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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 23:39

Hors-série Histoire n°1 - Sciences Humaines Éditions, 2012

 

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Ce premier grand dossier hors-série du magazine Sciences Humaines nous propose un panorama intégral du phénomène guerrier depuis la nuit des temps. Afin de mener au mieux cette étude de la guerre à travers les âges, Jean-Vincent Holeindre et Laurent Testot ont scindé le corpus d’une trentaine d’articles en quatre grandes périodes chronologiques : « Aux sources de la guerre », abordant la période des guerres préhistoriques jusqu’à la défense de l’empire byzantin, « Les États combattants », du Moyen-Âge jusqu’à la Révolution et l’Empire, « Vers l’apocalypse », de la guerre de Sécession jusqu’à la Guerre froide, et enfin « Les temps des conflits asymétriques », qui traite de la guerre à l’ère contemporaine. Gages de qualité, on retrouve les contributions d'historiens et polémologues tels que Philippe Contamine, Guillaume Lasconjarias, Gérard Chaliand, ou encore Pierre Hassner. Les articles les plus intéressants sont ceux qui traitent des époques ou épisodes les plus méconnus. Citons par exemple le passionnant entretien avec Lawrence H. Keeley sur "Les guerres préhistoriques", où l'on apprend que les guerres primitives étaient souvents plus destructrices, plus fréquentes et plus violentes que les guerres modernes, ou bien encore l'aperçu de "La stratégie de l'Empire byzantin" proposé par Jean-Claude Cheynet, qui montre que les stratèges de Constantinople prônaient un savoir militaire fondé sur la guerres de mouvements et les embuscades. Des repères chronologiques et propositions bibliographiques viennent scander les quatre grands chapitres de ce hors-série, venant ainsi cadrer ces tentatives salutaires de vulgarisation historiques. Puisque la guerre accaompagne l'humanité depuis ses origines, il ne nous faut jamais oublier qu'elle constitue avant tout un fait social total, aux dimensions multiples, aussi bien militaires que politiques, économiques, culturelles ou juridiques. Sans se méprendre pour autant sur les enjeux décortiqués par vingt-cinq siècles de réflexion stratégique. C'est d'ailleurs uniquement à l'aune de cette démarche de compréhension pluridisciplinaire du choc armé que nous devons par exemple aujourd'hui appréhender les conflits se déroulant au Soudan, en Palestine ou en Syrie. A l'heure des drones, des cyberguerres et du technologisme, soulever la question de la fin de la guerre n'a jamais semblé aussi peu pertinent.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 15:57

Éditions Soteca, 2012

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Mon commandement en Orient est le récit, écrit par le Général Sarrail lui-même, de sa période passée en tant que général en chef des forces de l’Entente sur le front des Balkans, de 1915 à 1917. Plus qu’un descriptif très précis des mouvements tactiques des deux camps sur la ligne de front grecque, il s’agit là en fait des mémoires d’autojustification de Sarrail, dans la mesure où ce dernier cherche continuellement à louer ses prises de décisions personnelles, tout en accablant dans le même temps les acteurs qui gravitent autour de lui de reproches divers et variés. Cette tendance lourde à l’autojustification peut parfois énerver, mais elle a cependant le mérite de pointer du doigt les difficultés d’un commandement interarmes et interallié. Les forces placées en théorie sous le commandement du Général sont constituées de contingents non seulement français, mais également anglais, russes, italiens, serbes, auxquels viendront s’ajouter plus tard quelques troupes grecques. Considérés comme un front secondaire de la Première Guerre mondiale, les Balkans ne sont pas scrutés, la plupart du temps à juste titre, comme une priorité par le Grand Quartier Général (GQG) et les dirigeants politiques français. De manière quelque peu réductrice, on peut dire que la mission principale de Sarrail durant ces trois années se résuma à fixer l’armée bulgare afin de soulager les autres fronts de l’Entente. Même si le Général Sarrail fait souvent montre d’audace et de pugnacité pour tout ce qui toucha aux affaires militaires, les commentaires et annotations de Rémy Porte s’avèrent essentiels si l’on veut comprendre les luttes d’influences politiques qui se jouent alors en coulisses dans l’hexagone. Rémy Porte nous propose en effet un travail remarquable de décryptage et d’analyse historique des faits évoqués par Sarrail, replaçant dans leur contexte les responsabilités respectives des différents personnels politiques et militaires. Voilà qui explique la présence pour le moins étoffée et fournie des notes de bas de page.

 

Mon commandement en Orient est un livre à lire par tous ceux qui s’intéressent au premier conflit mondial. Il rappelle que la figure du Général Sarrail, pourtant méconnue aujourd’hui, comptait alors sur la scène nationale française. Ce sont d’ailleurs ses divers appuis ministériels qui lui permirent de décrocher son généralat en chef en Orient. Étude d’un cas concret d’action militaire, Mon commandement en Orient propose une lecture à la fois politique, stratégique et tactique d’un théâtre d’opérations précis. Instructif.

 

 


Par Matthieu Roger

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 21:43

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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L’article le plus intéressant de ce huitième numéro de Guerres & Histoire est sans nul doute celui que Roger Crowley consacre à l’Arsenal de Venise (p. 76-81). Fondé en bordure de la Lagune de Venise en 1104 par le doge Ordelafo, celui-ci subit en 1303, 1473, 1564 et 1810 quatre phases d’agrandissement qui en feront un gigantesque complexe industriel, peut-être « la première usine du monde » pour reprendre le titre de l’article. Sur un modèle qui n’a rien à envier à l’organisation du travail fordiste, les successeurs d’Ordelafo réussiront à établir une chaîne continue de production de galères, en s’appuyant la standardisation des matériaux, la spécialisation des tâches de travail, des chaînes d’assemblage efficientes et un stockage des ressources référencé avec précision. Ainsi l’arsenal devient pendant plusieurs siècles une véritable usine forteresse dédiée à la production de navires de guerre, et par extension le principal complexe national de construction et de logistique militaires de la Sérénissime. Au cœur du Moyen Âge ce sont 16.000 hommes qui y travaillent, dont 2000 ouvriers hautement qualifiés, les arsenalotti. Comme l’indique Roger Crowley, « grâce à son arsenal, Venise dispose en permanence, du XIVe au XVe siècle, d’une flotte de galères de 10 unités en temps de paix, de 25 à 30 en temps de guerre ». De quoi s’opposer aux velléités turques, qui se font de plus en plus pressantes à partir du XVe siècle. Si victoire de Lépante (1571) il y eut, c’est notamment parce que la République de Venise pu fournir une centaine de galère et quelques galéasses à la flotte hispano-italienne commandée par don Juan d’Autriche.

 

Par ailleurs, Yacha Maclasha revient lors d’une interview de Lennart Samuelson sur l’ouvrage récemment publié par celui-ci et intitulé Tankograd, The Formation of a Soviet Company Town : Cheliabinsk 1900s-1950s (Palgrave Macmillan, 2011). Le professeur au Stockholm Institute of Transition Economics y présente le fonctionnement de « Tankograd », vaste tripole soviétique regroupant Tcheliabinsk, Sverdlovk et Nijni Taguil, qui constitua  le plus grand site de production de chars non seulement de l’URSS mais aussi du monde. Plusieurs siècles après l’arsenal de Venise, « à elles seuls, les trois villes ont construit 18.000 chars lourds ou canons autopropulsés pendant la Seconde guerre mondiale sur un total de 97.700 ». Ou quand la concentration industrielle transcende l’effort de guerre…

 

 


 

Par Matthieu ROGER

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 15:16

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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Pour ce septième numéro de juin-juillet, Guerres & Histoire propose un grand dossier décortiquant le mythe de la supériorité militaire germanique. Trente pages au cours desquelles Jean Lopez, Thierry Widemann, Benoist Bihan et Nicolas Aubin relativisent le prestige recueilli par l’armée allemande au cours des derniers siècles. Les critiques les plus pertinentes portent sur l’obsession de l’état-major prussien puis allemand d’une recherche de la bataille décisive. Une obsession qui peut se comprendre, puisque de par sa situation géographique centrale sur le continent européen, qui induit une potentielle multiplicité des fronts, l’Allemagne sait qu’elle ne pourra mener efficacement que des guerres relativement courtes. Ce que montrent les différents articles de ce dossier, c’est que le commandement allemand a commis ses plus lourdes erreurs sur le plan stratégiques. Avant de constituer des échecs sanglants sur les champs de batailles, les deux guerres mondiales perdues par l’Allemagne furent avant tout des fiascos diplomatiques conduisant le pays dans une impasse stratégique inéluctable. Ce culte de l’offensive trouve ses sources dans l’hagiographie souvent courtisane du roi-soldat Frédéric II, dont les défaites ont étrangement été évacuées de la mémoire nationale (défaites cuisantes de Gross Jägersdorf et Kolin en 1757, de Kunersdorf en 1759). Et Nicolas Aubin de citer en préambule de son article « Quand les vaincus écrivent l’Histoire » cette citation que l’on doit au romancier américain Tom Clancy : « Pourquoi les gens font-ils une fixette sur des militaires allemands qui n’ont pas gagné une guerre depuis 1871 ? ». Si Nicolas Aubin montre bien que les vaincus et leurs sympathisants (par exemple Jean Mabire ou Marc Augier) ont su réécrire l’histoire pour la plus grande gloire des armes allemandes, regrettons qu’il réduise la figure de Basil Liddell Hart à un vulgaire manipulateur de l’histoire. Ce n’est pas là rendre justice à ce que ce grand théoricien militaire britannique a apporté à la pensée stratégique militaire.

 

À lire également, entre autres, les passionnants articles de Pascal Brioist et de Laurent Quisefit, qui abordent respectivement la bataille de Ravennes remportée par les Français sur les Espagnols en 1512, et l’invincibilité légendaire du cavalier mongol. Si à Ravennes la victoire est obtenue par la combinaison interarmes de l’artillerie, de l’infanterie et de la cavalerie, inédite pour l’époque, les conquêtes mongoles trouvent leur explication première dans l’alliance extraordinairement efficace de l’étrier haut, de l’arc composite et de la discipline militaire.

 

 

 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 17:27

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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Pour son sixième numéro, le magazine Guerres & Histoire nous propose un dossier extrêmement complet sur l’histoire, le fonctionnement et le commandement de la légion romaine. Cet outil militaire formidable permit en effet aux troupes de la République puis de l’Empire d’étendre leur hégémonie durant plusieurs siècles autour du monde méditerranéen. Ce dossier permet d’appréhender l’atout tactique inestimable que constituèrent les légions face à leurs ennemis antiques. Même si certaines de leurs défaites sont passées à la postérité, telles Cannes (216 av. J.-C.), Carrhes (53 av. J-C.) ou encore Teutobourg (9 ap. J.-C.), la longévité de leur emploi détonne dans l’histoire militaire. La force des légions romaines  vient de leur extrême discipline, inédite à l’époque. Organisées en centuries (100 hommes), manipules (200 hommes) et cohortes (600 hommes), les légions, théoriquement fortes de 6000 soldats (légionnaires, auxiliaires et cavaliers) se distinguent également par leur capacités manœuvrières sur le champ de bataille. L’enquête de Guerres & Histoire s’emploie avec succès à démêler le vrai du faux au sujet de cette formation militaire révolutionnaire qui mit fin au règne de la phalange.

 

Je conseille également la lecture de l’article Les canons du sultan sonnent le glas de Constantinople, qui narre le siège de la capitale de l’empire byzantin par les troupes sultan Mehmet II. Cet épisode constitue en fait un épisode charnière de l’histoire militaire, puisqu’il scella en 1453 la supériorité de l’artillerie sur les fortifications. Mehmet II bénéficia pour ce siège de l’aide d’un ingénieur hongrois quoi inventa des canons dont la portée et le diamètre n’avaient aucune commune mesure avec ceux des bombardes jusqu’alors utilisées. À souligner également l’article d’Antoine Reverchon intitulé Guerre de 70 : la France n’était pas battue d’avance, qui montre qu’en 1870 les troupes françaises, avec un haut commandement à la hauteur, auraient pu fournir une opposition de toute envergure aux Prussiens.

 


 

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 00:28

Éditions Larousse, 2011

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Je ne sais pas si, à, l’instar de ce qu’annonce le titre, Les Thermopyles peuvent être considérés comme la plus célèbre bataille de l’antiquité. Mais ce dont on peut être sûr, c’est que rarement dans une bataille la gloire des vaincus n’aura autant éclipsé celle des vainqueurs. Face aux armées gigantesques de l’empereur perse Xerxès venues mettre au pas la Grèce, fortes d’environ 300.000 hommes, 7.000 Grecs, dont les 300 soldats d’élites du roi spartiate Léonidas, vont tenir durant trois jours l’étroit défilé des Thermopyles (-480 av. J.-C.). Cet affrontement des plus sanglants et des plus inégaux, porté à l’écran de manière spectaculaire par Zack Snyder en 2006 dans son film 300, était en fait une mission suicide qui permit de retarder l’invasion de l’Attique et eut lieu au même moment que la bataille navale de l’Artémision (défaite perse).

 

Les Thermopyles – La plus célèbre bataillede l’Antiquité se lit comme un roman. S’appuyant essentiellement sur les travaux de Peter Green (Les guerres médiques, 2008) et de Michell Humphrey (Sparte, 2009), l’historien Luc Mary emploie un style très narratif qui fait mouche. La bataille des Thermopyles en elle-même ne représente que trois des onze chapitres de ce livre. Car loin de rester circonscrit au récit du brillant exploit tactique des Péloponnésiens, l’ouvrage narre l’ensemble des deux guerres médiques ainsi que la guerre du Péloponnèse. C’est donc une véritable synthèse des guerres du Ve siècle avant notre ère que nous propose ici l’auteur. Ce dernier, afin d’affiner son analyse de l’art de la guerre de Sparte, consacre toute sa première partie au mode de fonctionnement militaro-culturel de la capitale lacédémonienne. Appréhender Sparte en tant que « cité de la guerre » s’avère en effet être la seule manière valable pour comprendre à quel point la couardise au combat était chez le guerrier spartiate plus redouté que la mort elle-même. Se montrait-il peu courageux au combat qu’un Spartiate pouvait être déchu de sa citoyenneté, rejeté de la communauté et frappé par l’atimia, un décret spécial de disgrâce. Littéralement conditionnés à l’exercice de la guerre, réputés invincibles, les soldats à la cape rouge de Sparte, secondés avec bravoure par les Thespiens et les Thébains, montrèrent aux Thermopyles la quintessence de la discipline militaire. Un haut fait d’armes que Luc Méry replace de manière passionnante au cœur du jeu diplomatique des guerres hellènes.

 

 

Par Matthieu Roger

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 20:37

Bimensuel édité par Mondadori France


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Ce cinquième numéro de Guerres & Histoire nous propose comme d’habitude un contenu réactionnel aussi riche que varié. Le dossier principal, qui court sur vingt-quatre pages, revient sur la structure de l’armée française durant la Première Guerre mondiale, tout en la comparant à celle de ses alliés ou ennemis. Un contrepoint intéressant à ma lecture récente de Les secrets de la grande Guerre publié par Rémy Porte. Sont notamment abordées les questions du productivisme industriel, qui permit l’arrivée des armes motorisées sur le champ de bataille, ainsi que la naissance, plus ou moins évidente à déceler, d’un « art opératif » à la française. Dommage que la pensée stratégique nationale se soit quelque peu sclérosée durant l’entre-deux guerres, car au sortir de 1918 le haut commandement français avait toutes les cartes en main pour poursuivre sa réflexion globale d’articulation entre les différentes armes.

 

On notera également dans ce numéro l’interview exclusive étonnante du sous-marinier américain William Craig, qui nous transporte d’emblée dans un univers à la Das Boot. À une toute autre époque, Éric Tréguier revient dans « Qadesh : première victoire de la propagande » sur la victoire égyptienne de Qadesh, remportée en 1274 av. J.-C. sur les chars hittites, célébrée avec pompe par Ramsès II, alors qu’en fait il ne remporta vraisemblablement pas la guerre. Par ailleurs, notons deux autres articles remarquables car abordant deux sujets méconnus. Le premier relate l’utilisation durant les guerres de la Révolution françaises de compagnies aérostières, avec un succès certain en termes de renseignement des mouvements ennemis. Mais l’expérience ne fut pas prolongée. Quant à l’interview du lieutenant-colonel Olivier Entraygues par Laurent Henninger, elle permet de découvrir l’œuvre fondamentale du Britannique John Frederick Charles Fuller, qui fut responsable des unités blindées britanniques en 1916-1918 avant de se consacrer entièrement à l’étude de la stratégie militaire. Le seul ouvrage de Fuller disponible en français est La conduite de la guerre de 1789 à nos jours – Étude des répercussions de la révolution française, de la révolution industrielle et de la révolution russe sur la guerre et la conduite de la guerre, publié pour la première fois en 1961 et paru en poche dans la Petite Bibliothèque Pajot.

 

Je finirai cette chronique en soulignant tout l’intérêt que je porte à la rubrique À lire (p. 102-105), à même de conseiller ou déconseiller la lecture des ouvrages les plus récemment publiés.

 

 

Par Matthieu ROGER

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 12:06

Éditions Vuibert, 2012

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Avec Les secrets de la Grande Guerre, l’objectif avoué de Rémy Porte est d’approcher la complexité de la Première Guerre mondiale à partir de situations humaines, vécues, concrètes. Pour ce faire, il effectue une quinzaine de focus sur différents faits de guerre, abordant ainsi par exemple l’épisode des taxis de la Marne, les combats à Gallipoli, la guerre sous-marine, l’entrée en guerre de l’armée américaine, etc. Présentés de manière chronologique, ces quinze coups de projecteur sur tel ou tel épisode du conflit s’attachent à restituer les schémas mentaux de l’époque et les contingences d’action des ennemis en présence. Le danger souvent inhérent à ce type de démarche est de verser dans l’anecdotique, piège dans lequel l’auteur évite heureusement de tomber. S’il étudie l’incroyable odyssée de la division belge d’autos-mitrailleuses, de Belgique jusqu’aux Etats-Unis en passant par la Russie, c’est pour la replacer dans le contexte plus global des relations diplomatiques. S’il s’attarde sur la figure du général Nivelle, resté dans les mémoires pour ses offensives meurtrières d’avril 1917, c’est pour mieux reconsidérer à l’aune de cette trajectoire particulière les débats stratégiques au sein du haut commandement français ou allié. Délaissant donc l’anecdotique, Rémy Porte appréhende en fait les multiples facettes de ce premier conflit mondial : médiatiques (le choix provisoire de conserver les pantalons rouges des fantassins français), mémorielles (la célébration du caporal Peugeot et des morts tombés au champ d’honneur), tactiques et stratégiques (les batailles de la Somme ou de Caporetto), ou encore diplomatiques (le rôle des Etats-Unis). Sans exclure l’épisme de certains hauts faits, dont les plus remarquables sont incontestablement ceux du « Corps expéditionnaire belge des autos-canons-mitrailleuses en Russie » et du colonel von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale.

 

Bref, les différents récits de cet ouvrage rendent compte de manière précise mais jamais ennuyeuse l’interpénétration de destins particuliers et des grands enjeux de la guerre. Sans oublier d’infirmer certaines idées reçues. Une démarche en faveur de la véracité historique qu’on ne peut que saluer.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 21:22

Éditions Flammarion, 2011


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Dans la lignée Batailles – Les plus grands combats de l’antiquité à nos jours, R.G. Grant continue d’animer l’équipe d’auteurs qui réalisent cette série d’ouvrages consacrés aux grands évènements militaires. Avec Stratèges – De l’antiquité à nos jours, il se penche sur les figures des chefs militaires les plus marquants de l’Histoire. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre du livre, il s’agit moins ici de décrypter leur modus operandi que de proposer de manière claire et concise l’exposé de leur carrière militaire.  Le classement est chronologique et présente six grandes familles de généraux : les héros de l’antiquité (1500 av. J.-C. – 500 ap. J.-C.), les chevaliers et nomades (500-1450), les maîtres de l’innovation (1450-1700), les monarques et révolutionnaires (1660-1850), les agents impériaux (1850-1914), et les commandants modernes (de 1914 à nos jours). Chaque catégorie se divise en plusieurs grandes périodes militaires, introduites par une double page de contextualisation historique générale.

 

L’intérêt de ce type d’ouvrage n’est pas de nous faire revenir sur l’épopée des stratèges les plus connus. Il réside plutôt dans le fait de nous permettre de resituer certains hommes oubliés, qui marquèrent pourtant leur époque : Cyrus le Grand, Aurangzeb, Subötai, Michel de Ruyter, Franz Totleben, David Beatty, Curtis Lemay, etc. Le grand format de ce livre permet d’apprécier à sa juste valeur la riche iconographie qui caractérise cette collection. Illustrations, citations et cartes de batailles viennent mettre en relief des siècles d’innovation militaire, et nous dévoilent la taille croissante des armées, la puissance et la portée de plus en plus meurtrières des armes dont les généraux durent user. Le paradoxe, comme l’indique R.G. Grant dans son avant-propos, est qu’aujourd’hui « les commandants militaires ne sont plus considérés comme des exemples ». Faut-il voir dans ce constat le refus salutaire par nos démocraties modernes des grands massacres du siècle dernier ? Ou bien déplorer la disparition des valeurs d’héroïsme et d’honneur qui motivèrent pendant longtemps ces hommes hors du commun ? La question reste ouverte.

 

Stratèges – De l’antiquité à nos joursconstitue le complément idoine à l’ouvrage publié il y a trois ans par Jérémy Black aux éditions de La Martinière, Les grands chefs militaires et leurs campagnes.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 11:48

Bimensuel édité par Mondadori France


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Une très bonne nouvelle tout d’abord, puisque le trimestriel Guerres & Histoire devient dès à présent bimensuel. Six numéros paraîtront donc désormais chaque année. Voilà un signe de bonne santé pour ce jeune magazine, dont je ne suis pas étonné qu’il ait trouvé rapidement son public, au vu de la qualité éditoriale déployée. Notons l’arrivée d’un nouveau venu au sein du comité éditorial en la personne de Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques et rédacteur en chef adjoint de la revue Histoire & Stratégie.

 

Ce quatrième numéro de Guerres & Histoire aborde comme à son habitude des périodes historiques extrêmement variées. Le dossier principal traite de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, et démontre en vingt-quatre pages en quoi ce coup d’audace fut à la fois un échec stratégique et tactique. Non seulement le différentiel économique avec les États-Unis ne laissait aucune chance au Japon de remporter la guerre, mais le raid massif sur Pearl Harbor, contrairement l’idée commune que l’on se fait d’un désastre pour la Navy, ne permis au final d’envoyer par le fond que deux cuirassés américains et un navire cible ! Voilà un constat avéré qui va à l’encontre de nos imageries d’Épinal. C’est là d’ailleurs un des dénominateurs communs de la ligne éditoriale de Guerres & Histoire, cette tendance à aller à l’encontre des clichés militaires et des idées reçues. J'apprécie cette capacité salutaire à susciter le débat.

 

On retiendra également dans ce numéro l’article synthétique d’Éric Tréguier sur la bataille de Carrhes, le début du cauchemar parthe (p. 54-58), pour ceux que la lecture du dernier livre de Giusto Traina pourrait à tort rebuter. Cette bataille marque en soi une crise tactique pour les légions romaines, détruites sur place car démunies face à la mobilité et aux flèches des Parthes. J’ai aussi été particulièrement intéressé par l’exposé sur les Ordres guerriers aztèques : ascenseurs pour la gloire, qui nous fait découvrir l’organisation des troupes d’élites qui forgèrent au XVe siècle un véritable petit empire en Amérique centrale. Enfin, l’interview du général André Bach par Jean Lopez revient sur les relations humaines qui se tissèrent parfois entre troupes françaises et allemandes le long des tranchées de la Première guerre mondiale. Surprenant et instructif.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite