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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 16:28

Éditions Jean-Claude Lattès, 2010


cover Zheros

 

J’ai trouvé cet ouvrage des plus jouissifs. Il recense en effet les plus mauvais et les plus pitoyables des personnages de l’histoire de France. Prenant le contrepied de l’Histoire glorieuse d’une France généralement chauvine, Clémentine Portier-Kaltenbach, journaliste et historienne, dépeint pour nous une galerie d’individus plus hallucinants les uns que les autres. On hésite souvent entre les pleurs ou les éclats rires : d’un côté ces « Zhéros » furent responsables de la mort ou du malheur des hommes placés sous leur autorité, de l’autre tant de lâcheté et d’incompétence atteint un registre burlesque qui mérite de passer à la postérité. Mais que faut-il avoir accompli de si lamentable pour prétendre décrocher le statut tant convoité de « Zhéro de l’histoire de France » ? L’auteur établit pour ceci quatre catégories distinctes : les hommes que le peuple crut un temps providentiels mais qui trahirent tous les espoirs placés en eux (Henri V, Boulanger), ceux dont l’incompétence n’eut d’égale que l’importance des catastrophes qu’ils déclenchèrent (Kerguelen, Soubise, Chaumareys, Jules Favre, ainsi que Medina Sidonia, le chef de l’ « Invincible » Armada, le seul étranger admis dans ce palmarès,), les responsables de grandes défaites militaires (Villeneuve, Grouchy, de Grasse, Bazaine), les aigris et les jaloux, ceux qui s’obstinèrent à nuire à de grands génies littéraires (Desfontaisnes, Fréron, Suard, Lemercier).


Tout autour d’eux gravite une tripotée de seconds couteaux tous aussi pathétiques, que je ne connaissais pas : Émile Ollivier, le général Lebœuf, Chevandier de Valdrome, le général Valdran, Daniel Wilson, de Machault d’Arnouville, Eugène Étienne… Sans oublier bien sûr la dynastie sanguinaire des Mérovingiens, les fous à lier – j’adresse ici une mention spéciale au maréchal d’Empire Junot, qui lors d’un bal à Raguse se présenta entièrement nu, vêtu de ses seules décorations –, les « pas si nuls que ça » et les Zhéros recalés pour circonstances atténuantes.

Au-delà de ces récits de vie rocambolesques et tragiques, Grands Zhéros de l’Histoire de France est une manière amusante de réviser son histoire de France. Les bourdes de nos grands Zhéros nationaux m’ont ainsi permis de revivre certains épisodes injustement oubliés, tels la Guerre de Sept ans ou la dispute des terres et colonies d’outre-mer entre la France et l’Angleterre. Ces fiascos à gogo réjouiront aussi bien les passionnés d’histoire que les lecteurs curieux et friands d’anecdotes croustillantes.

 

 

Par Matthieu Roger

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 00:42

Éditions Gallimard, 1942

cover-pilote-de-guerre.jpg

 

Pilote de Guerre, publié par Saint-Exupéry en 1942, est le récit d’une de ses missions de reconnaissance aérienne au-dessus d’Arras effectuée en 1940. Alors que les panzers allemands envahissent la ville, le capitaine Saint-Exupéry, assisté de son officier observateur et de son mitrailleur, doit survoler la zone pour en rapporter le maximum de clichés. Et cela même si ces trois hommes savent bien que ces photos ont peu de chance d’atterrir dans les mains à l’état-major. Au vu de la débâcle militaire et de l’ampleur de l’exode civil, l’armée française est en effet plus préoccupée par ses manœuvres de replis que par l’utilisation potentiellement offensive de renseignements chèrement acquis sur terrain. Le récit de ce vol de guerre nos prend aux tripes parce qu’avant même de décoller l’équipage sait qu’il n’a, dans le meilleur des cas, qu’une chance sur cinq de rallier vivant sa base. Lorsqu’une escadrille de chasseurs allemands apparaît au loin on croit leur fin proche, un avion de reconnaissance n’ayant aucune chance face à de tels adversaires. Mais l’avion trace sa route et s’échappe, pour enfin arriver en vue de l’objectif. Cueillis à Arras par un concert de missiles antiaériens, il en faut une nouvelle fois de peu pour que nos trois Français restent sur le carreau. Exténués par le vol en altitude – évoluer à 10.000 mètres d’altitude met à rude épreuve les mécaniques mais aussi les organismes –, ils réussiront tout de même à rejoindre les quelques équipages du Groupe aérien 2/33 qui tentent encore de lutter, malgré la quasi destruction de l’armée de l’air française, contre l’inexorable avancée ennemie.

 

Mais Pilote de guerre n’est pas qu’un simple récit de guerre. Saint-Exupéry y décrypte les raisons de la défaite française. Loin de fustiger l’impéritie du haut commandement ou une somme d’erreurs individuelles, il constate tout simplement que le rapport de force était trop déséquilibré pour pouvoir espérer la victoire. La défaite française résulte selon lui d’une défaillance collective qui vient entériner le déclin de notre civilisation. Dès 1942 il est assez lucide pour tirer de son expérience individuelle de pilote de guerre des leçons universelles, dans lesquelles il engage les concepts d’Homme, de Civilisation, d’Esprit, d’Idée, d’Humanisme, de Charité, de Société, de Communauté, et enfin de Dieu. L’auteur se mue alors en quelque sorte en philosophe et nous explique pourquoi les notions d’Homme et de Civilisation portent en elles les germes de la victoire. Renvoyant l’individu au don de soi, elles consacrent la mort comme un sacrifice à la fois signifiant et significatif. Comme le dit lui-même Saint-Exupéry : « Ce n’est pas le risque que j’accepte. Ce n’est pas le combat que j’accepte. C’est la mort. J’ai appris une grande vérité. La guerre, ce n’est pas l’acceptation du risque. Ce n’est pas l’acceptation du combat. C’est, à certaines heures, pour le combattant, l’acceptation pure et simple de la mort. » (p. 143).

 

 

Par Matthieu Roger

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 16:50

Édité par Le Figaro et Beaux Arts magazine, 2010


cover-tintin.jpg

 

 

Cet album, adapté du numéro Le Figaro Beaux-Arts Hors-Série « Tintin à la découverte des grandes civilisations », ravira bien sûr tous les tintinophiles mais également ceux qui aiment les voyages et l’histoire des civilisations ancestrales. Grâce aux illustrations extraites des différents albums de Tintin, ce livre nous replonge dans les aventures du petit reporter qui ont bercé notre enfance. C’est avec une petite pointe de nostalgie qu’on recroise Tchang, le capitaine Haddock, Tryphon Tournesol, les Dupont et Dupond, bref, toute une galerie de personnages plus pittoresques les uns que les autres. Plusieurs focus reviennent en outre sur les techniques narratives et de dessin d’Hergé, son art du champ et contrechamp, son utilisation du point de fuite, l’utilisation des cases noires, son sens du portrait, ses goûts picturaux, etc.

 

Non seulement dessinateur de génie, Hergé a fait parcourir à Tintin le monde entier, de Chicago (Tintin en Amérique) au neiges himalayennes de Tintin au Tibet, en passant par la Chine (Le lotus bleu) ou bien encore la corne arabique dans Coke en stock. Le dessinateur belge s’appuyait pour chaque album sur un travail de recherches aussi éclectique que colossal. En dessinant la géographie de la planète, les aventures de Tintin retranscrivent la culture de multiples civilisations : l’art des masques africains, la ville troglodytique de Petra, les temples tibétains, l’art des Song, les tombes de l’Égypte ancienne, les constructions incas, etc. Hergé trouve ainsi l’inspiration dans la documentation qu’il amasse sans discontinuer. On reconnaît dans les traits de Muskar XII du Sceptre d’Ottokar ceux du malheureux roi espagnol Alphonse XIII, Moulinsart est en fait château de Cheverny, certains gags sont un hommage rendu à l’humour de Buster Keaton, un canapé Knoll est dessiné dans Vol 714 pour Sydney, l’imposante pyramide « paztèque » visible dans Tintin et les Picaros est une copie de la pyramide maya de Kukulkan, etc. Se plonger dans les 24 albums des aventures de Tintin revient en quelque sorte à effectuer en accéléré un tour complet du monde, là où les images jettent des couleurs, racontent l’histoire et nous font tout simplement rêver.

 

 

Par Matthieu Roger

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 19:43

Éditions L’Archipel, 2008

cover-nouel-art-de-la-guerre.jpg

 

 

En parallèle à la baisse progressive du nombre de guerres interétatiques depuis 1945, Gérard Chaliand s’interroge sur la difficulté des troupes occidentales à l’emporter dans un contexte de guerres irrégulières. Alors que la supériorité de l’armement est systématiquement du côté des troupes régulières, ces dernières essuient des défaites cinglantes lorsqu’elles se voient confrontées à des guérillas. Comment expliquer ce paradoxe ? Pour l’auteur il faut d’abord retracer l’évolution historique de l’art de la guerre, ce qui amène à deux constats. Premièrement, et en corrélation avec la nature même de la guérilla, les populations sont aujourd’hui partie prenante des guerres asymétriques. Deuxièmement, un conflit ne peut être gagné que grâce à une volonté politique supérieure à celle de l’adversaire. S’emparer du pouvoir ne se limite donc plus à déposer par la force tel souverain ou tel leader politique, il correspond désormais à un incessant travail politique de mobilisation et d’encadrement. On le voit bien en Afghanistan ou en Irak, où la guerre ne pourra être gagnée par les occidentaux qu’en obtenant l’adhésion tacite d’une majorité de la population. Et Gérard Chaliand de pointer le concept  de « dyssimétrie décisive » mis en exergue par le général français André Beaufre au début des années 1970 : un avantage stratégique, logistique et matériel, quel qu’il soit, ne peut à long terme l’emporter sur une idéologie politique exhortant à tous les sacrifices. La victoire militaire devient vaine si, au bout du compte, le vaincu n’admet pas sa défaite. Cette « dyssimétrie décisive » des guerres asymétriques découle deux grandes mutations : le renversement du poids démographique entre Nord et Sud, et, processus encore plus récent, le refus de plus en plus affirmé de la mort par les sociétés occidentales.

 

La démarche discursive de l’auteur s’avère pertinente dans la mesure où il appuie son analyse sur une rétrospective historique. Il revient sur l’antagonisme fondamental qui caractérisait la période située entre le IVe siècle av. J.-C. et le XVIe siècle ap. J.-C., qui n’était autre que celui entre nomades et sédentaires. De fait, c’est le foyer perturbateur issu des steppes centre-asiatiques qui déterminera pendant longtemps l’éclosion et la formation des grandes puissances caucasiennes. Le retour sur la période coloniale permet également de nous éclairer sur les stratégies indirectes employées par les insurgés. Les guerres coloniales de l’époque victorienne introduisent l’apparition de la guérilla, et le parcours à travers le monde d’un Garnet Wolseley témoigne d’un empire colonial déjà en proie aux pressions centrifuges. En redonnant à la polémologie son « épaisseur historique », Gérard Chaliand s’affirme comme un spécialiste crédible des problèmes politiques et stratégiques des conflits armés.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 14:27

Éditions Julliard, 2006

sirenes-de-bagdad-cover.jpg

 

 

Kafr Karam est un petit village perdu au fin fond du désert irakien. Les jeunes y errent sans aucune perspective d’avenir, totalement désœuvrés, et les anciens se complaisent dans une vie morne et routinière, reclus du monde, pendant que dans tout le pays les troupes d’occupation américaines font l’objet d’attentas à répétition. Le dictateur Saddam Hussein a beau avoir été déchu de son piédestal, le pays n’en sombre pas moins dans la guerre civile et le chaos. Le narrateur de cette histoire fictive, un jeune Bédouin réservé et sensible, va voir sa vie en basculer deux fois, coup sur coup. La première fois lorsque son cousin, handicapé mental, est injustement abattu sous ses yeux par une patrouille de GI‘s. La deuxième fois lorsque sa famille et lui se font molester et humilier par une escouade américaine venue fouiller le village à la recherche d’hypothétiques cachettes d’armes. Ces deux évènements tragiques, qui viennent s’ajouter aux reportages anti-américains quotidiens d’Al Jazeera, vont insuffler au protagoniste une haine sourde envers l’occupant, à laquelle il lui faudra trouver coûte que coûte un exutoire. Il décide donc venger l’honneur de sa famille en venant grossir à Bagdad les rangs des fedayin promis au martyre des attentas-suicides.

 

Ce n’est pas pour rien que les romans de Yasmina Khadra rencontrent depuis une dizaine d’années un succès international. Avec Les sirènes de Bagdad celui-ci signe le troisième volet d’une trilogie débutée avec Les hirondelles de Kaboul et L’attentat. Sa narration est puissante, elle nous aspire dans les tourbillons ocres des étendues désertiques, elle saisit les sentiments des hommes exposés à la violence et à la misère, elle rend compte de l’immoral ballet des armes et du choc des civilisations qui se jouent actuellement au Proche-Orient. En nous faisant suivre l’itinéraire de ce jeune Bédouin, l’auteur nous projette dans ce que la guerre a de plus dramatique, à savoir l’aliénation idéologique menant au fanatisme et à l’intolérance. Et offre par la même occasion une vision assez pessimiste du dialogue interculturel, principe louable mais battu en brèche par les éruptions sauvages du ressentiment et de la vengeance. Entre Orient et Occident l’incompréhension est telle qu’aucun critère moral ne semble plus désormais plus voix au chapitre. Partageant la fuite en avant de ces individus égarés dans le chaos de la violence quotidienne, le lecteur n’entrevoit au final aucun espoir de rémission puisque même les êtres les plus innocents peuvent être frappés de manière aveugle par la mort, ou bien emportés par les flots d’une « colère inextinguible ». Aucune échappatoire possible donc, si ce n’est celle que nous offre la musicalité parfois enivrante du style d’écriture de Yasmina Khadra, perceptible dès le premier paragraphe : « Beyrouth retrouve sa nuit et s’en voile la face. Si les émeutes de la veille ne l’ont pas éveillé à elle-même, c’est la preuve qu’elle dort en marchant. Dans la tradition ancestrale, on ne dérange pas un somnambule, pas même lorsqu’il court à sa perte. » Les sirènes de Bagdad chantent la colère des hommes pour qui le soleil du Levant n’a pour teinte que de l’or du feu ou de la pourpre du sang.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 14:24

Grasset, 2009

10-jours.jpg

« Le jour où Gazprom lancera une OPA sur Total.

Le jour où la Chine envahira Taïwan.

Le jour où l’Écosse déclarera son indépendance.

Le jour où Google rachètera le New York Times pour un dollar.

Le jour où l'euro vaudra 2,5 dollars.

Le jour où Israël attaquera les installations nucléaires iraniennes.

Le jour où la France comptera plus d’habitants que l’Allemagne.

Le jour où les Asiatiques rafleront tous les prix Nobel.

Le jour où le terrorisme menacera de faire exploser une arme nucléaire tactique.

Le jour où les jeunes mâles blancs se révolteront. »

 

Dès son introduction Alain Minc précise que chacun de ces dix scénarios – plutôt improbables si ce n’est celui où la France devient plus peuplée que son voisin d’outre-Rhin – est à entendre comme une métaphore illustrant un « enjeu clef de l’avenir, à court, moyen ou long terme ». L’idée de la prospective est intéressante, d’autant plus qu’elle aborde des domaines aussi divers et variés que l’économie, la défense, l’information ou encore les connaissances. Mais le problème c’est qu’on a l’impression, au fil des chapitres, que ces dix scénarios ne sont que le prétexte, pour l’auteur, d’exposer une vision du monde qui se débat dans sa nature éparse et inconsistante. Alain Minc ne réussit jamais à nous embarquer dans ses histoires et, plus embêtant, les réflexions qu’il en tire relève bien souvent du tout venant. Pas besoin en effet d’être grand clerc pour évoquer – car il s’agit bien dans cet ouvrage d’évoquer, et non pas d’étudier – les affres de la globalisation financière ou du terrorisme international. Tirer des plans sur la comète pour ensuite défoncer des portes ouvertes, voilà un procédé littéraire qui ne suscite guère que la perplexité du lecteur et qui nous fait attendre avec impatience le jour où Alain Minc engagera enfin une pensée surprenante et novatrice.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 14:21

Éditions du Seuil, 2005

la condition urbaine cover

 

À travers cet ouvrage Olivier Mongin présente les mutations que l’espace urbain subit depuis deux siècles. En s’appuyant sur le cas typique des mégalopoles, il développe ainsi une appréhension globale de l’interaction entre espace public et espace privé. L’émergence de villes-monde comme Tokyo indique, selon lui, une prédominance de plus en plus tangible des flux au détriment des lieux. Le réseau tentaculaire que forment les grandes villes de notre planète réinterroge alors de fait notre conception du « vivre ensemble ».

Il me semble que la question que se pose continuellement Olivier Mongin est la suivante : qu’avons-nous à perdre et à gagner en nous immergeant dans les flux à tendance immatérielle de la mondialisation ? Une question à laquelle il tente de répondre en dressant une comparaison subtile entre les villes moyennes de la « Vieille Europe », où subsiste encore par petites touches architecturales un certain idéal de la cité, et les agrégats urbains extensibles du tiers monde (Lagos, Le Caire…). Là où l’analyse de l’auteur pèche, c’est qu’à force de vouloir nous convaincre de la multiplicité des mutations urbaines all over the world celui-ci s’égare souvent dans des redites ou des extrapolations argumentatives. Le propos tenu aurait sans aucun doute gagné en clarté à se montrer plus concis et étayé par un plus grand nombre d’exemples.

Il n’en reste pas moins que La condition urbaine, de par son approche transdisciplinaire et globale, fournit au lecteur d’intéressantes pistes de réflexion sur l’espace dans lequel il évolue au quotidien ainsi que sur le modèle de société auquel il aspire véritablement. Perdus dans la masse – voire la nasse – des flux de la métropolisation mondiale, nous devons impérativement redéfinir, tant à l’échelle locale qu’internationale, une nouvelle articulation de l’espace privé et de l’espace public. Entre l’hégémonie du « post-urbain » et le chaos des bidonvilles, c’est pour un juste milieu urbanistique et architectural que nous devons dès à présent militer.

 

Intellectuel pluridisciplinaire, Olivier Mongin est l’actuel directeur de la revue Esprit. Auteur d’une douzaine d’ouvrages personnels, il a également dirigé la publication de livres tels que Un monde désenchanté ? (1988) et Kosovo, un drame annoncé (1999).

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 14:19

Éditions La Martinière, 2008


les grands chefs militaires et leurs campagnes

 

Dans la lignée des livres que je vous ai déjà présenté, voici un beau livre qui mériterait sa place au pied du sapin de Noël. Encore que… J’avoue avoir été assez agacé par plusieurs coquilles d’impression, notamment en ce qui concerne les dates des batailles et les effectifs engagés, ainsi que par les textes de présentations des chefs de guerre, parfois trop succincts ou synthétiques. Difficile en revanche de ne pas succomber à la très belle présentation générale de cet ouvrage, une habitude chez les Éditions de La Martinière. Non seulement l’iconographie est magnifique, soulignant de manière pertinente les textes de présentation, mais des cartes tactiques en 3D sont en outre systématiquement proposées, qui mettent en relief la portée des opérations militaires de tel général ou de tel chef de guerre. Voici donc un ouvrage plus destiné au plaisir des yeux et à l’information factuelle qu’à l’approfondissement historique et stratégique des grandes campagnes de l’Histoire. Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que le panel des historiens réunit par Jérémy Black,  professeur d’histoire à l’Université d’Exeter et auteur/éditeur de près de 70 ouvrages, nous fait découvrir de nombreux hommes injustement méconnus, ou dont l’influence ne fut parfois pas assez prise en considération, à l’image, entres autres, du Tchèque Jan Zizka et du Hongrois János Hunyadi, deux stratèges du Moyen-Âge, d’Akbar, le bâtisseur de l’Empire moghol, ou encore de Tchaka, le fondateur de la nation zouloue. Au travers des 545 illustrations qui émaillent les récits des conquêtes et des défaites, le lecteur se retrouve immergé dans un immense panorama militaire s’étendant sur 2500 ans, ici découpé en quatre grande périodes : le monde antique (de Cyrus le Grand à Bélisaire), le monde médiéval (de Charlemagne à János Hunyadi), l’âge des empires et des révolutions (d’Hernán Cortes au Duc de Wellington) et l’âge moderne (de Tchaka à Vo Nguyen Giap). Louable initiative, le mini-dictionnaire des noms propres situé en fin d’ouvrage permet également d’évoquer en quelques lignes les illustres militaires n’ayant pas bénéficié d’un chapitre spécifique : Thoutmosis III, Narsès, Michiel de Ruyter, Jean Lannes, Ivan Konev...

L’introduction écrite par Jérémy Black nous rappelle fort justement que « le succès militaire ne se limite pas à la victoire (…) : il suppose la capacité à atteindre ses objectifs, à exécuter un certain nombre de tâches, à remplir une mission ». C’est pourquoi Chandragupta (créateur de l’empire des Maurya en Inde), Edouard Ier, K’ien Long (empereur de Chine, dynastie des Qing) ou encore Eisenhower, s’ils ne furent pas d’extraordinaires tacticiens ou de géniaux stratèges, n’en figurent par exemple pas moins dans cet ouvrage. Même si les véritables qualités des généraux de génie s’expriment aussi bien au niveau tactique qu’au niveau opérationnel ou qu’au niveau stratégique (Alexandre le Grand, Hannibal, Napoléon Ier), les enseignements de la polémologie, tout comme les faits, démontrent l’extrême difficulté à combiner ces trois échelles. Sous oublier la gestion des hommes et du temps, la capacité à discerner et à solutionner les problèmes, et bien sûr la dimension politique, qui la plupart du temps gouverne la définition des objectifs stratégiques.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 14:17

Éditions Fayard/Tallandier, 1982


cover-hommes-de-la-croisade.jpg

 

 

Dans Les Hommes de la Croisade, Régine Pernoud revient sur ces hommes qui vécurent aux XIe, XIIe et XIIIe siècles les aventures des croisades en Palestine. Elle analyse la dynamique mentale extraordinaire qui conduisit des rois, des pauvres, des barons, des chevaliers, des clercs, des marchands à se rendre ensemble en Palestine. Le but déclaré est de reprendre Jérusalem aux hérétiques Sarrazins, pour une faire une véritable base chrétienne au Proche-Orient. Habités par une ferveur religieuse authentique, incarnée par la figure charismatique de Pierre l’Ermite, chevaliers et hommes de l’occident, que l’on appelle alors les Francs, débarquent ainsi à l’autre bout de la Méditerranée et fondent le royaume de Jérusalem et autres comté de Tripoli, principauté d’Antioche, comté d’Édesse ou royaume de Petite Arménie, autant de territoires qui étendent le champ d’influence de la chrétienté à l’est d’un empire byzantin en complète déliquescence. Pendant deux siècles les croisés tentent de coloniser ces territoires hostiles tout en organisant sa défense au moyen d’un réseau étendu de forteresses, dont la plus fameuse est sans doute le Krak des Chevaliers, construit à l’ouest de la Syrie et inscrit depuis 2006 sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. En face d’eux se dresse le monde arabo-musulman, avec ses logiques idéologiques et géostratégiques souvent - bien que non systématiquement - opposées. Utilisée aujourd’hui à tort et à travers, la notion de « choc des civilisations » prend à cette époque tout son sens. La découverte de l’inconnu et de l’étranger, éprouvée aussi bien  par les croisés que les Sarrazins, s’écrit malheureusement à la couleur du sang versé au cours d’affrontements aussi meurtriers que récurrents. Les conditions climatiques sont souvent extrêmes, et ne font qu’ajouter à l’horreur des batailles qui s’égrènent : prise de Jérusalem en 1099, bataille de Dorylée en 1147, bataille de Hattin en 1187, bataille de Damiette en 1250, siège de Saint-Jean-d’Acre en 1291… Mais revenir uniquement sur le choc des sabres et des épées serait occulter la cohabitation somme toute paisible - au regard des circonstances inédites - avec les autochtones palestiniens, qui prévalut pendant deux siècles. Une cohabitation parfois source des rencontres les plus inattendues, telle cette entrevue entre saint François d’Assise et le sultan égyptien Melek Al Kamil, en 1219, débouchant sur l’obtention d’un sauf-conduit pour les Franciscains en Terre Sainte.

Régine Pernoud détaille dans cet ouvrage l’organisation de la conquête en Terre Sainte, sans en exclure l’aspect socio-culturel. Cette démarche anthropologique donne du crédit à la reconstitution historique qu’elle déploie sous nos yeux, puisqu’elle permet d’appréhender les conquêtes militaires à l’aune des considérations spirituelles de l’époque. Synthèse d’un « esprit de conquête » qui ne peut être saisi pleinement sans prendre en compte les intérêts féodaux des royaumes occidentaux, Les Hommes de la Croisade réussit pleinement à retranscrire l’alliance du mystique et du politique dont étaient habités les croisés.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 14:11

Éditions Bower, 2007

cover-deserts.jpg

 

 

On ne présente plus Théodore Monod, savant multidisciplinaire et explorateur décédé en 2000, dont le texte structure cet ouvrage. Mais le véritable intérêt de Déserts réside surtout dans la beauté des photographies sélectionnées par Jean-Marc Durou, ancien guide saharien devenu photographe professionnel. Le grand format du livre que nous proposent ici les éditions Bower – 32 cm × 56 cm en double page – permet de prendre toute la mesure des clichés pris aux quatre coins du monde par une vingtaine de photographes. Les pages se tournent en une invite au voyage par laquelle on se laisse prendre progressivement, happé par l’intensité des étendues désertiques, baigné par les rayons du soleil couchant qui caressent les dunes. Le texte théorique et parfois un peu barbant de Monod se trouve ainsi magnifié par une galerie de magnifiques photos qui dévoilent tous les déserts du monde : Namib, Kalahari, Sahara, Mohave et Sonara nord-américains, steppes du Turkestan, déserts centrasiatiques, diagonale Pérou-Patagonie, etc. Au-delà du danger primaire que représentent pour l’homme ces étendues arides, comment ne pas être subjugué par la majesté des dunes de Baidan Jaran (Mongolie intérieure) ou de l’Edeyen de Mourzouk (Libye) ?!

 

Cette épopée visuelle, qu’elle s’avère initiatique ou non pour le lecteur, doit nous permettre de nous interroger sur l’importance géographique et géostratégique des déserts. En effet, ceux-ci, en plus de représenter environ un tiers des terres immergées, participent, à l’instar des plus grandes forêts ou réserves naturelles, au bon fonctionnement de l’écosystème global de notre planète. À ce sujet je soumets à votre attention un rapport des plus intéressants du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, intitulé « L’Avenir des Écosystèmes Désertiques de la Planète » et disponible en français à l’adresse suivante :

http://www.unep.org/geo/news_centre/pdfs/French_Executive_Summary.pdf

 

Déserts est un témoignage géographique primordial à l’heure où l’accélération du temps et l’anthropie doivent être reconsidérées à l’aune des grands défis écologiques du XXIe siècle. Un livre à feuilleter, encore et toujours.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite