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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 11:48

Bimensuel édité par Mondadori France


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Une très bonne nouvelle tout d’abord, puisque le trimestriel Guerres & Histoire devient dès à présent bimensuel. Six numéros paraîtront donc désormais chaque année. Voilà un signe de bonne santé pour ce jeune magazine, dont je ne suis pas étonné qu’il ait trouvé rapidement son public, au vu de la qualité éditoriale déployée. Notons l’arrivée d’un nouveau venu au sein du comité éditorial en la personne de Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques et rédacteur en chef adjoint de la revue Histoire & Stratégie.

 

Ce quatrième numéro de Guerres & Histoire aborde comme à son habitude des périodes historiques extrêmement variées. Le dossier principal traite de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, et démontre en vingt-quatre pages en quoi ce coup d’audace fut à la fois un échec stratégique et tactique. Non seulement le différentiel économique avec les États-Unis ne laissait aucune chance au Japon de remporter la guerre, mais le raid massif sur Pearl Harbor, contrairement l’idée commune que l’on se fait d’un désastre pour la Navy, ne permis au final d’envoyer par le fond que deux cuirassés américains et un navire cible ! Voilà un constat avéré qui va à l’encontre de nos imageries d’Épinal. C’est là d’ailleurs un des dénominateurs communs de la ligne éditoriale de Guerres & Histoire, cette tendance à aller à l’encontre des clichés militaires et des idées reçues. J'apprécie cette capacité salutaire à susciter le débat.

 

On retiendra également dans ce numéro l’article synthétique d’Éric Tréguier sur la bataille de Carrhes, le début du cauchemar parthe (p. 54-58), pour ceux que la lecture du dernier livre de Giusto Traina pourrait à tort rebuter. Cette bataille marque en soi une crise tactique pour les légions romaines, détruites sur place car démunies face à la mobilité et aux flèches des Parthes. J’ai aussi été particulièrement intéressé par l’exposé sur les Ordres guerriers aztèques : ascenseurs pour la gloire, qui nous fait découvrir l’organisation des troupes d’élites qui forgèrent au XVe siècle un véritable petit empire en Amérique centrale. Enfin, l’interview du général André Bach par Jean Lopez revient sur les relations humaines qui se tissèrent parfois entre troupes françaises et allemandes le long des tranchées de la Première guerre mondiale. Surprenant et instructif.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 23:06

Éditions Les Belles Lettres, 2011


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En 53 avant J.-C., deux importantes armées s’affrontent sur les plaines de Mésopotamie. À Carrhes, les forces parthes menées par le général Surena sont venues faire barrage aux ambitions impérialistes du consul Marcus Licinius Crassus et de ses légions. Cette bataille, qui ne fait étrangement pas partie des événements les plus connus de l’histoire romaine antique, marque pourtant un revers à la hauteur du futur désastre du Teutobourg (9 après J.-C.). Le bilan de l’affrontement se solde en effet par un désastre côté romain : « sur les quarante mille légionnaires attestés par Plutarque, vingt mille tombèrent sur le champ de bataille et seuls dix mille survécurent, organisés en deux légions » (p. 94). Infamie suprême et rarissime, les aigles des légions romaines sont capturées par les Parthes, en sus de nombreux prisonniers. Sur le plan tactique, Carrhes oppose l’infanterie légionnaire romaine à la cavalerie parthe, le glaive à l’arc composite, la discipline à la mobilité. Et Giusto Traina de citer Gastone Breccia, mettant en perspective cette supériorité tactique pour le moins surprenante – aux yeux des militaires romains – de l’archer monté sur l’homme de troupe : « Provoquer, frapper à distance, éluder le choc frontal, provoquer de nouveau, attirer l’ennemi loin de ses bases, dans une vaste étendue, hostile, impropre à la concentration de l’effort, à ce paroxysme de violence décisive qu’est le combat en ordre serré : tels sont les principes auxquels doivent obéir la stratégie et la tactique de l’archer ; bien appliqués, ils sont potentiellement fatals aux armes lourdes, typiques de l’Occident, comme en témoignent à travers les siècles une série de désastres, de Carrhes au Viêt Nam. » (p. 77). La défaite de Carrhes infirme donc le mythe d’une supériorité incontestable de l’art de la guerre « occidental » sur le modèle « oriental » de la guerre.

 

Loin d’analyser cette bataille uniquement d’après la dualité infanterie / cavalerie, Giusto Traina la replace dans son contexte historique, politique et diplomatique. De fait, le récit de la bataille proprement dit n’occupe qu’une quinzaine de pages de ce livre. L’auteur montre que la méconnaissance de l’ennemi fut une cause essentielle de la défaite romaine. Entrant en contradiction avec la vulgate historique qui voudrait que Marcus Licinius Crassus soit tenu pour le seul responsable de la défaite romaine, il explique en quoi la tactique des Parthes, à Carrhes, s’avéra en tous points exemplaire, et invite le lecteur à reconsidérer les tenants et aboutissants de cette bataille à l’aune des sources historiographiques des deux camps. Carrhes constitue une défaite cinglante dont les répercussions se firent longtemps ressentir à Rome. Tout l’intérêt de Carrhes, 9 juin 53 avant J.-C. – Anatomie d’une défaite est de replacer ce combat dans un conflit de bien plus grande envergure, qui opposa pendant plusieurs siècles entre l’empire romain et l’empire iranien.

 

Par Matthieu Roger

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 23:31

Éditions Armand Colin, 2007

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Dans La Guerre, Barthélémy Courmont, docteur en sciences politiques et chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), dresse un panorama historique extrêmement synthétique de l’évolution de la guerre à travers les âges. Il entend ici mêler l’étude de la pensée théorique de ce phénomène et de son évolution historique, « en étudiant la transformation progressive de la guerre et, par voir de conséquence, l’évolution de la réflexion sur ses causes autant que sur ses objectifs ». Pour ce faire, il scinde son propos en quatre chapitres chronologiques : de la guerre antique à la guerre moderne, la Guerre froide, les conflits post-guerre froide, et l’époque contemporaine. Mais ce qui est intéressant c’est que l’auteur ne se limite à cette seule chronologie, puisqu’il émaille celle-ci de mises en perspectives historiques exposant les changements de paradigmes qui bouleversèrent l’art de la guerre. Ainsi il appuie constamment son propos sur ceux de chercheurs contemporains ou d’anciens stratèges. La bibliographie exposée en fin de livre s’avère judicieusement variée, et contient d’ailleurs plusieurs ouvrages déjà chroniqués sur ce blog, tels l’Anthologie mondiale de la stratégie de Gérard Chaliand Le fil de l’épée de Charles de Gaulle, ou encore L’Art de la guerre de Sun Tzu. Plus d’une trentaine de petits encadrés mettent en lumière tel ou tel penseur (Machiavel, Clausewitz, Raymond Aron…), telle ou telle notion (la chevalerie, la polémologie, la guerre propre…) ou évènement important (les Croisades, la bataille de Verdun, les attentats du 11 septembre 2001…).

 

De fait, La guerre constitue l’ouvrage par excellence pour quiconque voudrait de manière rapide embrasser les différentes problématiques soulevées par l’art de la guerre. Des guerres puniques au questionnement du terrorisme contemporain en passant par les mutations des guerres asymétriques, Barthélémy Courmont fournit à travers ce petit livre une pensée à la fois claire et concise, abordable pour le néophyte. Il ne faut pas attendre autre chose de La guerre qu’une synthèse de l’évolution historique des formats et schèmes guerriers, mais celle-ci a le mérite de replacer dans son juste contexte chaque révolution des affaires militaires ayant à un moment ou l’autre ébranlé les nations. Bigrement intéressant.

 

 

Par Matthieu Roger

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 19:03

Trimestriel édité par Mondadori France


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Guerres & Histoire fait une nouvelle fois dans l’éclectisme, quasiment toutes les périodes de l’histoire étant abordées dans ce nouveau numéro. C’est avec un profond intérêt que l’on se replonge dans le déroulement de l’antique bataille de Zama, dans les guerres du Japon féodal, sur les pontons de la Bérézina ou au cœur des opérations aéroportées de la Seconde Guerre mondiale. Dans ce trimestriel de septembre, trois articles ont tout particulièrement retenu mon attention. Le premier est un photo-reportage sur la bataille de Falloujah, qui donne un autre regard sur la guerre en milieu urbain. Les quelques photos publiées ont été prises en novembre 2004 par les photographes Jérôme Sessini et Franco Pagetti, lorsqu’ils suivirent une unité de marines chargée de nettoyer la ville irakienne. La tension des soldats américains paraît palpable sur ces clichés : le danger peut venir de n’importe quel toit ou fenêtre, les trois mille combattants sunnites ayant transformé la ville en un véritable coupe-gorge. J’ai également beaucoup apprécié l’article revenant sur la prise du port de Rio par le corsaire français Duguay-Trouin (septembre 1711), qui a le mérite de revenir sur un fait méconnu de l’histoire militaire maritime française. Pourtant le coup de main ne manque pas d’audace, lui qui permet à l’escadre royale de repartir deux mois plus tard avec un beau pactole : 360 prisonniers français libérés, 1350 kilos d’or, 1,6 million de livres de marchandises, deux vaisseaux de guerres portugais, et soixante navires marchands capturés. Enfin, l’interview d’Hervé Drévillon au sujet Vauban permet de saisir le rôle éminent que joua ce théoricien et homme de terrain au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle. Non seulement Vauban révolutionna l’art de la fortification, mais il fut l’un des premiers à penser la guerre comme un phénomène global ne se limitant pas à l’action militaire. D’où ses nombreuses études sur la démographie, la fiscalité – il proposa même l’instauration d’un impôt unique sur le revenu, « le dixième » –, l’économie politique et sociale, etc.

 

Je regrette néanmoins une nouvelle fois la mise en page surchargée de ce magazine. Guerres & Histoire aurait selon moi beaucoup à gagner en évacuant tous les encadrés, définitions et petites infographies qui alourdissent la pagination. Revenons aux fondamentaux : des photos et du texte. Le photo-reportage sur Falloujha et les chroniques de Dominique Merchet, Laurent Henninger ou Charles Turquin en sont les meilleurs exemples.

 

 

Par Matthieu Roger

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 16:31

Trimestriel édité par Mondadori France

 

Guerres-Histoire-2

 

 

Avant toute chose je tiens à remercier Jean Lopez et la rédaction de Guerres & Histoire pour leur envoi gracieux des premiers numéros de la revue. On sent une équipe à l’écoute des desiderata et remarques de ses lecteurs – en atteste d’ailleurs les « questions & réponses » et courriers des lecteurs publiés dans ce numéro. Un mode de fonctionnement qui intègre l’opinion du lectorat : primordial si Guerres & Histoire entend développer son public à moyen terme.

 

Ce second opus de la revue confirme toutes les promesses entrevues en mars. Sa grande force, selon moi, est d’aborder des conflits qui sont généralement peu traités par la vulgate historiographique. Ainsi le reportage photos saisit-il la guerre du Biafra, guerre civile entre Nigérians et Biafrais (indépendantistes situés à l’est du Niger) dont on connait bien souvent le nom mais guère les tenants et aboutissants. Un autre article raconte la « guerre oubliée » des États-Unis contre le Mexique, une des premières étapes importantes dans le façonnement des visées impérialistes américaines. L’exposé sur la Garde varègue : l’armée privée des empereurs byzantins revient quant à lui sur une unité de mercenaires méconnue, qui constitua pourtant durant plusieurs siècles l’élite de la garde rapprochée du basileus. Enfin, Tyr, le maître siège d’Alexandre rappelle fort justement que le conquérant macédonien s’avérait aussi pugnace lorsqu’il s’agissait d’assiéger une ville que lorsqu’il fallait manœuvrer sur les champs de batailles. Autant d’articles qui invitent à la curiosité intellectuelle.

 

Si le premier numéro avait fait sa une sur Napoléon – publicité du célèbre bicorne oblige – le dossier central porte ici sur l’Opération Barbarossa déclenchée en juin 1941 par Hitler contre l’URSS. Rédigé par Jean Lopez et Yasha MacLasha, ce dossier à la fois pertinent et passionnant réussit le tour de force de synthétiser en vingt-cinq pages les enjeux stratégiques et opérationnels cette offensive dantesque. Si l’on connait déjà bien sûr le dénouement militaire de cette opération, il est proprement hallucinant d’observer les quantités matérielles engagées. Au « gigantisme insensé du plan Barbarossa » correspondent des impératifs logistiques qui auront raison de la Wehrmacht, malgré sa supériorité tactique indéniable sur les troupes russes. Ce type d’article résume en lui-même la politique éditoriale de Guerres & Histoire : proposer une vulgarisation historique de très grand qualité, en appuyant le propos sur de solides références biographiques et de nombreux visuels (infographies, cartes, photos, etc.). Le seul bémol que j’aurais à formuler est la mise en page, trop surchargée à mon goût, qui pâtit de l’insert des nombreuses définitions et encarts explicatifs contextualisant le texte.  On me répondra que la vulgarisation est à ce prix, dont acte. Quoi qu’il en soit, avec cent-dix pages de lecture il y a là de quoi largement rassasier les passionnés d’histoire en tous genres. Déjà incontournable dès son deuxième numéro, Guerres & Histoire est un magazine qui, je l’espère, n’a pas finit de faire parler de lui.

 

 

Par Matthieu Roger


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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 20:00

Édition Joanneum / Springer WienNew York, 1998


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Le Zeughaus de Graz est une armurerie construite au XVIIe siècle par les gouvernants de la Styrie, une province frontalière d’Autriche. Devenu aujourd’hui musée, cet immense arsenal accueille une collection unique, en tous points remarquable, d’armes et d’armures datant des guerres contre les Turcs. Shiny Shapes présente l'impressionnante collection du Zeughaus grâce à de sublimes photographies, qui mettent en lumière les qualités sculpturales et les détails armoriés de ces armures et armes d’un autre âge. En face du lecteur se dressent les heaumes des chevaliers. Ces visages d’acier nous font face, côtoyant hallebardes affûtées et pistolets magnifiquement ouvragés. Les photographies pleine page de ces traces militaires confèrent à l'ouvrage tout son intérêt. En parallèle le texte explique le contexte culturel et militaire de l’époque, du Moyen Âge à la période baroque. Il témoigne des guerres qui confrontèrent les Balkans puis l’Autriche aux invasions ottomanes. Ce texte d’accompagnement est très intéressant lorsqu’il narre le développement du Saint-Empire romain germanique et l’organisation militaire des marches de Styrie, il l’est un peu moins lorsqu’il s’épanche sur le symbolisme et la portée philosophico-physiologique de l’art de la guerre. Car après tout, pourquoi extrapoler devant ces objets témoins de l’histoire ? Il n’en reste pas moins que la mise en page soignée de ce livre reflète avec brio l’aura majestueuse et presque sensuelle des pièces d’armures. Un très bel ouvrage, qu’on ne se lasse pas de feuilleter.

 

Petite précision pour les non anglophones : Shiny Shapes s’apprécie dans la langue de Shakespeare.

 


Par Matthieu Roger

 

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 20:38

Éditions Flammarion, 2007


cover-batailles-rg-grant.jpg

 

 

 

Quatre ans après une première parution, les éditions Flammarion republient Batailles – Les plus grands combats de l’antiquité à nos jours dans un format plus compact (22 cm × 26 cm). L’occasion de s’immerger au cœur un panorama passionnant, celui des plus grands chocs armés vécu par l’homme depuis la nuit des temps. De l’établissement des antiques puissances mésopotamiennes à la guerre en Irak, R. G. Grant dessine les circonvolutions d’un état de conflit permanent, recensant les conflits et batailles qui forgèrent nos cinq continents. Comme le dit Dan Snow dans l’avant-propos : « la survie de chaque civilisation a toujours dépendu de sa capacité à faire la guerre, et plus encore à gagner des batailles ». Le lecteur peut ainsi découvrir ces guerres aujourd’hui injustement oubliées : la survie de l’empire byzantin, les guerres des samouraïs, l’expansion islamique, la constitution des empires africains, les invasions coloniales, la guerre des Boers, etc. Saluons ici le magnifique travail d’iconographie mené par Anne-Marie Ehrlich et Alison Walker, qui nous offre un florilège d’illustrations luxuriantes et de photographies en tout genre. Plus que les précisions textuelles sur tel ou tel affrontement, c’est la richesse de son illustration qui confère à Batailles tout son intérêt. Même si quelques approximations affleurent – Vauban est par exemple rebaptisé de Vauban (p. 158) – on se délecte d’une mise en page invitant au vagabondage historique. Qui plus est, les doubles pages thématiques sur l’armement, le contexte historique ou certains écrits stratégiques sont autant de bonus à la compréhension des évènements.

 

Si Batailles confirme la célèbre citation de Hobbes « l’homme est un loup pour l’homme », il n’en est pas moins un témoignage essentiel des évolutions militaires qui rythmèrent l’épopée chaotique de l’humanité. Pour ceux que la lecture de la savante Anthologie mondiale de la stratégie de Gérard Chaliand rebuterait, ce livre offre une alternative à la fois accessible et didactique. Au travers du flux et reflux incessant des masses armées, puissions-nous considérer avec contentement l’état de paix dont jouit l’Europe depuis maintenant presque soixante-dix ans.

                                                                                                                        


 

Par Matthieu Roger

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 14:00

Éditions José Corti, 2011

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Les éditions José Corti ont eu la très bonne idée de ressortir des placards de la Bibliothèque Nationale de France deux cahiers d’écolier inédits, rédigés par Julien Gracq lui-même. C’est pourquoi ces Manuscrits de guerre, que l’auteur ne souhaitait à l’origine pas publier, nous sont livrés aujourd’hui, en deux parties bien distinctes. La première, intitulée Souvenirs de guerre, prend la forme d’un journal tenu au jour le jour par le lieutenant Poirier (Louis Poirier est le vrai nom de Julien Gracq). Écrit à la première personne, il narre les tribulations du chef de section et de son unité en territoire belge, sur une période comprise entre le 10 mai et le 2 juin 1940. Oscillant entre le comico-burlesque et le dramatique, Louis Poirier exprime ses doutes, ses peurs, ses incompréhensions devant une guerre insaisissable. Bringuebalant son unité par monts et par vaux, aux ordres d’un commandement militaire visiblement dépassé par la vitesse de l’avancée allemande, il se retrouve confronté aux vicissitudes du quotidien : ravitaillement de la troupe, changements d’itinéraires, contre-ordres, accrochages éphémères avec l’ennemi. Récit, la seconde partie de l’ouvrage, narre quant à elle à la troisième personne les aventures du lieutenant G. et de ses hommes, sur les seules journées du 23 et 24 mai. Julien Gracq réalise l’exercice de style consistant à mettre en récit ce qui, dans les Souvenirs de guerre, n’était que le compte rendu succinct de deux journées parmi d’autres. L’occasion de personnaliser son épanchement littéraire, au sein duquel métaphores, images et autres comparaisons ont la part belle, et de revenir sur l’incurie d’une véritable débâcle militaire. Ainsi l’entend-on déclamer : « Une espèce de flou apparaissait là où tout eut dû être taillé à arrêtes vives : ordres approximatifs, destinés peut-être à sa couvrir, qui demandaient beaucoup en s’attendant à obtenir un peu moins – directions mal précisées : " par là " – " un kilomètre plus loin " – compte rendus jamais demandés, pas plus qu’on demande à un pion sur un échiquier comment il passe sont temps – missions des plus vagues, parfois complètement passées sous silence, comme s’il s’était agi avant tout de faire acte de présence pour la bonne règle dans une espèce de champ de bataille abstrait, pour " compléter le dispositif ", sans qu’on en attendit vraiment quelque résultat que ce fût. » (p. 207).

 

À titre personnel, j’ai trouvé les Souvenirs de guerre bien plus intéressants que le Récit proposé en seconde partie d’ouvrage. L’écriture de Julien Gracq y est plus nerveuse, plus incisive, et retranscrit bien le chaos à la fois opérationnel et psychologique des soldats français en 1940. Si on ne peut remettre en cause la qualité littéraire du Récit, il lui manque cette puissance d’évocation et cette force du témoignage qui caractérisent les grandes fresques militaires, à l’image des Journaux de guerre d’Ernst Junger.

 

 

Par Matthieu Roger

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 21:33

Trimestriel édité par Mondadori France


couverture Guerres-Histoire-1

 

 

Dans la lignée du magazine Science & Vie, le groupe Mondadori France a lancé en mars une nouvelle revue trimestrielle : Guerres & Histoire. L’objectif avoué est d’offrir au grand public un magazine sérieux de vulgarisation historique, grâce de nouveaux éclairages sur les grands épisodes et problématiques historico-militaires. Le rédacteur en chef de cette nouvelle publication est Jean Lopez, l’auteur de Koursk – Les quarante jours qui ont ruiné la Wehrmacht (5 juillet – 20 août 1943), spécialiste de l’Armée rouge et du conflit germano-soviétique. Il est entouré d’une équipe de férus d’’histoire militaire, tels Pierre Grumberg (rédacteur en chef adjoint), Michel Goya ou Laurent Henninger (chercheurs à l’IRSEM). Si l’on étudie un tant soit peu la une de ce premier Guerres & Histoire, on s’aperçoit que toutes les périodes de l’histoire sont abordées, de l’antique bataille de Leuctres à la prise d’assaut du palais de Kaboul par le KGB en 1979, en passant par l’organisation tactique des tercios espagnols, les campagnes de Napoléon Ier ou bien encore la Seconde Guerre mondiale. Grâce à ses nombreux articles bien documentés, Guerres & Histoire mixe les formats et les références historiques. On y trouve aussi bien des chroniques – dont une savoureuse de Charles Turquin sur Suffren – que des articles de fond ou des rétrospectives historiques sur tel ou tel évènement militaire. On trouve également des brèves de l’actualité internationale, une grande interview exclusive, un reportage photos, des questions-réponses, et quelques rubriques culturelles (livres, DVD/films, expos, jeux vidéos). Le dossier principal, quant à lui, porte ici sur les limites et l’étendue du génie militaire napoléonien. Placer Napoléon en couverture, c’est déjà l’assurance d’attirer l’attention du public, pour qui le bicorne et la figure impériale font office de produits d’appel.

 

On peut dire que le pari lancé par le nouveau venu Guerres & Histoire est pleinement réussi. Avec 116 pages en a pour son argent, les articles sont intéressants, bien écrits, présentés de manière ludique, J’ai particulièrement apprécié le focus sur « Leuctres ou le triomphe de la géométrie sur le nombre » (cf. ma chronique sur La guerre du Péloponnèse de Victor Davis Hanson), ainsi que l’étude sur « Les Tercios, bras invincible de l’Espagne » (ces troupes sont d’ailleurs reconstituées de fort belle manière dans le film d'Augustin Diaz Yanes Capitaine Alatriste). Cependant, un point reste à améliorer : même si la mise en page est assez agréable, celle-ci gagnerait à être plus aérée. Si cette revue conserve le sérieux de sa ligne éditoriale, si elle continue à aborder avec pertinence l’histoire militaire d’hier et d’aujourd’hui, nul doute qu’elle saura conquérir son public. Bref, vouloir mettre au goût du jour le caractère fondamental de l’histoire militaire est une très belle initiative, qui mérite d’être saluée.

 

Publication du second numéro le 17 juin : le rendez-vous est d’ores et déjà pris !

                                                        


Par Matthieu Roger

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 14:14

Édité par la Sterling Publishing Company, 1991

 

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Waterloo est devenue la plus célèbre des campagnes militaires du XIXe siècle. Et ce pour deux raisons principales. Tout d’abord, elle se distingue d’entre toutes par sa durée extrêmement courte, et par son étendue géographique relativement restreinte. Autre raison : elle marque la fin d’un quart de siècle de guerres sur le sol européen, et incarne la fin de Napoléon Bonaparte. À ceux qui voudrait en savoir un peu plus sur ce moment à part de l’histoire militaire, je recommande le passionnant récit publié par Alessandro Barbero : Waterloo,  publié aux éditions Flammarion en 2005.

 

Uniforms of Waterloo présente une à une toutes les unités engagées dans la bataille de Waterloo, que ce soit dans le camp français, anglo-hollandais ou prussien. Des planches en couleur viennent agrémenter ces descriptifs extrêmement précis, où sont détaillés les formations, l’armement, les uniformes et les drapeaux de chaque régiment. Venant en complément d’un récit synthétique de la bataille, deux cartes viennent illustrer les mouvements de troupes opérés entre le 16 et le 18 juin 1815. En outre, un appendice exhaustif fournit l’ordre de bataille des trois armées présentent ce fameux jour du 18 juin 1815. Uniforms of Waterloo étant une publication américaine, je tiens à préciser que l’ouvrage est écrit en anglais. Il s’agit donc d’un ouvrage de spécialiste, qui n’est pas destiné au grand public ; seuls les férus du Ier Empire y trouverons leur compte.

 

Par Matthieu Roger

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Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite