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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 00:00

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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Ce nouveau numéro de Guerres & Histoire débute par l’interview choc de Sacha Volkov, ex soldat soviétique capturé par les Allemands lors de la contre-attaque sur le saillant de Koursk en 1943. Un témoignage poignant sur les horreurs de la détention en temps de guerre, le jeune homme finissant par être envoyé au sinistre camp de Buchenwald. C’est plusieurs décennies auparavant que nous ramène le photoreportage consacré à la Guerre des Boers (p. 18 à 26), conflit colonial opposant les colons du Transvaal et de l’Etat libre d’Orange aux troupes britanniques. Un conflit peu évoqué de nos jours, mais qui montre qu’avec un sens affûté de la guérilla et un armement performant de petits effectifs peuvent tenir en respect une armée entière. Le dossier central du magazine est quant à lui consacré à la guerre d’attrition que livrèrent les alliés à la Luftwaffe à partir de 1943, course à la suprématie aérienne tous les instants dont on ne parvient à prendre la mesure que devant les chiffres effarants des pertes subies par les deux camps. Voilà un aspect de la Seconde Guerre mondiale qu’il était important de rappeler, d’autant plus qu’il fut riche en enseignement stratégiques, que ce soit au niveau des tactiques de combat entre avions de chasse, bombardiers et intercepteurs, ou bien à une échelle plus globale sur les objectifs des bombardements (ciblage des lieux de production industriels ou bien de la population civile ennemie). Autre article à mettre en avant, tout aussi intéressant que les précédents, celui qu’Eitan Haddok consacre à la « Guerre du Kipppour, comment Israël s’est laissé surprendre ». Ou l’on apprend que les services secrets israéliens, pourtant fameux, commirent en 1973 des impairs qui faillirent bien redessiner la carte géopolitique du Proche-Orient. Enfin, on retiendra également la double page consacrée au nouvel ouvrage publié par Jean Lopez, Joukov – L’homme qui a vaincu Hitler (Éditions Perrin). Celui-ci, s’il s’avère à la hauteur des louanges formulées par Laurent Henninger dans sa critique, pourrait bel et bien faire référence.

 

 

Par Matthieu ROGER

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 20:50

Le Monde, hors-série d’octobre 2013

 

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Le Monde nous propose ce mois-ci un très intéressant hors-série consacré à la guerre aux XXe et XXIe siècles. Scindé en quatre grandes parties intitulées « Faire la guerre », « Vivre la guerre », « Raconter la guerre » et « L’art de la guerre », on y retrouve les interventions de certains des meilleurs spécialistes français des conflits armés, tels Gérard Chaliand, Hervé Drévillon, Michel Goya, Pierre Grumberg, Laurent Henninger, ou encore Thierry Widemann. Un gage de qualité appréciable qui vient étoffer la volonté de balayer le plus grand champ possible des problématiques militaires contemporaines : l’art de la contre-insurrection, la prégnance du droit international, les nouvelles technologies, la relation entre une nation et son armée, la cartographie, l’évolution de la pensée stratégique, etc. Le premier article, qui est en fait un entretien avec Gérard Chaliand, pose d’entrée un paradoxe crucial : si les sociétés occidentales ont acquis un avantage technologique certain en termes de capacité technique et mécanique de destruction, celles-ci doivent maintenant faire face à des opinions publiques ne cautionnant plus aucune perte humaine, ainsi qu’à des ennemis non-occidentaux rompus au jeu des conflits asymétriques. C’est là la principale mutation opérée tout au long d’Un siècle de guerres : après l’apogée des affrontements inter-étatiques et leur inclusion des civils dans la guerre (Première Guerre mondiale et Seconde Guerre mondiale), la bataille entendue dans son acception classique a disparu au profit de déflagrations polymorphes mais tout aussi meurtrières (guérillas, raids, conflits urbains, opérations ultra-localisées, interventions dites humanitaires, pollinisations extra-frontalières, etc.). Ce qu’entend montrer ce hors-série, c’est que cet état de fait possède des répercussions sur des champs aussi divers et variés que l’éthique, les relations internationales, les neurosciences, les flux économiques, la chirurgie, les médias, le cinéma… À noter l’excellent article « Cartographier les batailles » (p. 80-83) de Delphine Papin, qui prend exemple sur la guerre actuelle en Syrie pour rendre compte de la complexité des enjeux qui entourent la cartographie des conflits, entre nécessité d’analyse extrêmement précise des données et prévention des manipulations potentielles permise par les représentations géographiques de la guerre.

 

Dans la quatrième et dernier grand chapitre de ce hors-série, Thierry Widemann nous propose des extraits de dix des plus grands textes de stratégie militaire. On y retrouve L’art de la guerre de Sun Tse, De la guerre de Carl von Clausewitz, La Guerre totale d’Erich Ludendorff, Stratégie de Basil H. Liddell Hart, Problèmes stratégiques de la guerre de partisans contre le Japon de Mao Zedong, Paix et guerre entre les nations de Raymond Aron, La notion de politique : théorie du partisan, de Carl Schmitt, De la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes de George L. Mosse, Stratégie théorique III de Lucien Poirier, et Le Modèle occidental de la guerre de Victor Davis Hanson. Le néophyte en stratégie militaire pourra y trouver là, de même qu’en bibliographie finale, quelques premières pistes de lectures incontournables. 

 


Par Matthieu Roger

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 15:34

Éditions Perrin, 2013 (première publication en 1976)

 

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La plupart du temps, l’histoire militaire se préoccupe surtout de tactique, d’art opératique, ou bien de grande stratégie. La bataille est y entendue comme un climax des campagnes, comme un événement charnière analysé à l’aune des plans conçus au préalable par les généraux en chef. Dans Anatomie de la bataille, l’historien John Keegan (1934-2012) resserre sa focale pour appréhender la bataille à l’échelle de l’individu, qu’il s’agisse du simple soldat ou de l’officier. En effet, comment expliquer la bataille sans se pencher sur les pressions coercitives s’exerçant sur ces hommes envoyés au cœur d’un combat mortel ? Comment ces soldats, faits de chair et de sang, aux motivations parfois très diverses, peuvent-ils souffrir, tout en remplissant leur office, l’angoisse, l’excitation et la peur qui étreignent au cœur de la mêlée ? De même, que savons-nous aujourd’hui vraiment réellement de ce que signifie traverser une bataille ? Quels sont ses odeurs, ses sons, ses temporalités, ses contrechamps ? Autant de question auxquelles John Keegan tente de répondre en balayant nos idées préconçues et en replaçant la dimension humaine du combat au cœur de son argumentation. Pour ce faire, il articule son propos autour de trois batailles : Azincourt (1415), Waterloo (1815) et La Somme (1916). Tout en distinguant avec grande justesse les caractéristiques guerrières  propres à chacune des trois époques, il parvient à dégager une constante invariable en ce qui concerne la nature de toute bataille, à savoir que celle-ci est essentiellement un conflit moral. « Ce que toutes ces batailles ont de commun c’est l’humain, c’est le comportement des hommes qui tentent de concilier leur instinct de préservation, leur sens de l’honneur et l’accomplissement d’un but au péril de leur vie. L’étude de la bataille c’est donc toujours l’étude de la peur et généralement de l’obéissance, toujours de la contrainte physique et parfois du refus de l’obéissance, toujours de l’angoisse, parfois de l’enthousiasme ou de la catharsis, toujours de l’incertitude, du doute, des fausses nouvelles et des mauvaises interprétations, généralement de la foi et parfois même de la vision, toujours de l violence et parfois de la cruauté du sens du sacrifice et de la compassion. Surtout, c’est l’étude de la désintégration des liens. Après tout, c’est à la désintégration de l’adversaire que tend toute bataille. » (p. 354-355). Rien que ces quatre phrases nous font comprendre combien la bataille est un événement multiforme, changeant, nœud de forces et de variables génératrices de chaos.

 

Publié pour la première fois en 1976, Anatomie de la bataille est indéniablement un classique. Un classique, certes, mais un classique original qui déplace les points de vue, démontrant que le niveau micro peut s‘avérer tout aussi chargé de sens, si ce n’est plus, que le niveau macro. Pour le dire plus simplement, la vision du soldat de base est tout aussi signifiante que celle du général en chef. On retrouve cette approche individuelle et humaine dans L’art du commandement (Perrin, 2010). En plaçant le lecteur dans la peau d’un archer gallois, d’un fusilier de ligne ou d’un troupier des tranchées, John Keegan réussit à nous faire toucher du doigt l’épreuve psychologique incommensurable que constitue la bataille.

 

 

Par Matthieu Roger

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 12:04

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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Pour ce quatorzième numéro, Guerres & Histoire consacre son dossier central à la Guerre du Péloponnèse, qui opposa Sparte à Athènes de 431 à 404 avant J.-C. Trente longues années de conflits, de destructions et de massacres qui mirent au final à genoux la péninsule grecque. Si Sparte finit par l’emporter, les cites-États grecques, affaiblies, ne seront plus jamais en mesure de constituer une grande puissance militaire. Comme le fait remarquer Yasha MacLasha dans son interview de Victor Davis Hanson (p. 44-45) : « En 479, les cités empêchent 250.000 Perses de s’emparer de la Grèce. En 338, elles sont incapables d’empêcher l’invasion de 40.000 Macédoniens. » La longévité exceptionnelle de la Guerre du Péloponnèse repose sur deux facteurs déterminants. Primo, la prédominance des galères athéniennes sur mers doit faire face à la supériorité des hoplites spartiates sur terre. En clair, il ne pourra y avoir de vainqueur que si l’un des deux camps se risque à porter la guerre sur le terrain de prédilection de son ennemi. Secundo, Athènes et Sparte ne sont pas seules dans cette guerre. Elles entraînent avec elles dans cette guerre une multitude de cités-États prenant partie pour l’une ou l’autre. Les ligues de coalisés évoluent ainsi au gré du jeu des alliances, avec l’effet pervers d’étendre ainsi la zone des combats. Pour en apprendre plus sur ce choc extraordinaire des cultures militaires, je vous conseille l’excellent ouvrage de Victor Davis Hanson, La Guerre du Péloponnèse (Flammarion, 2008), déjà chroniqué sur ce site.

 

À découvrir également dans ce numéro les articles de Nicolas Chevassus-au-Louis et de Jean-Marc Mendel sur deux batailles oubliées. Le premier revient sur la bataille de Talas (p. 59-62), qui mit aux prises en 751 les troupes du califat abbasside et de la dynastie chinoise des Tang, à l’est de la Mer d’Arat. Après cinq jours de combats acharnés ce sont les Arabes qui l’emportent, permettant par la suite à l’islam d’essaimer dans toute l’Asie centrale, et ce jusque dans les provinces occidentales de la Chine. Le second évoque quant à lui la bataille navale de Grand-Port (p. 71-74). En 1810, le long des côtes de l’actuelle Île Maurice, la marine française remporte sur la Navy britannique une victoire de prestige. Notons qu’il s’agit de la seule bataille navale à avoir été gravé dans la pierre de l’Arc de triomphe !

 

 

Par Matthieu ROGER

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 17:18

Éditions Economica, 2012

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Dans Novare (1513), Olivier Bangerter, chercheur au Small Arms Survey de Genève et spécialiste de l’histoire militaire suisse de la Renaissance, revient sur la bataille qui mit aux prises l’armée française, composée à la fois d’Italiens, de lansquenets allemands et de soldats français, aux Suisses envoyés par la Confédération au secours du duc de Milan en titre, Massimiliano Sforza. Cet affrontement, qui se solde par une victoire nette et sans bavure des piquiers et hallebardiers suisses, s’inscrit dans le cadre des guerres d’Italie (1494-1559) et de la reconquête du duché milanais entreprise par Louis XII. Allié à Venise, ce dernier compte bien ramener le Milanais dans le giron français. Seulement les Suisses, échaudés par le conflit franco-suisse de 1509-1512, et qui peuvent de plus compter sur le soutien à distance des troupes papales et espagnoles, ne l’entendent pas de cette oreille. La Diète envoie donc plus de 10.000 hommes en Italie, afin d’aider les maigres troupes de Sforza à reprendre son dû. La discipline suisse et la destruction du contingent formé par les lansquenets décideront du sort de la bataille.

 

Mais cet ouvrage est bien plus une synthèse sur la manière de conduire la guerre au début du XVIe siècle en Europe occidentale qu’un simple récit des combats de Novare. L’auteur aborde ainsi tour à tour l’organisation des armées et le rôle conféré aux différentes armes, le contexte diplomatique, et le déroulé complet de la campagne. Olivier Bangerter met en perspective cette victoire de l’infanterie suisse par rapport à l’évolution suivante : alors qu’au Moyen Âge on concevait majoritairement l’infanterie en soutien de la cavalerie, lorsque cette dernière était disponible, la Renaissance consacre la prédominance des troupes à pied, charge à la cavalerie et à l’artillerie naissante de l’appuyer, tant sur la défensive qu’à l’offensive. Et de préciser dans sa conclusion (p. 115) :

« À l’échelon le plus bas, les transformations sont encore plus visibles et marquent les combattants. L’artillerie devient une arme essentielle même si tout le monde ne le sait pas encore mais elle ne peut pas jouer son rôle sans une infanterie capable de la défendre. Cette dernière redevient donc la reine des batailles, capable de tenir le terrain mais aussi de le conquérir. Cela explique la demande pour des troupes de cette trempe, que beaucoup d’états chercheront à s’attacher en soldant des mercenaires étrangers. Le marché des combattants est promis à un avenir de plus en plus florissant en Europe ; les Suisses en seront les premiers bénéficiaires et les Français les premiers commanditaires. »

 

 

Par Matthieu Roger

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 10:30

Éditions Pierre de Teillac, 2012

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Voilà un beau livre qui ne se contente pas de ressasser l’histoire bataille que nous connaissons tous déjà. Les grandes batailles du Moyen Âge, parce qu’il s’agit d’une publication anglo-saxonne, possède en effet le mérite de mettre en lumière des affrontements peu étudiés par l’historiographie française. Bien sûr, sur la vingtaine de batailles présentées, on retrouve des incontournables, telles Hastings, Crécy ou Azincourt. Mais qui peut se targuer de connaitre avec exactitude du déroulement des combats de Legnano (1176), Legnica (1241), Vitkov (1420) ou encore Brunkeberg (1471) ? L’occasion nous est donnée ici de remédier à une évocation uniquement axée sur l’histoire militaire française, en parcourant les principaux champs de batailles d’Europe et du Proche-Orient, de l’an 1000 à 1500. Le tout agréablement rehaussé d’une iconographie riche et inédite, qui contextualise parfaitement les récits des combats. Chacun de ces derniers est en outre agrémenté d’infographies donnant au lecteur la possibilité de visualiser les différents mouvements de troupes et phases des affrontements.

En ce qui concerne la dimension tactique, c’est la bataille d’Arsouf, opposant en 1191 les Croisés dirigés par Richard Cœur de Lion à une armée de Sarrasins comptant le double d’effectifs, qui s’avère peut-être la plus impressionnante. La manœuvre de de l’arrière-garde croisée, composée d’arbalétriers et de lanciers progressant à reculons face à la cavalerie lourde musulmane, fut véritablement un modèle de discipline et de bravoure. En tenant coûte que coûte leur formation en carré jusqu’à la ville d’Arsouf, ils permettront finalement aux Templiers et aux chevaliers d’Anjou et de Bretagne de lancer une charge de cavalerie décisive.

 

 

Par Matthieu Roger

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 09:17

Les Éditions de l’Opportun, 2013


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Depuis quelques années l’uchronie historiques est à la mode. Surfant sur cette vague, Luc Mary et Philippe Valode nous proposent aujourd’hui une « histoire de France revue et corrigée en 40 uchronies ». L’ambition est aussi grand que noble, et la préface annonce la couleur : « Au fond, les deux auteurs de ces 40 uchronies ont réécrit une histoire de France différente, mais tellement plus probable  que celle qui s’est, en vérité, inscrite dans les faits. Une histoire rigoureuse, renseignée, parfaitement crédible » (p. 8). Disons-le sans ambages, le pari est loin d’être tenu.

 

Tout d’abord, les quarante uchronies qui nous sont promises ne correspondent pas au contenu de l’ouvrage ; il y a là, comme qui dirait, tromperie sur la marchandise. En effet, l’uchronie proprement dite ne concerne que les deux ou trois pages finales de chacun des quarante chapitres du livre, l’essentiel de ces derniers s’apparentant à un simple résumé du contexte historique de l’événement étudié. Et si… Napoléon avait remporté la bataille de Waterloo ? relève donc plus de L’Histoire de France pour les nuls que d’un véritable essai critique. Cette première déception se double d’un constat amer, à savoir l’inégale qualité des scénarios proposés. Si les hypothèses d’un Vercingétorix vainquant César à Alésia, celle d’un Montcalm triomphant aux plaines d’Abraham en 1759 ou encore celle d’une défaite des Français à Valmy sont bien pensées, Luc Mary et Philippe Valode s’empêtrent malheureusement bien trop souvent dans des canevas historiques peu plausibles, voire carrément invraisemblables. Citons, entre autres exemples, celui d’une Jeanne d’Arc forcée par Charles VII à prendre époux, d’un Louis XI tué de la main de Charles le Téméraire sur un coup de sang, d’un Henri IV bigame, ou encore d’un Louis XVIII tenant tête à Napoléon Ier sur le perron des Tuileries en mars 1815. Certaines projections uchronique semblent même rédigé à la va-vite, un comble ! Bref, tant la rigueur historique que la qualité littéraire ne sont pas aux rendez-vous fixé par les deux auteurs. Vraiment dommage, car l’idée de revisiter certains des moments-clés de l’histoire militaire française « avait pourtant de la gueule », si notre lecteur veut bien avoir l’amabilité de nous passer l’expression.

 

À ceux qui voudraient s’orienter vers des ouvrages uchroniques bien plus intéressants et crédibles, nous conseillons la lecture de Et si on refaisait l’histoire ?, d’Anthony Rowley et Fabrice Almeida, ainsi que de l’excellent What if ? – Military historians imagine what might have been, republié en 2001 sous la direction de Robert Cowley.

 

 

Par Matthieu Roger

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 17:58

Bimensuel édité par Mondadori France

 

guerres & histoire 11

 

 

Avec Jean Lopez, Yacha MacLasha et Benoit Bihan, la rédaction de Guerres & Histoire possède en son sein les plumes qu’il fallait pour mener à bien le passionnant dossier central sur la bataille de Stalingrad proposé ce mois-ci aux lecteurs (p. 32 à 57). Annonçant en une du magazine « Stalingrad, nouvelle vision d’une bataille mythique », ceux-ci nous expliquent comment les affrontements meurtriers de Stalingrad de novembre-décembre 1942, intitulés opération Uranus par les Soviétiques, furent en fait doublés sur le plan opératique d’une opération tout aussi gigantesque bien plus haut nord, à deux cents kilomètres de Moscou, autour du saillant de Rjev. Cette dernière, à savoir l’opération Mars, constitua un échec cinglant pour Joukov et ses troupes, incapables de venir à bout des divisions blindées manœuvrées par Model. Si la mémoire collective a retenu le désastre allemand emblématique de Stalingrad, souvent considéré comme le tournant militaire de la Seconde guerre mondiale, il ne faut pourtant pas oublier les trois semaines de carnage de la bataille de Rjev, qui firent selon David Glantz une centaine de milliers de morts ! D’autant plus qu’on ne peut comprendre la pensée stratégique russe de l’époque, influencée par les penseurs incontournables de l’avant-guerre que sont Alexandre Svetchine, Mikhaïl Toukhatchevski, Gueorgui Isserson et Vladimir Triandalov, sans comprendre son articulation autour de la notion d’art militaire opératif, visant à enchaîner ou combiner simultanément des opérations d’envergure sur des théâtres d’opération géographiquement disjoints. Alors que le commandement militaire allemand réfléchit encore en termes d’accumulation successive de batailles décisives, les Russes appréhendent déjà la stratégie militaire de manière plus globale.

 

Soulignons également dans ce numéro le témoignage impressionnant du médecin-lieutenant Jacques Gindrey (p. 8-14), qui opéra de manière souvent dantesque durant toute la bataille de Dien Bien Phu, à l’issue de laquelle il fut fait prisonnier. De son interview transparaît toute la trempe et le courage de ces hommes qui réussirent à sauver d’innombrables vies sans chercher à épargner la leur. Je vous recommande également l’étonnant article Charles Turquin au sujet de la bataille oubliée entre Allemands et Anglo-Belges sur Grands Lacs africains durant la Première guerre mondiale (p. 90-94). Où l’on apprend que l’Afrique orientale était alors le théâtre de combats navals pour le moins incongrus…

 

Pour conclure, je voudrais m’élever une nouvelle fois contre la manie fatiguante qu’a Guerres & Histoire de surcharger sa mise en page ; à empiler les encarts, textes et visuels, on ne parvient qu’à gêner l’œil et le parcours du lecteur. La rédaction pourrait par exemple s’inspirer de la pagination claire et bien plus lisible du dernier hors-série de Sciences Humaines consacré à la guerre. Mais voilà bien le seul reproche que je puisse adresser à ce magazine, par ailleurs en tout autre point remarquable.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 13:33

Coédition Arte Éditions & Armand Colin, 2012

 

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Dans ce livre, Bruno Birolli, grand reporter et correspondant en Asie au Nouvel Observateur, dresse une biographie édifiante du général Ishiwara, figure japonaise incontournable de l’entre-deux guerres. Il réussit à restituer de manière claire la complexité de ce « personnage de roman », dont l’idéologie confuse convoquait à la fois un ultra-nationalisme impérialiste, un militarisme fervent, une réelle sympathie pour le national-socialisme, un nichirénisme prosélyte et une prégnance du kukotai, sorte de code de l’honneur mystico-nationaliste dont il se prévalut tout sa vie. Un cocktail intellectuel détonnant, qui le conduisit notamment à organiser le 18 septembre 1931 l’attentat de Moukden évoqué par Hergé dans Tintin et le lotus bleu. Cet attentat, mené par un cercle restreint de jeunes officiers  bellicistes, mit le feu à la Mandchourie et eut pour conséquence immédiate l’internationalisation du conflit sino-japonais, via l’intervention de la Société Des Nations. On peut même y voir, à l’instar de l’auteur, un des prémices de la Seconde Guerre mondiale.

 

De fait, Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre n’est pas une simple relation de la vie mouvementée de Kanji Ishiwara. Bruno Birolli n’a en effet de cesse d’analyser les actes d’Ishiwara à l’aune du contexte politique japonais. En parallèle au melting-pot doctrinal de notre protagoniste, on découvre un archipel nippon déchiré par les luttes entre les multiples castes politiques au pouvoir : clans militaires à l’influence grandissante, derniers tenants de la démocratie, cabinet privé de l’Empereur Hirohito, utopistes ultra-nationalistes tel qu’Ishiwara. Avec en toile de fond le débat sur la profondeur stratégique que pourrait offrir au pays le contrôle de la Mandchourie. Lorsque le Japon envahit cette région et constitue l’état fantoche du Mandchoukouo, l’obsession première d’Ishiwara reste de préparer la guerre contre les États-Unis, qu’il appelle depuis toujours de tous ses vœux. Pour ce faire, il prône un programme d’actions passant par l’établissement d’un état de défense nationale (en transférant la partie essentielle de la préparation de la guerre en Mandchourie et en augmentant de manière conséquente les forces de l’armée de l’air nipponne), l’élimination au sein de la formation des soldats de toute tendance libérale, et l’organisation du Mandchoukouo comme première ligne de défense militaire (p. 197-198). Mais Ishiwara n’est pas le seul à égrener des utopies fascistes et impérialistes. C’est justement cette course effrénée à la guerre qui perdra le Japon, son haut commandement militaire s’égarant entre l’antagonisme avec la Chine et ses velléités d’expansion en Asie du sud-est, deux conflits armés qui étaient de toute façon perdus d’avance.

 

 

Par Matthieu Roger

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 21:24

In Machiavel – Œuvres complètes, Bibliothèque de La Pléiade, Éditions Gallimard, 1952

 

machiavel

 

 

 

La vie de Castruccio Castracani da Luccase se lit comme un roman. Elle raconte la passionnante destinée de Castruccio Castracani, condottiere qui fut seigneur de la ville de Lucques de 1316 à 1328. Non content de raconter la vie mouvementée de ce grand capitaine italien, Nicolas Machiavel mêle la fiction aux faits historiques pour en dresser un véritable panégyrique, le plaçant même à la hauteur de Philippe de Macédoine et de Scipion l’Africain. « Il vécut quarante-cinq ans, et fit voir une grandeur d’âme digne d’un souverain, dans toutes les périodes de sa vie. (…) Comparable en sa vie à Philippe de Macédoine, père d’Alexandre le Grand, et à Scipion, ce célèbre enfant de Rome, il mourut à l’âge de ces deux héros, et sans doute il les aurait surpassé tous deux si, au lieu de naître à Lucques, il eût eu pour patrie la macédoine ou Rome. » (p. 940). L’histoire de Castruccio Castrani nous ramène au cœur des complots et conflits armés qui mettaient alors aux prises les différentes principautés italiennes. Avec en toile de fond la vielle opposition entre Gibelins, Guelfes et leurs partisans respectifs pour le contrôle de la Toscane. Ce qui stupéfie chez Castruccio Castracani, c’est avant tout sa capacité, quel que soit le contexte, à adopter les meilleures dispositions militaires. C’est comme si, au vu des succès et des victoires qui s’accumulent dans son escarcelle, le condottiere lucquois ne faisait simplement qu’appliquer les maximes livrées par Sun Tse dans L’Art de la guerre. Ruses de guerre, division des ennemis, utilisation optimale de la topographie, répartition experte de ses troupes, ténacité dans l’adversité, tout y passe !

 

Mais l’auteur cherche ici à forger une légende, en écrivant une vie exemplaire à la manière de Plutarque et Pétrarque. Comme le rappelle Edmond Barrincou dans ses annotations, Machiavel n’hésite ainsi pas à inventer tel ou tel personnage, à modifier la filiation de son héros, ou encore à résumer deux batailles en une seule (en l’occurrence la bataille de Serevalle, qui « mixe » en fait celles d’Altopascio et Montecarlo). En seulement trente pages, l’historien des Histoires florentines ou du Discours sur la première décade de Tite-Live démontre qu'il fut aussi un remarquable conteur de hauts faits.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite