’or, 1,6 million de livres de marchandises, deux vaisseaux de guerres portugais, et soixante navires marchands capturés. Enfin, l’interview d’Hervé Drévillon au sujet Vauban permet de saisir le rôle éminent que joua ce théoricien et homme de terrain au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle. Non seulement Vauban révolutionna l’art de la fortification, mais il fut l’un des premiers à penser la guerre comme un phénomène global ne se limitant pas à l’action militaire. D’où ses nombreuses études sur la démographie, la fiscalité – il proposa même l’instauration d’un impôt unique sur le revenu, « le dixième » –, l’économie politique et sociale, etc.

 

Je regrette néanmoins une nouvelle fois la mise en page surchargée de ce magazine. Guerres & Histoire aurait selon moi beaucoup à gagner en évacuant tous les encadrés, définitions et petites infographies qui alourdissent la pagination. Revenons aux fondamentaux : des photos et du texte. Le photo-reportage sur Falloujha et les chroniques de Dominique Merchet, Laurent Henninger ou Charles Turquin en sont les meilleurs exemples.

 

 

Par Matthieu Roger

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 16:31

Trimestriel édité par Mondadori France

 

Guerres-Histoire-2

 

 

Avant toute chose je tiens à remercier Jean Lopez et la rédaction de Guerres & Histoire pour leur envoi gracieux des premiers numéros de la revue. On sent une équipe à l’écoute des desiderata et remarques de ses lecteurs – en atteste d’ailleurs les « questions & réponses » et courriers des lecteurs publiés dans ce numéro. Un mode de fonctionnement qui intègre l’opinion du lectorat : primordial si Guerres & Histoire entend développer son public à moyen terme.

 

Ce second opus de la revue confirme toutes les promesses entrevues en mars. Sa grande force, selon moi, est d’aborder des conflits qui sont généralement peu traités par la vulgate historiographique. Ainsi le reportage photos saisit-il la guerre du Biafra, guerre civile entre Nigérians et Biafrais (indépendantistes situés à l’est du Niger) dont on connait bien souvent le nom mais guère les tenants et aboutissants. Un autre article raconte la « guerre oubliée » des États-Unis contre le Mexique, une des premières étapes importantes dans le façonnement des visées impérialistes américaines. L’exposé sur la Garde varègue : l’armée privée des empereurs byzantins revient quant à lui sur une unité de mercenaires méconnue, qui constitua pourtant durant plusieurs siècles l’élite de la garde rapprochée du basileus. Enfin, Tyr, le maître siège d’Alexandre rappelle fort justement que le conquérant macédonien s’avérait aussi pugnace lorsqu’il s’agissait d’assiéger une ville que lorsqu’il fallait manœuvrer sur les champs de batailles. Autant d’articles qui invitent à la curiosité intellectuelle.

 

Si le premier numéro avait fait sa une sur Napoléon – publicité du célèbre bicorne oblige – le dossier central porte ici sur l’Opération Barbarossa déclenchée en juin 1941 par Hitler contre l’URSS. Rédigé par Jean Lopez et Yasha MacLasha, ce dossier à la fois pertinent et passionnant réussit le tour de force de synthétiser en vingt-cinq pages les enjeux stratégiques et opérationnels cette offensive dantesque. Si l’on connait déjà bien sûr le dénouement militaire de cette opération, il est proprement hallucinant d’observer les quantités matérielles engagées. Au « gigantisme insensé du plan Barbarossa » correspondent des impératifs logistiques qui auront raison de la Wehrmacht, malgré sa supériorité tactique indéniable sur les troupes russes. Ce type d’article résume en lui-même la politique éditoriale de Guerres & Histoire : proposer une vulgarisation historique de très grand qualité, en appuyant le propos sur de solides références biographiques et de nombreux visuels (infographies, cartes, photos, etc.). Le seul bémol que j’aurais à formuler est la mise en page, trop surchargée à mon goût, qui pâtit de l’insert des nombreuses définitions et encarts explicatifs contextualisant le texte.  On me répondra que la vulgarisation est à ce prix, dont acte. Quoi qu’il en soit, avec cent-dix pages de lecture il y a là de quoi largement rassasier les passionnés d’histoire en tous genres. Déjà incontournable dès son deuxième numéro, Guerres & Histoire est un magazine qui, je l’espère, n’a pas finit de faire parler de lui.

 

 

Par Matthieu Roger


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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 20:00

Édition Joanneum / Springer WienNew York, 1998


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Le Zeughaus de Graz est une armurerie construite au XVIIe siècle par les gouvernants de la Styrie, une province frontalière d’Autriche. Devenu aujourd’hui musée, cet immense arsenal accueille une collection unique, en tous points remarquable, d’armes et d’armures datant des guerres contre les Turcs. Shiny Shapes présente l'impressionnante collection du Zeughaus grâce à de sublimes photographies, qui mettent en lumière les qualités sculpturales et les détails armoriés de ces armures et armes d’un autre âge. En face du lecteur se dressent les heaumes des chevaliers. Ces visages d’acier nous font face, côtoyant hallebardes affûtées et pistolets magnifiquement ouvragés. Les photographies pleine page de ces traces militaires confèrent à l'ouvrage tout son intérêt. En parallèle le texte explique le contexte culturel et militaire de l’époque, du Moyen Âge à la période baroque. Il témoigne des guerres qui confrontèrent les Balkans puis l’Autriche aux invasions ottomanes. Ce texte d’accompagnement est très intéressant lorsqu’il narre le développement du Saint-Empire romain germanique et l’organisation militaire des marches de Styrie, il l’est un peu moins lorsqu’il s’épanche sur le symbolisme et la portée philosophico-physiologique de l’art de la guerre. Car après tout, pourquoi extrapoler devant ces objets témoins de l’histoire ? Il n’en reste pas moins que la mise en page soignée de ce livre reflète avec brio l’aura majestueuse et presque sensuelle des pièces d’armures. Un très bel ouvrage, qu’on ne se lasse pas de feuilleter.

 

Petite précision pour les non anglophones : Shiny Shapes s’apprécie dans la langue de Shakespeare.

 


Par Matthieu Roger

 

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 20:38

Éditions Flammarion, 2007


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Quatre ans après une première parution, les éditions Flammarion republient Batailles – Les plus grands combats de l’antiquité à nos jours dans un format plus compact (22 cm × 26 cm). L’occasion de s’immerger au cœur un panorama passionnant, celui des plus grands chocs armés vécu par l’homme depuis la nuit des temps. De l’établissement des antiques puissances mésopotamiennes à la guerre en Irak, R. G. Grant dessine les circonvolutions d’un état de conflit permanent, recensant les conflits et batailles qui forgèrent nos cinq continents. Comme le dit Dan Snow dans l’avant-propos : « la survie de chaque civilisation a toujours dépendu de sa capacité à faire la guerre, et plus encore à gagner des batailles ». Le lecteur peut ainsi découvrir ces guerres aujourd’hui injustement oubliées : la survie de l’empire byzantin, les guerres des samouraïs, l’expansion islamique, la constitution des empires africains, les invasions coloniales, la guerre des Boers, etc. Saluons ici le magnifique travail d’iconographie mené par Anne-Marie Ehrlich et Alison Walker, qui nous offre un florilège d’illustrations luxuriantes et de photographies en tout genre. Plus que les précisions textuelles sur tel ou tel affrontement, c’est la richesse de son illustration qui confère à Batailles tout son intérêt. Même si quelques approximations affleurent – Vauban est par exemple rebaptisé de Vauban (p. 158) – on se délecte d’une mise en page invitant au vagabondage historique. Qui plus est, les doubles pages thématiques sur l’armement, le contexte historique ou certains écrits stratégiques sont autant de bonus à la compréhension des évènements.

 

Si Batailles confirme la célèbre citation de Hobbes « l’homme est un loup pour l’homme », il n’en est pas moins un témoignage essentiel des évolutions militaires qui rythmèrent l’épopée chaotique de l’humanité. Pour ceux que la lecture de la savante Anthologie mondiale de la stratégie de Gérard Chaliand rebuterait, ce livre offre une alternative à la fois accessible et didactique. Au travers du flux et reflux incessant des masses armées, puissions-nous considérer avec contentement l’état de paix dont jouit l’Europe depuis maintenant presque soixante-dix ans.

                                                                                                                        


 

Par Matthieu Roger

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Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite