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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 18:19

Éditions Akileos, 2011

cover-operation-soleil-de-plomb.jpg

 

 

On prend les mêmes et on recommence ! Après Block 109 et Étoile rouge, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat nous offrent un nouvel album qui ne déçoit pas. On y retrouve ce coup de crayon énergique et ce goût pour l’uchronie qui font de leur binôme un des plus doués de la bande dessinée actuelle. Cette fois-ci l’histoire prend place en février 1947, au Congo, alors que les Nazis contrôlent plus des trois-quarts du continent africain. Une bande de prisonniers de droit commun est envoyée par la SS d’Heydrich afin d’éradiquer un groupuscule de résistants locaux emmenés par le général Leclerc. Les deux protagonistes d’Opération Soleil de plomb sont les deux officiers allemands chargés d’encadrer cette « task force » pas comme les autres. À travers la jungle congolaise, ils poursuivent un ennemi insaisissables, et pour cause…


Tout se savoure dans ce nouvel album. Les dessins sont magnifiques, et certaines planches m’ont parfois rappelé les couleurs intenses du film Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Le choix du papier glacé permet d’ailleurs de rehausser ces superbes coloris. Le scénario est plus riche que dans Étoile rouge : les personnages ne sont pas manichéens, plusieurs excellents rebondissements viennent rythmer le récit, et les thèmes du racisme, de l’indigénat et la haine apparaissent en filigrane. Quant à la mise en perspective historique, elle ne peut qu’enthousiasmer les passionnés d’histoire militaire. Le contexte uchronique imaginé par les deux auteurs est tragique, puisqu’il confronte l’humanité à l’hégémonie nazie et aux exactions de ses sicaires. Rappelons le postulat de départ : Hitler est assassiné en 1941 et l’utilisation de l’arme atomique par les Nazis leur a permis de prendre le contrôle de toute l’Europe et de l’Afrique. On retrouve dans Opération Soleil de plomb la lutte de pouvoir interne qui constitue la trame de Block 109, opposant les SS d’Heydrich à l’Ordre teutonique dirigé par Zytek.

 

Bravo à Vincent Burgeas et Ronan Toulhoat pour cette nouvelle réussite graphique, qui mêle intelligemment histoire et suspens narratif ! En guise d’amuse-bouche, vous pouvez admirer quelques planches de l’album ICI.

 


Par Matthieu Roger

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 20:19

Éditions Akileos, 2010

cover étoile rouge

 

Avec leur bande dessinée Block 109, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat s’étaient révélés au grand public en réécrivant et redessinant l’histoire de la Seconde guerre mondiale. J’avais été frappé par le coup de crayon fascinant de Ronan Toulhoat, un noir et blanc coloré, vif, au service de l’action et de la peinture des personnages, ainsi que par le parti pris uchronique adopté par les deux auteurs. Étoile rouge est de la même veine. Cette nouvelle bande dessinée conte l’aventure du groupe de chasse « Normandie », cette escadrille d’aviateurs français qui combattirent à partir de 1942 aux côtés des soviétiques contre les forces de l’Axe, depuis la base aérienne d’Ivanovo. Sauf que, dans Étoile rouge, le cours de la guerre n’est pas exactement celui de la réalité historique. Les données ont été bouleversées par l’assassinat d’Hitler, en mars 1941, et par la mise au point de l’arme nucléaire par les Allemands en juin 1944. L’opération Barbarossa sur la Russie n’a été lancée par les Nazis qu’en juillet 1944, et c’est peu après que l’on voit débarquer nos aviateurs français en Russie. Les auteurs s’amusent avec la chronologie des évènements – le 8 mai 1945 devient par exemple la date à laquelle les Nazis déclenchent le feu nucléaire –, tout en faisant montre d’un souci de réalisme saisissant. Comme le précise Vincent Brugeas : « Remodeler, détourner et réécrire l’Histoire est un jeu dont je ne me lasse pas. L’uchronie permet d’encrer son récit solidement, avec des situations et des personnages criants de vérité, tout en s’affranchissant des rigueurs du récit purement historique. »

On suit plus particulièrement trois d’entre eux, Roland, Marcel et Bébert, dont les combats émaillent le récit. Leurs Yack-3 affrontent tour à tour les redoutables Messerschmitt 262 et Focke-Wulf allemands, face à face magnifiés par le dessin à la fois limpide et nerveux de Ronan Toulhoat. Malgré la vitesse extrêmement bien rendue de ces rodéos sauvages, la grande force de cet album est de ne jamais perdre le lecteur dans la succession des vignettes. Ces scènes d’action, qui retranscrivent les poussées d’adrénaline – malheureusement mortelles – des héros, alternent avec leurs retours à la base, entre intrigues politiques et incertitude croissante au regard d’un conflit qui s’éternise. En toile de fond on observe une critique du productivisme collectiviste soviétique, lequel aura par ailleurs un impact direct sur le dénouement tragique de l’histoire. C’est grâce à ce type d’ouvrage que la bande dessinée peut prétendre à l’appellation – souvent galvaudée – de « neuvième art ».

 

Vous trouvez plus d’informations sur l’univers historico-visuel des deux auteurs à l’adresse suivante : http://www.block109.com/

J’y ai appris avec joie la sortie programmée de trois prochains albums : Opération Soleil de plomb (janvier 2011), Ritter Germanis (juin 2011), et New York 1947 (janvier 2012).

 

Par Matthieu Roger

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 18:42

Somogy éditions d’art, 2005

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Jean-Charles Langlois est un peintre français injustement méconnu. C’est pourquoi ce livre et l’exposition éponyme qui s’est déroulée au musée des Beaux-Arts de Caen du 9 juillet au 17 octobre 2005 lui ont rendu hommage. Car Langlois offre l’exemple peu commun d’un militaire de carrière devenu artiste précurseur. Ancien officier de la Grande Armée de Napoléon, il peignit d’immenses peintures de batailles, devenant sous le Second Empire le spécialiste du genre. Ses gigantesques panoramas furent exposés à 360° dans des rotondes spécialement construites pour l’occasion et permettant d’accueillir le public. Réalisés entre 1831 et 1865, les panoramas de la bataille de Navarin, de la prise d’Alger, de la bataille de la Moskova, de l’incendie de Moscou, de la bataille d’Eylau, de la bataille des Pyramides, de la prise de Sébastopol et de la bataille de Solferino offrirent aux spectateurs de l’époque une mise en scène et des sensations visuelles inédites, en même temps qu’elles s’inscrivaient dans la propagande du régime bonapartiste. Capable d’animer la fureur des combats sur des surfaces de plus de dix mètres de haut et de plusieurs dizaines de largeur, Langlois fut l’un des premiers à associer la peinture aux dioramas et aux procédés photographiques naissants. Il n’hésitait pas à se rendre plusieurs mois sur les anciens chants de bataille qu’il souhaitait peindre, afin de procéder à séries de photographies et de relevés topographiques qui structureront ensuite ses compositions. Outre ses panoramas grandioses et novateurs, nombreuses furent ses peintures exposées entre 1822 et 1855 au Salon de peinture et de sculpture de Paris. Bien que la thématique militaire soit omniprésente chez Langlois, celui qui fut l’élève de Girodet et d’Horace Vernet est tout aussi à l’aise lorsqu’il s’agit d’aborder la peinture de paysages, en attestent ses tableaux magnifiquement réalisés du site des temples de Karnak (p. 138 à 144) ou de la fontaine du Hamma à Alger (p. 85). Sa recherche constante du réalisme et de l’illusion a frappé ses contemporains, au nombre desquels Maxime du Camp qui note dans ses Souvenirs littéraires : « Le colonel Langlois était et doit rester célèbre, car c’est à lui, plus qu’à tout autre, que l’on doit en France, sinon la création, du moins le perfectionnement des panoramas. C’est lui qui le premier transporta le spectateur au centre même de l’action représentée, modela la peinture avec soin, distribua abondamment la lumière sur la toile et produisit un effet qui touche de près à l’illusion. Sa bataille de Navarin était extraordinaire d’animation, de fougue et d’emportement. Quel tumulte ! Mais quel silence ! J’en fus effrayé. Quoi ! La colonne d’eau soulevée par les boulets ne s’affaisse jamais, la lueur même du canon brille toujours, le capitaine du vaisseau Milius n’abaisse pas son bras dressé par un geste de commandement ; cette immobilité me glaçait, car je la trouvais surnaturelle. On dit d’un portrait ressemblant : il ne lui manque que la parole ; de ses batailles on pourrait lui dire : il ne leur manque que le bruit ».

 

Comme à leur habitude les éditions d’art Somogy nous proposent avec Jean-Charles Langlois 1789-1870 – Le spectacle de l’Histoire un ouvrage de fort belle facture, aux illustrations choisies et de qualité. Ceux qui s’intéressent à l’histoire militaire représentée par les beaux arts ne seront pas déçus. Quant aux autres, je les invite à passer leur chemin.

 

Par Matthieu Roger

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 17:42

 

Éditions Actes Sud, 2009

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L’exposition « Charles le Téméraire (1433-1477) » est sans conteste l’une des plus belles expositions artistiques et historiques de cette année 2009. Présentée au Musée historique de Berne du 25 avril au 24 août 2008, au Bruggemuseum et au Groenigemuseum de Bruges du 27 mars au 21 juillet 2009, et au Kunsthistorisches Museum de Vienne du 15 septembre 2009 au 10 janvier 2010, cette exposition internationale expose une véritable histoire de l’art bourguignon au XVe siècle, grâce au recueil de toute la panoplie des supports possibles et imaginables : peintures, armes, tapisseries, broderies, vêtements, orfèvrerie, dessins, documents officiels, témoignages d’époque, sculptures, bannières, objets usuels, etc. Le catalogue de l’exposition, publié par le Fonds Mercator, nous offre un panorama de plus de 350 pages superbement illustrées, qui témoignent de ce qu’étaient ces « splendeurs de la cour de Bourgogne ». Sous Charles le Téméraire la représentation artistique et culturelle du pouvoir politique atteint en effet une sorte d’apogée, qui marqua les esprits de ses contemporains. Chaque teinture, chaque enluminure, chaque motif décoratif a pour but de proclamer aux yeux de tous la légitimité du duc de Bourgogne sur les vastes territoires qui lui ont échu. Même s’il ne réussira jamais à obtenir le titre de roi qu’il convoitait, Charles le Téméraire possède de fait des fiefs aussi divers et variés que le duché Bourgogne, la Franche-Comté, le Luxembourg, la Flandre, la Lorraine, l’évêché de Liège, la Picardie, le duché de Gueldre, etc. Bref, un royaume morcelé coincé entre la France et le Saint Empire. C’est au XVe siècle que la Flandre se constitue en plaque tournante du commerce européen, où se croisent marchands de la Hanse, banquiers italiens, produits scandinaves et anglais, vins bordelais, ou bien encore céréales de Prusse. Le royaume de Bourgogne, dynamisé par le jeu des alliances et des relations internationales, favorise alors un faste artistique sans précédent, dans le souci d’une éthique d’apparat toute princière. Charles le Téméraire réussit non seulement à attirer les meilleurs artistes d’Europe à sa cour, mais il fédère également autour de lui, en créant l’ordre de la Toison d’Or, la fine fleur de la chevalerie européenne. En 1473, l’entrevue de Trêves entre Charles et Frédéric III, empereur du Saint Empire, est un bel exemple de ce faste du pouvoir, de cette monstration culturelle des revendications diplomatiques. Quelques années plus tard, la défaite du duc face aux Confédérés helvétiques signe la fin militaire de ses prétentions royales, et annonce le rattachement de la Bourgogne à la dynastie montante des Habsbourg. En ce sens Maximilien Ier et Charles Quint seront les héritiers spirituels de Charles le Téméraire.

Les reliques du passées exhumées par trois des plus grands musées européens mettent en lumière un héritage plus universel qu’on ne le pense. Car comme l’indique Kharl Habsburg-Lothringen dans sa préface, « de nombreux idéaux incarnés par l’Union européenne – la décentralisation, le respect de la culture, mais aussi l’unité dans la diversité – trouvent aujourd’hui leur source dans les valeurs transmises par la dynastie bourguignonne ». Cet ouvrage, enrichi de magnifiques illustrations et foisonnant d’indications historiques, est le cadeau idéal de tous ceux qui veulent faire plaisir en ces fêtes de fin d’année.

 

 

Par Matthieu Roger 

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite