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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 19:16

Éditions du Seuil, 2007

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En 1943, suite aux demandes répétées des soviétiques qui requièrent l’ouverture d’un nouveau front à l’ouest, les Britanniques et Américains prennent une décision qui marquera l’histoire du XXe siècle. Ceux-ci prévoient pour 1944 un débarquement de grande ampleur sur les côtes françaises, qui permettra de hâter la chute désormais inévitable du IIIe Reich. Alors que la guerre fait rage dans le Pacifique, aux confins d’Europe de l’est et en Italie, les Alliés mettent en branle une gigantesque machine de guerre économique et militaire, avec pour seul objectif en tête celui d’assurer le maintien de la tête de pont au soir du 6 juin 1944.

 

Dans ce livre Olivier Wievorka, actuel directeur de la revue Vingtième Siècle et professeur d’histoire contemporaine à l’École Normale Supérieur de Cachan, fournit un exposé complet des problématiques qui se posent aux Alliés et aux forces allemandes quant à la préparation et à la conduite de la guerre sur le nouveau front occidental. Il aborde les tractations diplomatiques qui conduisirent à opter pour un débarquement en France – Churchill étant par exemple plutôt favorable à l’ouverture d’un nouveau front dans les Balkans – et à choisir la Normandie comme théâtre d’opération. Il expose l’état des forces en présence, et décrypte l’énorme mobilisation économique, non sans accrocs, des démocraties occidentales en vue de cette échéance cruciale. Lorsque la stratégie dépend à ce point de la planification logistique, chaque objectif militaire édicté peut-être remis en cause du jour au lendemain. L’auteur présente également la chaîne de commandement alliée, qui sera quelque peu remaniée au profit de l’état-major américain suite au piétinement des troupes anglo-canadiennes du général Montgomery devant Caen. Ce débarquement sur les plages de Normandie s’avère être au final une réussite, les Allemands ne réussissant pas à mobiliser assez rapidement leurs troupes cantonnées dans le nord de la France pour espérer rejeter les Alliés à la mer. Non seulement le mur de l’Atlantique cède en quelques heures, mais un certains nombre de membres du haut-commandement de la Wehrmacht craignirent pendant longtemps, et ce même après le D-Day, qu’un autre débarquement d’envergure ait lieu dans le Nord-Pas-de-Calais. Fixés à Caen, puis débordés sur leur flanc ouest par les Américains, les troupes de l’Axe combattirent courageusement mais ne pouvaient espérer l’emporter autrement qu’en repoussant l’assaut dès les première heures. Des premières heures qui furent d’ailleurs les plus éprouvantes pour le GI moyen qui, comme le déclarait un officier américain « ne comprit jamais rien à la guerre et ne sut pas vraiment pourquoi il combattait en Europe. (…) Il combattit simplement pour en finir et pour renter chez lui. Il combattit pour tuer des hommes qui voulaient le tuer. Il combattit aussi pace qu’on le lui ordonnait et parce qu’il n’y avait pas de moyen de faire autrement sans être déshonoré ». N’oublions jamais que c’est dans le sang de bloody Omaha que fut acquise la gloire future du nom de code « Overlord ».

 

Même si Olivier Wiervorka n’a pas la plume léchée d’un Paul-Marie de la Gorce, Histoire du débarquement en Normandie n’en constitue pas moins un travail de recherches historiques remarquable.

 


Par Matthieu Roger

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 16:21

Le Monde 2, hors-série de novembre/décembre 2007


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Je n’ai pas pour habitude de chroniquer revues et magazines. Mais il faut avouer que ce hors-série du Monde 2 (aujourd'hui renommé Le Monde Magazine), publié fin 2007, vaut le détour. Non seulement il offre un panorama complet de la situation géopolitique au Proche-Orient, mais il en établit la genèse et en liste de manière assez exhaustive les acteurs principaux. Alors que la situation régionale paraît inextricable, alors qu’il y a trois mois quatre Israéliens étaient abattus par balle à Hébron, il me paraît à juste titre essentiel de retracer l’historique des neuf conflits majeurs ayant frappé la région depuis 1970. Tout simplement pour essayer de saisir les tenants et aboutissants de cette instabilité chronique.

 

Pour ce faire, ce hors-série propose cinq chapitres comprenant portraits, articles d’analyse, photos et contrepoints, qui scinde la problématique en cinq grandes zones géographiques : Israël et la Palestine, le Liban, l’Iran, l’Irak, et le courant de pensée islamiste. Ils montrent d’abord que les acteurs de la politique régionale ne sont plus les mêmes que dans les années 1970-1980 : l’ayatollah Khomeyni s’est éteint en 1989, Hafez El-Assad, ancien président autoritaire de la Syrie est décédé en 2000, Yasser Arafat, acculé par les Israéliens dans son QG de Ramallah, est mort en 2004, Saddam Hussein a été destitué par les Américains puis pendu, Ariel Sharon se trouve toujours dans un coma profond, sans chance véritable chance de revenir à la vie, entre autres. Cette crise du leadership a conduit le Proche-Orient dans une lutte d’influence extrêmement complexe et resautée, qui oppose en même temps le croissant chiite au sunnisme, l’islamisme fondamentalisme à un Islam plus modéré, les extrémistes juifs et aux extrémistes du Hamas, qui exacerbent chacun de leur côté les revendications nationalistes, les partisans d’un nationalisme panarabique aux disciples d’un djihadisme universel, les tenants d’une certaine occidentalisation des mœurs aux anti-occidentaux, etc. Bref, le terme de « poudrière » n’est pas usurpé, d’autant plus les relations diplomatiques internationales se crispent régulièrement autour de la question de la reconnaissance mutuelle d’Israël et d’un toujours hypothétique État palestinien. Chaque pays avance ses pions, à l’instar d’un Iran de plus en plus influent, tout en devant tenir compte des secousses internes et externes qui peuvent à tout moment venir l’ébranler.  Un exemple de cette dynamique sournoise est la victoire électorale et militaire du Hamas dans la bande de Gaza, instituant de fait un État dans l’État fragile que constitue l’Autorité palestinienne. À l’heure où la nébuleuse Al-Qaïda menace aussi bien l’Occident que les États de la région qui ne souscriraient pas à son fanatisme, des populations silencieuses souffrent dans les enclaves de Cisjordanie, les émigrés irakiens s’entassent dans les banlieues de Damas, et le communautarisme détruit à petit feu le rêve d’un Liban uni.


Le Proche-Orient : cinquante ans de haine et de luttes fratricides. Rendez-vous dans cinquante ans ; vue l’ampleur des dégâts, je suis malheureusement prêt à parier que la situation ne se sera pas améliorée.

 

Par Matthieu Roger

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 18:59

Éditions France Loisirs, 1995


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Passionnant : voici le premier qualificatif qui me vient à l’esprit au sujet de ce livre. Comme le dit lui-même l’auteur dans son avant-propos, son but est ici d’ « examiner, pour chaque camp, et pour chaque étape de la guerre, les choix stratégiques qui furent faits, en voir les raisons, en décrire l’accomplissement, en mesurer les conséquences ». Le fait est que Paul-Marie de la Gorce réussit pleinement son pari, en reliant sans cesse les trois principaux niveaux stratégiques, à savoir la tactique militaire, la stratégie des fronts et champs d’opérations, et enfin les négociations diplomatiques. Il décrypte ainsi toutes les évolutions stratégiques du camp des Alliés et des forces de l’Axe entre 1939 et 1945. Une quinzaine de cartes tactiques viennent illustrer son propos, permettant une meilleure visualisation des grandes offensives et contre-offensives. Partant du jeu des alliances qui, inexorablement, conduisit au déclenchement de la guerre, on suit pas à pas Churchill, Roosevelt, Staline et Hitler, leurs généraux et leurs diplomates dans ce qui devint très rapidement un conflit d’ordre planétaire. Grâce à un remarquable travail d’historien, l’auteur expose comment ces chefs d’États durent constamment prendre en compte les dimensions militaires, politiques et économiques de la guerre, donnant tour à tour la priorité à l’une ou l’autre de ces considérations. Plus qu’une prise en compte de la révolution tactique introduite par le concept de Blitzkrieg (lire à ce sujet Lieutenant de panzers d’August von Kageneck), les chefs des deux camps ennemis doivent faire face à la multiplication des théâtres d’opérations, même secondaires : guerre à l’Ouest, guerre à l’Est, guerre sous-marine de l’Atlantique, guerre aéronavale du Pacifique, mais aussi les combats en Norvège, Finlande, Afrique du Nord et Méditerranée, Asie du sud-est, les guérillas en France, Pologne, Yougoslavie… La conduite de la guerre apparaît alors comme une suite de compromis, de coups de pokers et de jeux de dupes, dont la protection et l’accroissement de sa propre puissance industrielle s’avère être le principal dénominateur commun. Le début de l’année 1942 marque un véritable tournant, dans la mesure où une coordination des stratégies allemande et japonaise, alliée à un meilleur comportement des troupes italiennes, auraient pu infléchir dangereusement le cours du conflit, au du moins rallonger de manière dramatique sa durée.

Peut-être plus accessible à la lecture que Stratégie de Liddell Hart, 39-45 Une guerre inconnue est selon moi l'un des meilleurs ouvrages de stratégie générale portant exclusivement sur la Seconde Guerre Mondiale, même si l’auteur aurait pu développer plus l’historique des combats sur le sol européen durant l’année 1945.

 

Paul-Marie de la Gorce, décédé en 2004 à l’âge de 76 ans, fut journaliste pour des journaux, comme L’Express, Le Figaro ou Le Monde Diplomatique. Celui qu’Ignacio Ramonet a décrit comme un « gaulliste de gauche » mena toute sa vie un rigoureux travail d’historien, publiant de nombreux ouvrages sur la Seconde Guerre Mondiale et les relations internationales. Souvent lucide, il sut par exemple, lors de la première guerre du Golfe (1990-1991), pointer du doigt les dangers d’une politique d’intervention contre l’Irak.

 

Par Matthieu Roger

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 18:42

Somogy éditions d’art, 2005

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Jean-Charles Langlois est un peintre français injustement méconnu. C’est pourquoi ce livre et l’exposition éponyme qui s’est déroulée au musée des Beaux-Arts de Caen du 9 juillet au 17 octobre 2005 lui ont rendu hommage. Car Langlois offre l’exemple peu commun d’un militaire de carrière devenu artiste précurseur. Ancien officier de la Grande Armée de Napoléon, il peignit d’immenses peintures de batailles, devenant sous le Second Empire le spécialiste du genre. Ses gigantesques panoramas furent exposés à 360° dans des rotondes spécialement construites pour l’occasion et permettant d’accueillir le public. Réalisés entre 1831 et 1865, les panoramas de la bataille de Navarin, de la prise d’Alger, de la bataille de la Moskova, de l’incendie de Moscou, de la bataille d’Eylau, de la bataille des Pyramides, de la prise de Sébastopol et de la bataille de Solferino offrirent aux spectateurs de l’époque une mise en scène et des sensations visuelles inédites, en même temps qu’elles s’inscrivaient dans la propagande du régime bonapartiste. Capable d’animer la fureur des combats sur des surfaces de plus de dix mètres de haut et de plusieurs dizaines de largeur, Langlois fut l’un des premiers à associer la peinture aux dioramas et aux procédés photographiques naissants. Il n’hésitait pas à se rendre plusieurs mois sur les anciens chants de bataille qu’il souhaitait peindre, afin de procéder à séries de photographies et de relevés topographiques qui structureront ensuite ses compositions. Outre ses panoramas grandioses et novateurs, nombreuses furent ses peintures exposées entre 1822 et 1855 au Salon de peinture et de sculpture de Paris. Bien que la thématique militaire soit omniprésente chez Langlois, celui qui fut l’élève de Girodet et d’Horace Vernet est tout aussi à l’aise lorsqu’il s’agit d’aborder la peinture de paysages, en attestent ses tableaux magnifiquement réalisés du site des temples de Karnak (p. 138 à 144) ou de la fontaine du Hamma à Alger (p. 85). Sa recherche constante du réalisme et de l’illusion a frappé ses contemporains, au nombre desquels Maxime du Camp qui note dans ses Souvenirs littéraires : « Le colonel Langlois était et doit rester célèbre, car c’est à lui, plus qu’à tout autre, que l’on doit en France, sinon la création, du moins le perfectionnement des panoramas. C’est lui qui le premier transporta le spectateur au centre même de l’action représentée, modela la peinture avec soin, distribua abondamment la lumière sur la toile et produisit un effet qui touche de près à l’illusion. Sa bataille de Navarin était extraordinaire d’animation, de fougue et d’emportement. Quel tumulte ! Mais quel silence ! J’en fus effrayé. Quoi ! La colonne d’eau soulevée par les boulets ne s’affaisse jamais, la lueur même du canon brille toujours, le capitaine du vaisseau Milius n’abaisse pas son bras dressé par un geste de commandement ; cette immobilité me glaçait, car je la trouvais surnaturelle. On dit d’un portrait ressemblant : il ne lui manque que la parole ; de ses batailles on pourrait lui dire : il ne leur manque que le bruit ».

 

Comme à leur habitude les éditions d’art Somogy nous proposent avec Jean-Charles Langlois 1789-1870 – Le spectacle de l’Histoire un ouvrage de fort belle facture, aux illustrations choisies et de qualité. Ceux qui s’intéressent à l’histoire militaire représentée par les beaux arts ne seront pas déçus. Quant aux autres, je les invite à passer leur chemin.

 

Par Matthieu Roger

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 17:21

Éditions Ramsay, 1982

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Dans ce livre Pierre Crépon examine le rapport historique entre la guerre et les grandes religions du monde. Pour cela il étudie successivement les guerres de Yahvé dans la religion d’Israël, l’eschatologie juive et le pacifisme chrétien, l’apparition du christianisme belliqueux, le Jihad en terre d’Islam, les mythiques et conflits dans les sociétés traditionnelles, les sacralisations mythologiques de la guerre, la guerre sacrée chez les Aztèques, l’hindouisme et la spiritualisation de la guerre, et enfin la pacification de l’esprit par le bouddhisme. Un programme ambitieux donc, qui a pour objet de montrer comment le religieux s’est emparé au fil des siècles de la question militaire, et comment son prisme idéologique a dû continuellement s’adapter aux contingences du pouvoir temporel. La première partie de l’ouvrage est très intéressante, dans la mesure où le message des grandes religions monothéistes est analysé à l’aune des différents contextes historiques. L’auteur nuance constamment son propos, sans jamais verser dans la complaisance ou, à l’inverse, dans la dénonciation d’un pseudo obscurantisme religieux. Il montre bien que le christianisme est la première grande religion à prôner la non-violence, même si certains dirigeants de l’Église n’hésiteront pas à appeler à la guerre sainte. De même,  il dénonce l’acception du Jihad comme « guerre sainte », alors que ce terme signifie littéralement « effort sur le chemin de Dieu ». Ainsi la grande majorité des musulmans modernes considèrent-ils que l’expansion de l’Islam doit se faire par la persuasion, et non par la levée des armes. Pierre Crépon tourne ensuite son regard vers les panthéons cosmogoniques des religions primitives, ce qui lui permet de dégager plusieurs points communs en ce qui concerne les mythes de la création chez les religions polythéistes. La civilisation aztèque, à cause de son interprétation cyclique du temps, procède à une sacralisation de la guerre. C’est pourquoi, vers 1450, se voit instaurée la coutume qui peut nous sembler barbare de la Xochiyaoyotl, la « guerre fleurie » : des guerres sont régulièrement organisées pour permettre la capture des prisonniers promis aux sacrifices humains qui contenteront les dieux. Ici la question stratégique est complètement évacuée au profit de la seule dimension rituelle et religieuse.

 

Les deux derniers chapitres traitant de l’hindouisme et du bouddhisme m’ont cependant laissé sur ma faim. L’auteur semble oublier l’impératif de mise en perspective historique pour livrer une simple présentation des thématiques abordées par ces deux grands courants religieux asiatiques. Cette initiation aux philosophies hindouiste et bouddhiste délaisse trop la relation avec le fait militaire pour pouvoir s’inscrire de manière pertinente avec les trois premiers quarts de l’ouvrage, comme ci ces deux derniers chapitres étaient de trop. C’est dommage, car l’entreprise de l’auteur offrait jusqu’à présent une mise en perspective intelligente de la guerre comme interprétation à la fois idéologique et pragmatique des croyances religieuses.

 

Par Matthieu Roger

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 13:16

Éditions France Loisirs, 1983

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Comme le dit dans sa préface Edwin O. Reischauer, ancien ambassadeur des États-Unis au Japon, La pierre et le sable est en quelque sorte l’Autant en emporte le vent du Japon. Publiée dans les années 1930 sous forme de feuilleton journal, l’histoire retrace la trajectoire hors du commun et fortement romancée d’une figure légendaire du Japon du XVIIe siècle, Myamoto Musashi. Ce rõnin (samouraï errant) se distingua par sa maîtrise exceptionnelle du sabre et fonda la nouvelle école de combat Niten Ichi Ryu. Grâce à son utilisation novatrice du sabre long et du sabre court, conjuguée à une morale de vie à la fois austère et exigeante, il remporta un nombre incalculable de duels et de combats, établissant sa renommée d’invincibilité sur tout le pays. Brillant récit de cape et d’épée, le roman d’Eiji Yoshikawa contribua au processus de « légendarisation » du personnage, désormais inscrit au fronton du folklore nippon. J’ai eu un tout petit de mal à rentrer dans l’histoire, mais cette dernière s’avère vite prenante et l’on finit par dévorer les quatre grandes parties de l’ouvrage intitulées « La terre », « L’eau », « Le feu » et « le vent ». Les quatre éléments font échos au célèbre Traité des cinq roues écrit par Myamoto Musashi, disponible dans la collection Spiritualités vivantes aux Éditions Albin Michel, dont je vous recommande fortement la lecture. La pierre et le sable et le Traité des cinq roues sont à mon avis les deux ouvrages incontournables pour appréhender la rigueur Zen dont découle l’art martial japonais de l’époque classique. À ce sujet il n’est pas étonnant que ce roman face référence au célèbre Art de la guerre de Sun Tsé, que je vous ai déjà présenté. Ainsi est-il raconté que notre héros, « chaque fois qu’il en arrivait à un passage qui lui plaisait, (…) le lisait et le relisait à voix haute ainsi qu’une psalmodie » (p. 144). Le tour de force de Myamoto Musashi est de dépasser la voie du maître, en faisant du combat non plus un art de la guerre mais une véritable philosophie de vie.

L’oeuvre d’Eiji Yoshikawa est loin de simplement décrire une succession de combats ou de duels, dont le nombre est d’ailleurs au final très limité ; elle nous permet d’entrer de plein pied dans un Japon féodal où quatre castes sociales cohabitent difficilement. Shimen Takezo, devenu Myamoto Musashi après son apprentissage de l’escrime, rencontre tout au long de ses pérégrinations des paysans, des samourais, des nobles et des marchands, dont le comportement souvent équivoque ne fait que renforcer sa volonté de découvrir une nouvelle Voie du sabre, au sens noble et désintéressé du terme. Sa quête d’un nouvel art de vivre va de pair avec une compréhension philosophique des affres quotidien, de la nature et des rapports humains. Cette quête de discipline effrénée n’est pas sans troubler ses sentiments envers la belle Otsù, désarçonnée par l’amour entier que porte Musashi à son sabre et son bokken (sabre en bois). Leurs retrouvailles à la fin du récit laissent volontairement planer le doute sur le futur de leur relation ; « blottie par terre et serrant contre elle le kimono et les sabres de Musashi », Otsù ne peut laisser échapper ses larmes, comme condamnée à rester dans l’ombre du plus grand des samouraïs.

 

Par Matthieu Roger

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 22:28

Éditions Gaussen, 2010

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Dès la première phrase Jérôme Croyet mentionne l’ouvrage de Jean-Claude Damamme Les soldats de la Grande Armée. Cela tombe bien, je l’ai déjà chroniqué sur ce blog ! La différence entre ces deux livres tient en ce que Croyer appuie son étude sur les lettres et écrits des simples soldats, alors que Dammame reconnaissait faire « la part belle aux hommes instruits », dont nous sont parvenus de plus nombreux témoignages. Ces bouts de récits inédits des grognards de l’Empereur ont été excavés par l’auteur dans diverses archives publiques ou collections privées. Ce qui est intéressant c’est que les illustrations qui les accompagnent, dont bon nombre de photos des œuvres, armes et uniformes exposés au musée de l’Empéri, sont également inédites. Jérôme Croyet s’empare de ces sources bibliographiques originales pour dresser un tableau synthétique de la vie quotidienne du soldat sous le Premier Empire. Sont ainsi évoqués le recrutement, la formation au sein du régiment d’affectation, les longues et épuisantes marches des manœuvres – entre 20 et 40 kilomètres par jour ! –, les conditions souvent déplorables d’hygiène, sans oublier bien sûr le combat et le retour au pays natal lorsque le sort se montre clément. À travers ce qu’écrivent soldats français à leur famille on comprend mieux ce que signifie vraiment le mot survivre. C’est avant tout lutter contre l’éloignement, ne pas se laisser envahir par la nostalgie du foyer. La majorité des soldats étaient des paysans, qui n’avaient souvent jusqu’alors pas même franchi les frontières de leur département. L’esprit de camaraderie s’avère alors extrêmement important pour ces hommes regroupés au sein de leur régiment et compagnie en fonction de leur village ou région d’origine. Les campagnes à travers l’Europe leur font découvrir d’autres peuples, d’autres cultures. Le chauvinisme est souvent de mise, car le Français de cette époque sent encore vibrer en lui l’appel révolutionnaire. C’est d’ailleurs ce qui différencie l’armée impériale des autres armées des monarchies européennes : la fibre patriotique est bien plus développée dans les rangs tricolores. Ajoutez à cela la confiance inébranlable placée dans l’Empereur et la possibilité jusqu’alors jamais observée de pouvoir gravir rapidement les échelons militaires, et vous obtiendrez pour résultat un moral collectif qui restera longtemps très élevé. Ce moral déclinera à partit de 1809, au moment où l’invincibilité des troupes impériales commencera à être remis en question sur les champs de bataille d’Espagne et d’Europe de l’est.

Pour ceux que la lecture de l’ouvrage très complet de Jean-Claude Damamme pourrait rebuter, Soldats de Napoléon leur offre un bref mais passionnant aperçu de qui étaient véritablement ces hommes qui combattirent pour la gloire de la France et de Napoléon. On peut faire confiance à l’auteur, docteur en histoire et spécialiste de la Révolution et du Premier Empire, pour ne jamais verser injustement dans la légende dorée ou la falsification des témoignages recueillis.

 


Par Matthieu Roger

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 15:47

Éditions Hachette, 2001

cover les banlieues

 

 

Hervé Vieillard-Baron, géographe, chercheur au CNRS, propose ici un manuel sur le thème des banlieues auquel il a déjà consacré plusieurs ouvrages. Si on peut reprocher à celui-ci son côté scolaire, il offre cependant une remarquable synthèse sur ce sujet on ne peut plus sensible. Synthèse qui se trouve être au croisement de la géographie, de la sociologie, de l’histoire et de la politique.

Il replace admirablement bien la problématique des banlieues dans leur contexte. Il ne fait ainsi pas l’économie des différents traitements politiques de la banlieue (des politiques incitatives aux politiques de déconstruction), n’hésitant pas à poser un regard critique sur celles-ci. Il fait le point sur les projets, sur la « cité idéale », tout en marquant bien la distinction entre deux notions essentielles : le territoire rêvé et le territoire vécu. Notions qui renvoient bien sûr à la géographie mais aussi à la sociologie et pour laquelle un important travail de terrain est nécessaire.

Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement ici est le relief donné à la situation française dans un contexte mondialisé. Il passe ainsi en revue les différentes problématiques que l’on retrouve au niveau mondial : explosion démographique des villes asiatiques et donc de leurs périphéries, pauvreté des banlieues-bidonvilles des villes sud-américaines avec la mise en place de politiques radicales (dites de déguerpissement), gated communities aux Etats-Unis (phénomène des banlieues riches qui se referment sur elles-mêmes), etc.

Autant de cas différents, de démonstrations palpitantes et d’ouvertures sur un monde en mutation, où l’on s’aperçoit du particularisme même de la notion de banlieue, qui n’a rien d’universelle. Et où l’on entrevoit aussi une géographie culturelle de la ville. Il suffit pour cela de se tourner ne serait-ce que vers notre voisin allemand, qui a en général réussi à réaliser à une certaine échelle la mixité sociale, en ne mettant pas systématiquement « la banlieue » en-dehors de la ville.

Ce livre est à lire d’urgence pour mieux comprendre à la fois le problème des banlieues françaises et leur restitution dans un contexte mondialisé. Une posture qui nous donne les clés pour aborder un grand nombre d’autres problématiques sociales.

 

Par Thomas Roger

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 16:28

Éditions Jean-Claude Lattès, 2010


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J’ai trouvé cet ouvrage des plus jouissifs. Il recense en effet les plus mauvais et les plus pitoyables des personnages de l’histoire de France. Prenant le contrepied de l’Histoire glorieuse d’une France généralement chauvine, Clémentine Portier-Kaltenbach, journaliste et historienne, dépeint pour nous une galerie d’individus plus hallucinants les uns que les autres. On hésite souvent entre les pleurs ou les éclats rires : d’un côté ces « Zhéros » furent responsables de la mort ou du malheur des hommes placés sous leur autorité, de l’autre tant de lâcheté et d’incompétence atteint un registre burlesque qui mérite de passer à la postérité. Mais que faut-il avoir accompli de si lamentable pour prétendre décrocher le statut tant convoité de « Zhéro de l’histoire de France » ? L’auteur établit pour ceci quatre catégories distinctes : les hommes que le peuple crut un temps providentiels mais qui trahirent tous les espoirs placés en eux (Henri V, Boulanger), ceux dont l’incompétence n’eut d’égale que l’importance des catastrophes qu’ils déclenchèrent (Kerguelen, Soubise, Chaumareys, Jules Favre, ainsi que Medina Sidonia, le chef de l’ « Invincible » Armada, le seul étranger admis dans ce palmarès,), les responsables de grandes défaites militaires (Villeneuve, Grouchy, de Grasse, Bazaine), les aigris et les jaloux, ceux qui s’obstinèrent à nuire à de grands génies littéraires (Desfontaisnes, Fréron, Suard, Lemercier).


Tout autour d’eux gravite une tripotée de seconds couteaux tous aussi pathétiques, que je ne connaissais pas : Émile Ollivier, le général Lebœuf, Chevandier de Valdrome, le général Valdran, Daniel Wilson, de Machault d’Arnouville, Eugène Étienne… Sans oublier bien sûr la dynastie sanguinaire des Mérovingiens, les fous à lier – j’adresse ici une mention spéciale au maréchal d’Empire Junot, qui lors d’un bal à Raguse se présenta entièrement nu, vêtu de ses seules décorations –, les « pas si nuls que ça » et les Zhéros recalés pour circonstances atténuantes.

Au-delà de ces récits de vie rocambolesques et tragiques, Grands Zhéros de l’Histoire de France est une manière amusante de réviser son histoire de France. Les bourdes de nos grands Zhéros nationaux m’ont ainsi permis de revivre certains épisodes injustement oubliés, tels la Guerre de Sept ans ou la dispute des terres et colonies d’outre-mer entre la France et l’Angleterre. Ces fiascos à gogo réjouiront aussi bien les passionnés d’histoire que les lecteurs curieux et friands d’anecdotes croustillantes.

 

 

Par Matthieu Roger

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 00:42

Éditions Gallimard, 1942

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Pilote de Guerre, publié par Saint-Exupéry en 1942, est le récit d’une de ses missions de reconnaissance aérienne au-dessus d’Arras effectuée en 1940. Alors que les panzers allemands envahissent la ville, le capitaine Saint-Exupéry, assisté de son officier observateur et de son mitrailleur, doit survoler la zone pour en rapporter le maximum de clichés. Et cela même si ces trois hommes savent bien que ces photos ont peu de chance d’atterrir dans les mains à l’état-major. Au vu de la débâcle militaire et de l’ampleur de l’exode civil, l’armée française est en effet plus préoccupée par ses manœuvres de replis que par l’utilisation potentiellement offensive de renseignements chèrement acquis sur terrain. Le récit de ce vol de guerre nos prend aux tripes parce qu’avant même de décoller l’équipage sait qu’il n’a, dans le meilleur des cas, qu’une chance sur cinq de rallier vivant sa base. Lorsqu’une escadrille de chasseurs allemands apparaît au loin on croit leur fin proche, un avion de reconnaissance n’ayant aucune chance face à de tels adversaires. Mais l’avion trace sa route et s’échappe, pour enfin arriver en vue de l’objectif. Cueillis à Arras par un concert de missiles antiaériens, il en faut une nouvelle fois de peu pour que nos trois Français restent sur le carreau. Exténués par le vol en altitude – évoluer à 10.000 mètres d’altitude met à rude épreuve les mécaniques mais aussi les organismes –, ils réussiront tout de même à rejoindre les quelques équipages du Groupe aérien 2/33 qui tentent encore de lutter, malgré la quasi destruction de l’armée de l’air française, contre l’inexorable avancée ennemie.

 

Mais Pilote de guerre n’est pas qu’un simple récit de guerre. Saint-Exupéry y décrypte les raisons de la défaite française. Loin de fustiger l’impéritie du haut commandement ou une somme d’erreurs individuelles, il constate tout simplement que le rapport de force était trop déséquilibré pour pouvoir espérer la victoire. La défaite française résulte selon lui d’une défaillance collective qui vient entériner le déclin de notre civilisation. Dès 1942 il est assez lucide pour tirer de son expérience individuelle de pilote de guerre des leçons universelles, dans lesquelles il engage les concepts d’Homme, de Civilisation, d’Esprit, d’Idée, d’Humanisme, de Charité, de Société, de Communauté, et enfin de Dieu. L’auteur se mue alors en quelque sorte en philosophe et nous explique pourquoi les notions d’Homme et de Civilisation portent en elles les germes de la victoire. Renvoyant l’individu au don de soi, elles consacrent la mort comme un sacrifice à la fois signifiant et significatif. Comme le dit lui-même Saint-Exupéry : « Ce n’est pas le risque que j’accepte. Ce n’est pas le combat que j’accepte. C’est la mort. J’ai appris une grande vérité. La guerre, ce n’est pas l’acceptation du risque. Ce n’est pas l’acceptation du combat. C’est, à certaines heures, pour le combattant, l’acceptation pure et simple de la mort. » (p. 143).

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite