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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 13:04

Éditions du Cherche-midi, 2000

 

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Moins riche que le Dictionnaire des mots rares et précieux publiés aux Éditions 10/18, ce Petit dictionnaire des mots [rares] n’en offre pas moins un beau voyage le long des méandres de la langue française. Amoureux des mots, Thierry Prellier, de son état directeur maternelle et instituteur, nous propose ses mots choisis, parfois sublimes, cocasses, décoratifs, ou bien futiles, ampoulés, maniérés, mais toujours riches de multiples évocations. Comme il nous le rappelle fort justement, « la collection de mots doit servir et non pas asservir la Compréhension, la Communication, l’Esthétique, la Correspondance, dans le sens baudelairien du terme aussi bien que dans le sens postal. N’usez de termes nouveaux aux autres qu’avec délicatesse, avec respect. Offrez du contexte, donnez une explication éventuellement, non pas doctorale mais limpide, d’un simple coup d’œil de connivence. Offrez les mots de votre collection. Ils ne seront jamais perdus pour vous et prendront, a contrario, encore plus de saveur. » (p. 10)

 

Points forts de ce Petit dictionnaire des mots [rares], sa mise en page aérée, plus qu’appréciable, ainsi que la présence de citations littéraires qui viennent illustrer chaque terme. Une manière intelligente de s’instruire et de voyager avec ces vocables qui nous font rêver : adamantin, caducée, célestiel, effluence, gonfalon, lilial, nadir, parousie, sigisbée, vénusté, et tant d'autres encore…

 

 

Par Matthieu Roger

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 16:08

Éditions 10/18, 1999

cover dico Mots rares

 

 

La langue de Molière n’en a jamais fini de nous surprendre et de nous étonner. Voilà ce qu’illustre parfaitement ce Dictionnaire des mots rares et précieux, publié en format poche par les Éditions 10/18, sous la direction de Jean-Claude Zylberstein. Il compile plusieurs milliers de termes anciens ou inusités, remettant à l’honneur ces mots qui constituent, quoi qu’on puisse en dire, une part de notre patrimoine culturel national. Aucun champ lexical ne reste inexploré : botanique, marine, mythologie, art militaire, musique, herméneutique, etc. Définition après définition, le lecteur curieux appréhende les évolutions de la langue française, sa richesse, sa diversité affriolante. Si la rareté de certains mots peut parfois sembler anachronique, elle n’empêche nullement, bien au contraire, de témoigner des évolutions du langage et de ses usages, des mentalités et des comportements. Saviez-vous que l’acrostole orne les proues des navires ? Saviez-vous qu’une fleur crispiflore possède des pétales frisés ? Connaissez-vous l’éphialte, ce démon incube ? Et quid de la furie, ancienne étoffe de soie indienne aux motifs fantastiques ? Rien n’est plus agréable que de se perdre dans les méandres de la langue française, dont les mots savoureux sont autant d’invites au voyage et à la quête de sens. Ci-dessous, un trop succinct florilège :

 

- Amarescent (adj.) : dont le goût est légèrement amer.

- Chryséléphantin, ine (adj.) : se dit d’une sculpture dont les matériaux sont en or et ivoire.

- Diffamé (adj.) : en héraldique, se dit d’un lion représenté sans queue.

- Embûcher (v. tr.) : poster en embuscade.

- Flambe (n. f.) : épée à lame ondulée, en usage au Moyen Âge. Les kriss malais sont des flambes.

- Isadelphe (adj.) : se dit des monstres doubles constitués de deux corps également développés.

- Mastaba (n. m.) : partie supérieure et visible d’une tombe égyptienne, constituée par un édifice de maçonnerie à l’intérieur duquel se trouve la chapelle.

- Nitescence (n. f.) : lueur, clarté.

- Prosopopée (n. f.) : figure qui consiste à faire agir ou parler une personne absente ou morte, une chose inanimée, une abstraction.

- Scalde (n. m.) : noms que les anciens Scandinaves donnaient à leurs bardes ou poètes.

- Vagant (n. m.) : pilleur d’épaves.

 

Si vous êtes amoureux du langage et des mots, ce Dictionnaire des mots rares et précieux est indéniablement fait pour vous. Outil de culture générale, ou bien réceptacle à idées pour écrivains et poètes, il élargit le champ de nos possibles, permettant le mot juste, précisant la pensée.


 

Par Matthieu Roger

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 12:53

Gingko Press, 2009

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Sous-titré The Art of Shepard Fairey, ce magnifique ouvrage d’art aux superbes illustrations ne déparera dans aucune bibliothèque. Publié à l’occasion du vingtième anniversaire du projet Obey Giant, qui rendit Shepard Fairey célèbre dans le monde entier, il rajoute pour le plus grand plaisir du lecteur 96 pages à l’édition originelle de 2006. L’occasion de découvrir l’œuvre aussi gigantesque que percutante d’un artiste hors du commun. Un très bref aperçu vous en est donné actuellement au Musée de La Poste à Paris, dans le cadre de l’exposition Au-delà du Street Art (jusqu’au 30 mars 2013).

 

Ceux qui ne connaissent pas Shepard Fairey, alias Obey, ont sûrement au moins tous déjà vu son portrait de Barack Obama durant la première campagne présidentielle, intitulé Hope, considéré par le New Yorker comme l’illustration politique la plus efficace depuis Uncle Sam Wants You. Mais tout remonte en fait aux années 1990, lorsque Shepard Fairey débuta une campagne de dissémination de ses autocollants et posters Giant dans toutes les villes des États-Unis, en détournant les codes de la publicité et du message politique. Dans son manifeste de 1990, Obey affirme que cette campagne correspond à un processus d’expérimentation phénoménologique. La phénoménologie d’Heidegger, pour le dire de manière simpliste, vise à questionner en profondeur ce que nous percevons de manière superficielle de notre propre environnement. Ce qui pouvait être considéré comme acquis d’avance se mue ainsi en observation abstraite. Heureusement, rien d’abstrait dans l’art d’Obey. Celui-ci, en reprenant inlassablement sur ses compositions le leitmotiv « Obey », se place dans la suite logique des questions politiques soulevées par George Orwell dans 1984 et La ferme des animaux. Avec en ligne de mire un seul objectif : susciter l’interrogation et le questionnement du spectateur, par défaut consommateur et souvent voyeur, devant une œuvre à première vue incongrue et inclassable.

 

Au vu de cette démarche éminemment politique, pas étonnant que les codes d’Obey soient empruntés à la propagande russe et chinoise, que ce soit  à travers la couleur – avec notamment la récurrence du rouge Rodtchenko -– ou la composition. On retrouve souvent dans son œuvre des références à ses premiers travaux, comme l’œil de Big borther is watching you (2006). Selon moi, Obey est certainement le plus talentueux coloriste actuel. Au moyen de seulement deux, trois ou quatre couleurs, il nous abreuve d’œuvres qui non seulement sont belles, mais ont toutes un message percutant à transmettre. L’exemple parfait d’un art qui ne prétend fournir aucune réponse intangible mais ne cesse de nous hanter.

 

Nota bene : Obbey: Supply & Demand se déguste an anglais.

 


Par Matthieu Roger

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 21:46

Éditions Verdier,  2012

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J’avais repéré Camille de Toledo suite à sa récente publication d’un article dans Le Monde où il décochait un manifeste pour une nouvelle Europe poétique. Souhait pour le moins inhabituel – et salutaire – à l’heure où l’on débat sans cesse des modalités de sauvegarde d’une Europe économique tout en évacuant l’impératif d’une Europe politique et d’une Europe culturelle refondées, ou devrais-je plutôt dire à fonder. Dans L’inquiétude d’être au monde, Camille de Toledo se penche sur l’état philosophique politique de l’Europe, qu’il juge très réactionnaire. Il en veut pour preuve la récente tuerie perpétré par le Norvégien Anders Bhering Breivik sur l’île d’Utoya le 22 juillet 2011 (soixante-neuf campeurs chassés et tués de sang-froid), drame que l’on retrouve en filigrane tout au long de la soixantaine de pages de ce livre. En réponse à cet état philosophique européen très dégradé, l’auteur milite pour une meilleure compréhension de l’entre-deux, c’est-à-dire des interstices culturels qui se nichent entre les langues, entre les peuples. L’inquiétude d’être au monde se lit alors comme un chant lyrique en faveur d’une nouvelle poésie politique, en faveur d’une nouvelle « poéthique » pour reprendre un de ses néologismes introduisant la notion d’éthique. En fait, c’est surtout la réalité du carrefour atteint aujourd’hui par la jeunesse européenne qui l’intéresse. Un carrefour souvent synonyme de croisements et d’exils. En réponse à la langue politique des consolations hypocrites et des fausses promesses, l’auteur entend poser par écrit une vision pessimiste mais non désenchantée de notre Europe.

 

J’aime beaucoup le style d’écriture de Camille de Toledo, rempli à la fois d’assurance et de sensibilité. Si on peut parfois regretter son trop grand pessimisme, qui entremêle la complainte au chant poétique, sa recherche d’un nouveau dialogue européen, sa tentative de déconstruction des paradigmes actuels ne manquent pas d’audace. Dommage que cela le conduise quelquefois à lancer certaines énormités ou raccourcis réducteurs, comme lorsqu’il proclame : « Que ceux qui voulaient inscrire la chrétienté dans sa Constitution se dénoncent, car ils sont, eux aussi, les assassins des gamins d’Utoya. » (p. 49)

 

 

Par Matthieu Roger

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 00:53

Coédition (mouvement)SKITe – sens&tonka, 2004


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Les Visibles manifestes constituent le second opus de la collection d’essais documentaires Culture Publique. Après un premier volume consacré à L’Imagination au pouvoir, ces nouveaux morceaux choisis invitent le lecteur à retraverser la mémoire encore agissante de la politique culturelle contemporaine. Ils reviennent notamment sur la politique des grands travaux architecturaux qui émailla la période mitterrandienne (Grand Louvre, Bibliothèque Nationale de France, Opéra Bastille, etc.). Au-delà de ces érections monumentales, l’encouragement durant les années 1980 des œuvres d’art publiques pose la question d’un vitalisme culturel retrouvé. Entre rupture et perpétuation d’un « État-spectacle », autour des figures tutélaires de François Mitterrand et Jack Lang, les diverses contributions recueillies dans cet ouvrage interrogent la part visible du volontarisme politique. Telles les parties immergées des coulisses élyséennes, les lettres échangées entre le ministre de la culture et son président montrent la nécessité de l’arbitraire lorsque les enjeux culturels sont d’envergure nationale. Les Visibles manifestes permettent alors de mieux comprendre les tenants et aboutissants des choix effectués  à l’heure du 1 % culturel.

 

Au milieu d’une trentaine d’analyses dont celles Jean-Marc Adolphe, Patrick Bouchain ou encore Dominique Perrault, la perspective que nous livre le sociologue Jean Viard sur l’état de la culture en France s’avère selon moi des plus pertinentes. Je cite : « La culture a historiquement accompagné l’idée de conquête, s’associant aux découvertes, mais aussi à la domination, à l’aliénation, le tout sous l’égide de figures emblématiques. (…) Comment passe-t-on d’un monde de la conquête à un monde de l’habité ? Comment sait-on le rendre désirable ? Actuellement, on en a plutôt peur. Certes, depuis trente ans, nous nous sommes énormément ouvertes à la circulation des biens matériels. (…) Mais la France est un pays qui n’a connu que très tardivement une curiosité à l’égard de la culture des autres, car elle a toujours eu une vision missionnaire de son rôle. Nous sommes donc dans une période où nous nous rendons compte que les autres font œuvre, ce qui n’est déjà pas si mal. Mais qu’avons-nous à dire de ce monde qui naît ? » Encore faudrait-il que « le faire œuvre » dont parle Jean Viard fasse sens. Un défi auquel se doit de se confronter toute politique culturelle digne de ce nom.

 

 


Par Matthieu Roger

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 10:11

Coédition (mouvement)SKITe – sens&tonka, 2004


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En 2004-2005 une collaboration entre (mouvement)SKITe et sens&tonka a abouti à la publication d’une série de quatre ouvrages traitant des politiques culturelles en France. Ce premier opus intitulé « L’Imagination au pouvoir » – ce titre reprenant le slogan de langien de 1981 – se penche sur la période de l’accession de la gauche au pouvoir, plus précisément entre 1981 et 1984. En sollicitant les contributions d’une quinzaine de spécialistes, dont, entre autres, Jack Lang, Daniel Bensaïd, François Léotard, Jack Ralite ou encore Philippe Urfalino, « L’Imagination au pouvoir » redonne vie, à travers les yeux de certains de ses propres acteurs, à une époque souvent considérée – quelquefois à tort – comme l’âge d’or des politiques artistiques et culturelles. Mais ce que cet ouvrage raconte est aussi l’arbitrage cruel des choix budgétaires, ainsi que les luttes politiques pour favoriser telle ou telle vision de la culture, que ce soit en paroles ou en actions. La figure de Jack Lang reste centrale dans le récit des différents intervenants, puisque c’est lui qui symbolise la prise de conscience de la possibilité d’un véritable volontarisme politique en faveur de la culture. Réintroduisant du lyrisme et de l’idéalisme à la tête du Ministère de la Culture, il a permis que la culture soit considéré comme un levier politique à part entière. Même si Malraux l’avait déjà revendiqué, la partie était loin d’être gagnée, surtout en temps de crise économique.

 

Ce qui m’a le plus intéressé dans cet ouvrage, c’est de pouvoir parcourir certaines des lettres que s’adressaient François Mitterand et Jack Lang sur les arbitrages à donner aux politiques culturelles lancées en 1981. Celles-ci témoignent bien de la difficulté opérationnelle du volontarisme politique. On voit là que le choix politique se trouve continuellement paramétré par les contingences politiciennes, médiatiques et financières. Ce constat prend un goût amer si on l’analyse à l’aune de la situation dramatique que vit le secteur culturel en France en 2012. Comment réenchanter les arts si ceux-ci ne peuvent s’appuyer à la fois sur une structuration pérenne et un réel volontarisme politique ? Telle est la question insoluble à laquelle sont aujourd’hui confronté les artistes et les professionnels de la culture. Question à laquelle Vincent Dubois répond en convoquant la nécessité de l’autonomie du champ artistique. « On ne doit pas administrer la culture et les institutions doivent être au service d’une finalité qui les dépasse. En aucun cas elles ne doivent être une finalité en elles-mêmes, comme si la politique culturelle pouvait être une sorte d’impulsion et, qu’une fois celle-ci initiée, le processus se perpétue. (…) Il y a une antinomie ici entre la notion d’institution et celle d’élan perpétuel qu’on se plaît à afficher lorsque l’on parle de culture. » (p. 78)

 

 


Par Matthieu Roger

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 12:37

Éditions de L’Herne, 2009

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Ce livre regroupe deux interviews de Noam Chomsky, l’un des plus grands intellectuels du XXe siècle. Conduites par Jean Bricmont, professeur de physique théorique à l’université de Louvain, en 2001 et 2009, elles permettent au célèbre linguiste américain d’aborder une multitude de sujets : relations internationales, économie, nature humaine, philosophie, sciences, etc. Comme à son habitude, Chomsky se mue en pourfendeur des lieux communs, balayant les incohérences de la pensée dominante du revers de ses arguments. Pour cela il s’appuie sur ce qu’il nomme « le pari de Pascal : supposons que rien n’est possible et le pire arrivera ; supposons que l’on peut améliorer les choses, alors, peut-être, le fera-t-on ». Un optimisme de bon aloi, qui ne l’empêche pas de toujours se montrer ultra-réaliste quant à son raisonnement.  Et ce n’est pas parce qu’il se déclare à la fois socialiste et anarchiste qu’il prêche un utopisme farfelu. En effet, il définit l’anarchisme comme « une tendance de la pensée et de l’action humaines qui cherche à identifier les structures d’autorité et de domination, à les appeler à se justifier, et dès qu’elles s’en montrent incapables, à travailler à les surmonter ». Voilà un programme que Bourdieu n’aurait lui-même n’aurait pas renié.

 

Raison contre pouvoir, le pari de Pascal est un ouvrage qui ouvre multiplie les pistes de réflexion les plus salutaires. Ses deux auteurs confrontent le lecteur à sa propre méconnaissance du processus de mondialisation et de ses rouages les plus obscurs. En posant ses questions sous forme d’objections, Jean Bricmont permet à Chomsky de dénoncer les lacunes de nos démocraties occidentales, ainsi que la violence – politique, économique, militaire – qui régit actuellement le monde. S’il nous faut faire quotidiennement acte de raison, c’est pour mieux remettre en cause le discours médiatique à tendance monopolistique des élites intellectuelles. Cette contestation des autorités traditionnelles réclame une révolution altermondialiste que Chomsky appelle de tous ses vœux. Non pas une révolution par la violence, mais une révolution par et pour la démocratie, basée sur le refus des mass media et des logiques aliénantes mises en place par les grands de ce monde. Et Chomsky de mettre en avant, à plusieurs reprises, les très pertinentes thèses de Karl Polanyi et Pierre Kropotkine. Le premier a montré comment le marché capitaliste d’État a dû surmonter de nombreuses résistances avant de devenir la doxa internationale. Le second postule que l’« aide mutuelle » est un facteur primordial dans l’évolution du genre humaine, et que celle-ci tendait naturellement vers l’anarchisme communiste. Capacité de résistance et foi dans le réformisme, voilà deux leitmotivs qui devraient constituer les axiomes d’une nouvelle gouvernance. À bon entendeur salut !

 


Par Matthieu Roger

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 12:57

Éditions Raisons d’agir, 1996

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Sur la télévision est un court ouvrage qui regroupe la version écrite de deux cours télévisés de Pierre Bourdieu. La première partie du livre, intitulée Le plateau et ses coulisses, démonte les mécanismes de la censure invisible s’exerçant à travers le petit écran et livre quelques-uns des secrets de fabrication de ces artefacts que constituent les images et les discours télévisuels. Ensuite, dans La structure invisible et ses effets, l’auteur explique comment la télévision, qui domine le monde du journalisme, a profondément altéré le fonctionnement d’univers aussi différents que ceux de l’art, de la littérature, de la philosophie ou de la politique, et même de la justice ou de la science. Tout en mettant en lumière la logique de l’audimat, c'est-à-dire de la soumission démagogique aux exigences du plébiscite commercial. Ainsi s’ouvre une réflexion profondément lucide sur la télévision en tant que pouvoir symbolique à l’échelle d’un pays, la France, mais aussi du monde.


Pierre Bourdieu dénonce, à juste titre, le fait que la télévision creuse la division entre ceux qui lisent les quotidiens dits « sérieux » et ceux qui n’ont pour seul bagage politique que l’information fournie par la télévision. Selon lui, il faudrait bénéficier à la fois d’une formation PAR les médias et d’une formation AUX médias. Double projet pour un seul objectif moral : l'humanisme. Pierre Bourdieu incrimine de fait la perversité des médias via leur structure, mais n’oublions pas que leur structure est aussi la résultante des agissements individuels. En ce sens, la structure donne peut-être simplement du poids à l’appât du gain et du pouvoir aux humains qui l’animent.

 

Sur la forme, on pourrait s’étonner du ton de cet ouvrage. En effet, si l’auteur entend critiquer la télévision, il va en fait plus loin. Il accuse notamment les journalistes des pires maux et stigmatise ceux qui collaborent avec ces représentants de la « dictature de l’audimat ». Si Bourdieu se montre aussi virulent, c’est qu’il craint une domination des sciences, en particulier des sciences sociales, par la logique médiatique. Il avoue lui-même craindre de voir, un jour, les non sociologues parler au nom des sociologues. Selon lui, la science doit rester pure et enfermée dans sa tour d’ivoire. Sur la télévision véhicule donc une vision quelque peu idéalisée et hautaine du sociologue.

 

Par Matthieu Roger

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 16:50

Édité par Le Figaro et Beaux Arts magazine, 2010


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Cet album, adapté du numéro Le Figaro Beaux-Arts Hors-Série « Tintin à la découverte des grandes civilisations », ravira bien sûr tous les tintinophiles mais également ceux qui aiment les voyages et l’histoire des civilisations ancestrales. Grâce aux illustrations extraites des différents albums de Tintin, ce livre nous replonge dans les aventures du petit reporter qui ont bercé notre enfance. C’est avec une petite pointe de nostalgie qu’on recroise Tchang, le capitaine Haddock, Tryphon Tournesol, les Dupont et Dupond, bref, toute une galerie de personnages plus pittoresques les uns que les autres. Plusieurs focus reviennent en outre sur les techniques narratives et de dessin d’Hergé, son art du champ et contrechamp, son utilisation du point de fuite, l’utilisation des cases noires, son sens du portrait, ses goûts picturaux, etc.

 

Non seulement dessinateur de génie, Hergé a fait parcourir à Tintin le monde entier, de Chicago (Tintin en Amérique) au neiges himalayennes de Tintin au Tibet, en passant par la Chine (Le lotus bleu) ou bien encore la corne arabique dans Coke en stock. Le dessinateur belge s’appuyait pour chaque album sur un travail de recherches aussi éclectique que colossal. En dessinant la géographie de la planète, les aventures de Tintin retranscrivent la culture de multiples civilisations : l’art des masques africains, la ville troglodytique de Petra, les temples tibétains, l’art des Song, les tombes de l’Égypte ancienne, les constructions incas, etc. Hergé trouve ainsi l’inspiration dans la documentation qu’il amasse sans discontinuer. On reconnaît dans les traits de Muskar XII du Sceptre d’Ottokar ceux du malheureux roi espagnol Alphonse XIII, Moulinsart est en fait château de Cheverny, certains gags sont un hommage rendu à l’humour de Buster Keaton, un canapé Knoll est dessiné dans Vol 714 pour Sydney, l’imposante pyramide « paztèque » visible dans Tintin et les Picaros est une copie de la pyramide maya de Kukulkan, etc. Se plonger dans les 24 albums des aventures de Tintin revient en quelque sorte à effectuer en accéléré un tour complet du monde, là où les images jettent des couleurs, racontent l’histoire et nous font tout simplement rêver.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:56

Ouvrage édité par le Ministère de la Culture et de la Communication, 2006


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Le 2 et 3 mai 2005 s’est tenu à la Comédie Française un nouveau volet des Rencontres européennes pour l’Europe de la culture. Réunissant des acteurs culturels en tous genres (ministres de la Culture des différents États membres, réalisateurs, chorégraphes, musiciens, etc.), ces Rencontres pour l’Europe de la Culture 2005 avaient pour but de rendre compte de l’existence tangible ou non d’une « culture européenne ». Le compte-rendu des actes de ce colloque, édité par le Ministère de la Culture français en 2006, nous propose plusieurs pistes de réflexion des plus intéressantes, tout en mettant en lumière la difficulté à définir la notion de « culture » et donc a fortiori celle de « culture européenne ». Cela étant, on sait bien qu’un colloque pose par nature plus de questions qu’il n’y en répond. On peut néanmoins en ressortir le sentiment partagé par tous les intervenants de la nécessité d’une culture commune à l’échelle européenne qui permettrait, entre autres, de continuer à promouvoir le principe de diversité culturelle face à la standardisation des goûts véhiculée par le modèle américain. C’est pourquoi, selon Robert Palmer (directeur de la Direction de la culture et du patrimoine culturel et naturel du Conseil de l’Europe), « La géopolitique du XXIe siècle nécessite le lancement d’une diplomatie culturelle multilatérale d’un style nouveau. (…) Il faut créer de nouveaux liens entre les pays, de nouveaux réseaux. (…) Il faut aider les artistes à construire une Europe unifiée. » (page 138).  De même, quelques intervenants ont mis le doigt sur certains dangers guettant l’Europe depuis l’intérieur : Lustkultur ou Spaßkultur allemande (culture de pur divertissement), crise de l’opéra italien, mauvaise dynamique de promotion du cinéma européen à l’étranger, trop grande disparité des soutiens logistiques et financiers accordés au spectacle vivant, intégration culturelle non encore réalisée des nouveaux pays membres de l’Europe de l’Est…

On perçoit également tout au long de cet ouvrage le statut privilégié qu’occupe encore la France aux yeux de ses partenaires européens en termes de rayonnement culturel. Loin de devoir nous en enorgueillir, ce sentiment confère de fait à la France un devoir à la fois d’arbitre sur la scène internationale - on peut rappeler le combat commun de Jacques Chirac et de Manuel Barroso pour le maintien du principe de « diversité culturelle » - et de moteur culturel de l’Europe. Mais le constat principal que l’on peut retirer de ce sommet international est le suivant : si une Europe de la culture existe dans les faits depuis la Renaissance, encore faut-il que les citoyens européens eux-mêmes en prennent conscience. Il me semble que ceci est la condition préalable à toute tentative viable de construction d’une Europe politique. Quand on sait que quelques semaines après ces rencontres le projet de constitution européenne, qui pour la première fois posait clairement les acquis des différentes politiques culturelles européennes mises en place depuis Maastricht en 1992, était rejetée par les Français, le chemin restant à parcourir semble étrangement long.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite