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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 13:13

Éditions Perrin, 2007

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Le soleil noir de la puissance constitue le deuxième opus, après Les cent jours ou l’esprit de sacrifice publié en 2001, d’une trilogie que l’ancien Premier Ministre français Dominique de Villepin consacre depuis plusieurs années à Napoléon Ier. Dans cet ouvrage remarquablement écrit et au style enlevé, l’auteur aborde la période glorieuse de Napoléon Bonaparte, celle qui s’étend de 1796, date à laquelle remporte la campagne d’Italie, à 1807, année des victoires de Friedland et Wagram, qui confirment son hégémonie militaire sur l’Europe continentale.

Loin de se poser en hagiographe de l’Empereur, malgré l’admiration profonde qui transparaît au fil des pages pour un destin si exceptionnel, Dominique de Villepin s’attache ici à observer ce qui préfigurait déjà, durant la période d’ascension irrésistible de Napoléon, sa chute et celle de l’Empire français. Pour lui deux erreurs géostratégiques majeures ont été commises par Napoléon. Premièrement, c’est sa volonté d’appliquer un blocus continental envers l’Angleterre, décision décrétée en 1806 et de fait inapplicable étant donné l’étendue de l’espace géographique concerné. La deuxième grande erreur de Napoléon est l’hérédité conférée au nouveau régime impérial en 1804, à laquelle s’est ajoutée l’imposition de ses frères et sœurs à la tête de différents royaumes (Westphalie, Hollande, Naples, Espagne, etc.). Cette satellisation de l’Europe ne pouvait que logiquement déboucher que sur une soif de revanche inextinguible de la part des autres monarques, peu enclins à voir les concepts révolutionnaires défendus par la France bousculer l’ordre social et politique de leurs royaumes respectifs. La thèse qu’avance Dominique de Villepin est celle d’une utopie napoléonienne. Par la démesure de ses ambitions et par une suite d’erreurs politico-stratégiques flagrantes que ne pouvait éternellement compenser son génie militaire, Napoléon Bonaparte était dès le début condamné à voir échouer ses visées impériales et continentales. On se trouve là au cœur du problème existentiel du Ier Empire, à savoir le dessein napoléonien fondamentalement schizophrène de poursuivre la Révolution de 1789 tout en la parachevant par la mise en place d’un système despotique.


Le soleil noir de la puissance, grâce à son propos sans concessions, mais sans évacuer la puissance de vue et d’action de Napoléon, participe de fort belle manière au renouvellement de la littérature qui lui est consacrée depuis deux siècles. Une espèce de portrait de Dorian Gray de l’Aigle de Sainte-Hélène, en quelque sorte.

 

Par Matthieu Roger

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 17:26

Plon/Imprimerie nationale Éditions, 1996 (première publication en 1932)


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Le fil de l’épée est à l’image du visionnaire qu’était Charles de Gaulle : le verbe haut, réfutant les non dits, excluant tout compromis. S’appuyant sur trois conférences données en 1927 à l’École de guerre, devant un auditoire hostile, de Gaulle prend position contre les doctrines a priori qui gangrènent l’armée française au sortir de la Première Guerre mondiale. Pour celui qui enseigna l’histoire militaire aux élèves officiers de Saint-Cyr, il s’avère en effet inconcevable que les doctrines militaires prévalent sur les contingences de la guerre et du champ de bataille. Selon de Gaulle, à la guerre seules comptent les circonstances et les personnalités. D’où son militantisme en faveur d’un retour à l’étude du réel. En convoquant les pages plus ou moins glorieuses de l’histoire militaire française, il dénonce l’immobilisme doctrinal des états-majors et le conformisme des cadres de l’armée. Si la France s’est inclinée devant les Prussiens en 1870-71, dit-il, c’est que ses généraux s’arc-boutèrent sur la doctrine défensive des positions, alors que celle-ci interdisait, dans les faits, toute initiative. Si le conflit de 1914-1918 fut si meurtrier, c’est à cause de la doctrine de l’attaque à outrance, qui sacrifia des masses colossales de soldats lors d’offensives suicidaires. De même, de Gaulle fustige la doctrine ultra-défensive des fortifications promue après-guerre par le haut commandement français. Ce n’est pas une quelconque doctrine militaire qui doit imprégner les esprits, mais bien une farouche volonté d’adapter et de remettre constamment en cause l’ordre de bataille, en fonction des circonstances, du contexte, de l’ennemi, du terrain, du moral des troupes, etc. Bref, en ce qui concerne l’art de la guerre, rien ne doit être figé dans le marbre.

 

Cependant, pour de Gaulle, le bon chef de guerre n’est pas seulement celui qui possède le talent et l’intuition lui permettant de s’adapter aux circonstances. C’est également celui insuffle un supplément d’âme à l’action de guerre. Directement inspiré par les thèses bergsoniennes, de Gaulle défend une vision philosophique de la conduite de la guerre. Ainsi le charisme, le caractère, le prestige, la fermeté et la rectitude morale sont autant de qualités qui viennent sanctionner l’action de tout grand général en chef. Et de Gaulle de citer Alexandre, César, Napoléon, ces chefs de guerre de génie qui surent à la fois s’assurer le respect et la confiance de leurs soldats, et témoigner d’un refus constant de tout conformisme ou conservatisme doctrinal. Prophétisant le rôle qui sera le sien lors de la seconde Guerre mondiale, de Gaulle insiste sur le caractère exemplaire de l’homme providentiel ; celui qui, seul contre tous, est capable d’analyser le tourbillon des évènements à l’aune de sa force de caractère et de ses principes moraux, pour ensuite prendre les décisions qui s’imposent.

 

Comme le dit Alain Peyrefitte dans sa présentation, « la pensée qui aiguise Le fil de l’épée est une pensée en action, une pensée de terrain, empreinte de décision mais aussi d’attention aux circonstances ». Discours habité par l’idéal de grandeur de la France, elle démontre que celui qui n’était à l’époque que simple capitaine était en avance sur son temps.

 

Par Matthieu Roger

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 12:57

Éditions Raisons d’agir, 1996

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Sur la télévision est un court ouvrage qui regroupe la version écrite de deux cours télévisés de Pierre Bourdieu. La première partie du livre, intitulée Le plateau et ses coulisses, démonte les mécanismes de la censure invisible s’exerçant à travers le petit écran et livre quelques-uns des secrets de fabrication de ces artefacts que constituent les images et les discours télévisuels. Ensuite, dans La structure invisible et ses effets, l’auteur explique comment la télévision, qui domine le monde du journalisme, a profondément altéré le fonctionnement d’univers aussi différents que ceux de l’art, de la littérature, de la philosophie ou de la politique, et même de la justice ou de la science. Tout en mettant en lumière la logique de l’audimat, c'est-à-dire de la soumission démagogique aux exigences du plébiscite commercial. Ainsi s’ouvre une réflexion profondément lucide sur la télévision en tant que pouvoir symbolique à l’échelle d’un pays, la France, mais aussi du monde.


Pierre Bourdieu dénonce, à juste titre, le fait que la télévision creuse la division entre ceux qui lisent les quotidiens dits « sérieux » et ceux qui n’ont pour seul bagage politique que l’information fournie par la télévision. Selon lui, il faudrait bénéficier à la fois d’une formation PAR les médias et d’une formation AUX médias. Double projet pour un seul objectif moral : l'humanisme. Pierre Bourdieu incrimine de fait la perversité des médias via leur structure, mais n’oublions pas que leur structure est aussi la résultante des agissements individuels. En ce sens, la structure donne peut-être simplement du poids à l’appât du gain et du pouvoir aux humains qui l’animent.

 

Sur la forme, on pourrait s’étonner du ton de cet ouvrage. En effet, si l’auteur entend critiquer la télévision, il va en fait plus loin. Il accuse notamment les journalistes des pires maux et stigmatise ceux qui collaborent avec ces représentants de la « dictature de l’audimat ». Si Bourdieu se montre aussi virulent, c’est qu’il craint une domination des sciences, en particulier des sciences sociales, par la logique médiatique. Il avoue lui-même craindre de voir, un jour, les non sociologues parler au nom des sociologues. Selon lui, la science doit rester pure et enfermée dans sa tour d’ivoire. Sur la télévision véhicule donc une vision quelque peu idéalisée et hautaine du sociologue.

 

Par Matthieu Roger

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 21:04

Éditions Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 2008


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Les Journaux de guerre d’Ernst Jünger sont une œuvre majeure de la littérature du XXe siècle. Non seulement ils constituent un témoignage inestimable de la Première Guerre mondiale vécue depuis les tranchées, mais la force d’écriture d’Ernst Jünger permet de vivre au plus près cette véritable « expérience de chair et de sang ». Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre choisi par la Bibliothèque de la Pléiade, Ernst Jünger choisit de publier ses notes de carnets non sous la forme de journaux mais sous celle de véritables récits de guerre. Il n’hésitera d’ailleurs pas à retravailler à de multiples reprises ses écrits, remaniant par exemple sept fois Orages d’acier lors des différentes publications échelonnées entre 1920 et 1978. Ce souci du mot juste et de l’intelligible description de la furie des combats nous transmettent, un siècle plus tard, « l’horreur, l’angoisse, l’anéantissement pressenti, la soif d’un déchaînement intégral dans la lutte » qui happèrent alors les belligérants.


Orages d’aciers est certainement le récit le plus connu de l’auteur. Il narre toute son expérience personnelle du conflit, de la mobilisation en 1914 jusqu’à la fin des combats en 1918. Voyageant sur les différentes lignes du front, le lecteur assiste à la lutte pour la survie effarante de cet officier allemand devenu héros de guerre, blessé à pas moins de quinze reprises, ce qui  en fit le plus jeune récipiendaire de la plus haute distinction prussienne « Pour le mérite ».

Le boqueteau 125 est la chronique de combats de tranchées auxquels prit part Jünger en 1918. Centrée sur les combats pour le contrôle dérisoire d’un simple boqueteau, elle raconte le quotidien mortifère du soldat, bringuebalé dans les dangereux entonnoirs des avant-postes de reconnaissance, au fond des tranchées de la première ligne ou mis en réserve sur les arrières, selon un calendrier réglé à la minute.

Feu et sang relate l’épisode d’une grande bataille, celle de la tentative de percée du front britannique effectuée par les Allemands au début de l’année 1918. C’est le récit qui m’a le plus marqué, puisque l’auteur nous transporte au sein des groupes de choc, ces troupes d’assaut d’élite chargées de briser les premières lignes ennemies. La pression psychologique qui repose sur ces hommes est hallucinante, tout comme l’est la sauvagerie des combats à la grenade dans les tranchées prises d’assaut. Feu et sang est un texte fou, qui parvient à s’immiscer au cœur du mystère guerrier, telle une esthétisation de la guerre intrinsèquement liée à la sauvagerie intemporelle de l’homme.

Le combat comme expérience intérieure décrypte les différents champs métaphysiques du guerrier : le sang, l’horreur, la bravoure, le contraste, le feu, l’angoisse, etc. On sent l’auteur écartelé entre son penchant pour l’héroïsation de la guerre et l’horreur éprouvée devant l’étendue de ses ravages. L’impératif de survie lui dicte une appréhension de la mort paradoxale, teintée d’amor fati : « Que l’on tue des hommes cela n’est rien, il faut bien qu’ils meurent un jour, mais on n’a pas le droit de les nier. Non, les nier, on n’en a pas le droit. » (p.579).

 

D’autres écrits viennent s’ajouter au fort utile répertoire des termes militaires placé en fin d’ouvrage, qui apportent de nouveaux éclairages sur la Première Guerre mondiale. La déclaration de guerre de 1914 revient sur l’état d’esprit nationaliste des soldats à la mobilisation. Sturm s’avère être la première tentative de fiction de l’auteur. Reprenant certains éléments autobiographiques, elle décrit la fraternité entre combattants d’un même camp. Quant à Feu et mouvement, il s’agit d’une courte synthèse sur l’évolution de l’art militaire au début du XXe siècle, qui résume intelligemment comment apparurent les nouveaux concepts de tirs de barrage, de tirs d’anéantissement, de feu roulant, toutes ces nouvelles pratiques industrielles de la guerre qui reléguèrent l’individu au rôle de simple pantin désarticulé. Sans oublier, bien sûr, que cette densité inédite du feu fut accrue par l’utilisation des gaz asphyxiants.

 

Je conclurai cette critique en soulignant que la bande-annonce de la traduction allemande de Capitaine Conan, en 1935, comportait un jugement d’Ernst Jünger. Il n’est pas étonnant de retrouver dans ce roman, déjà chroniqué sur ce blog, cette figure à la fois tragique et impitoyable du lansquenet à laquelle s’oppose l’idéalisme héroïque de Jünger. Les Journaux de guerre d’Ernst Jünger sont fondamentaux pour comprendre le fait que, de tous temps et à toutes époques, l’important n’est pas de saisir le pourquoi de la guerre, mais comment l’homme se bat.

 

Par Matthieu Roger

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 15:14

Éditions Mille et une nuits, 2003


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L’Histoire de Rome de Pierre Grimal est l’ouvrage d’introduction à la civilisation romaine par excellence. En 150 pages, celui qui fut membre de l’École française de Rome et membre de l’Institut nous narre ce que fut réellement la société antique romaine, ses légendes et ses hauts faits. Il nous conte avec malice le village des premiers temps, la ville nouvelle sur laquelle régna les rois, son expansion en Italie, sa découverte des réseaux méditerranéens, tout en tentant de saisir l’âme de ce peuple qui domina pendant si longtemps l’occident. Mais le chemin fut pavé d’obstacles jusqu’à l’imposition de la pax romana à tout le pourtour méditerranéen, en témoignent les longues et épuisantes guerres puniques contre la Carthage d’Hamilcar et d’Hannibal, ainsi que les complots politiques incessants qui marquèrent l’histoire de la Ville. La fin de la République, lors de l’accession au pouvoir d’Octave Auguste, marqua le début l’Empire. Cette période, sans doute la plus connue du grand public, est celle d’une fonctionnarisation de la société et de l’expansion maximale de l’hégémonie romaine. De la Bretagne (l’Angleterre d’aujourd’hui) aux frontières syriennes, c’est Rome qui décide de la destinée des provinces et des communautés placées sous son autorité. La Rome des Césars, grâce à ses nombreuses légions, veille à la défense des frontières, offrant par la même occasion aux provinces de l’empire une prospérité inédite. Ce que montre bien Pierre Grimal,  c’est que la société romaine, au-delà de ses dissensions politiques internes, a toujours fait montre d’une capacité d’assimilation au-dessus de la moyenne. C’est sa faculté à étendre toujours plus encore le nombre de ses cités vassales, tout en leur conservant les droits fondamentaux de la citoyenneté romaine, qui contribua à la longévité de Rome en tant que cité souveraine. L’histoire de cette cité, rythmée par les guerres et les révolutions de palais, montre comment une simple ville, à force de volontarisme politique, a su s’imposer au reste du monde. Le syncrétisme religieux et philosophique dont firent continuellement preuve les Romains leur permirent d’appréhender les contrées nouvellement conquises pour mieux les soumettre. Ainsi le droit régalien romain a-t-il su continuellement s’adapter aux soubresauts politiques du monde méditerranéen. La marche de la république à l’empire – l’âge d’or des arts et des lettres – a, de fait, constitué l’apprentissage d’une stratégie de diplomatie uniquement axée sur les intérêts propres de la Ville. Le pouvoir impérial, en mettant au pas le Sénat et les revendications de la plèbe, forme dès 27 av. J.-C. un nouvel État dans l’État, engageant un processus dynamique qui possède ses propres logiques, paradoxales, de consolidation et de fragmentation de la société. Avec le style clair et alerte qui le caractérise, Pierre Grimal nous offre avec ce livre, sous le format d’une brillante synthèse historique, le panorama d’une des plus impressionnantes épopées de l’Histoire. Cette Histoire de Rome, qui met en scène une myriade de personnages illustres, se lit et se savoure comme un roman.

 

À ceux qui seraient tentés par une étude plus approfondie de la civilisation romaine, je conseille la lecture de La civilisation romaine (éditions Arthaud, 1984), autre ouvrage très exhaustif écrit par le même auteur.

 


Par Matthieu Roger

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 20:19

Éditions Akileos, 2010

cover étoile rouge

 

Avec leur bande dessinée Block 109, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat s’étaient révélés au grand public en réécrivant et redessinant l’histoire de la Seconde guerre mondiale. J’avais été frappé par le coup de crayon fascinant de Ronan Toulhoat, un noir et blanc coloré, vif, au service de l’action et de la peinture des personnages, ainsi que par le parti pris uchronique adopté par les deux auteurs. Étoile rouge est de la même veine. Cette nouvelle bande dessinée conte l’aventure du groupe de chasse « Normandie », cette escadrille d’aviateurs français qui combattirent à partir de 1942 aux côtés des soviétiques contre les forces de l’Axe, depuis la base aérienne d’Ivanovo. Sauf que, dans Étoile rouge, le cours de la guerre n’est pas exactement celui de la réalité historique. Les données ont été bouleversées par l’assassinat d’Hitler, en mars 1941, et par la mise au point de l’arme nucléaire par les Allemands en juin 1944. L’opération Barbarossa sur la Russie n’a été lancée par les Nazis qu’en juillet 1944, et c’est peu après que l’on voit débarquer nos aviateurs français en Russie. Les auteurs s’amusent avec la chronologie des évènements – le 8 mai 1945 devient par exemple la date à laquelle les Nazis déclenchent le feu nucléaire –, tout en faisant montre d’un souci de réalisme saisissant. Comme le précise Vincent Brugeas : « Remodeler, détourner et réécrire l’Histoire est un jeu dont je ne me lasse pas. L’uchronie permet d’encrer son récit solidement, avec des situations et des personnages criants de vérité, tout en s’affranchissant des rigueurs du récit purement historique. »

On suit plus particulièrement trois d’entre eux, Roland, Marcel et Bébert, dont les combats émaillent le récit. Leurs Yack-3 affrontent tour à tour les redoutables Messerschmitt 262 et Focke-Wulf allemands, face à face magnifiés par le dessin à la fois limpide et nerveux de Ronan Toulhoat. Malgré la vitesse extrêmement bien rendue de ces rodéos sauvages, la grande force de cet album est de ne jamais perdre le lecteur dans la succession des vignettes. Ces scènes d’action, qui retranscrivent les poussées d’adrénaline – malheureusement mortelles – des héros, alternent avec leurs retours à la base, entre intrigues politiques et incertitude croissante au regard d’un conflit qui s’éternise. En toile de fond on observe une critique du productivisme collectiviste soviétique, lequel aura par ailleurs un impact direct sur le dénouement tragique de l’histoire. C’est grâce à ce type d’ouvrage que la bande dessinée peut prétendre à l’appellation – souvent galvaudée – de « neuvième art ».

 

Vous trouvez plus d’informations sur l’univers historico-visuel des deux auteurs à l’adresse suivante : http://www.block109.com/

J’y ai appris avec joie la sortie programmée de trois prochains albums : Opération Soleil de plomb (janvier 2011), Ritter Germanis (juin 2011), et New York 1947 (janvier 2012).

 

Par Matthieu Roger

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 19:49

Éditions de La Martinière, 2000


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Les Éditions de La Martinière ne m’ont jamais déçu, elles qui se veulent une maison référence en ce qui concerne les livres prestigieux sur la photo, la nature, le voyage, l'art, le patrimoine et la spiritualité. Elles font une nouvelle fois mouche avec cet ouvrage de photographies intitulé Déserts d’Afrique. Un ouvrage que l’on doit à Michael Martin, homme aux multiples facettes, à la fois géographe de formation, grand voyageur devant l’éternel, président de la Gesellschaft für Bild und Vortrag, et sociétaire de l’agence de photo Look. Il nous emmène avec lui dans les profondeurs désertiques de l’Afrique, mettant en relief ses splendides clichés par des textes courts abordant la géographie et l’ethnologie de ces contrées. Désert d’Afrique est scindé en quatre grands chapitres, qui nous présentent avec force d’images la Sahara, le Kalahari, le Namib, et la vallée du Rift. Difficile de résister à la munificence des soleils couchants, des dunes à perte de vue, des massifs rocheux façonnés par le temps de l’érosion… Cet état naturel à première vue inhospitalier ne doit pas faire oublier les cultures et les civilisations ancestrales qui s’y sont développées depuis des siècles. Fidèle à sa démarche de toujours, Michael Martin photographie aussi les tribus, les villages, ces hommes et ces femmes qui incarnent les déserts africains. Il en parle également avec un profond respect, voulant retranscrire « la force prodigieuse et la grande joie de vivre » qui les animent. La noblesse de l’Afrique s’exprime ainsi au travers de la diversité de ses paysages et de ses habitants. Sa beauté rayonne aussi bien sur les mers sans eau du Sahara qu’à travers le territoire des nomades de la vallée du Rift ou sur le faîte des dunes immenses du plus vieux désert du monde (le Namib). Coup de cœur personnel : les teintes orangées du Namib, d’un éclat à couper le souffle !

 

Plus accessible à la lecture que les textes du Désert de Monod, Déserts d’Afrique constitue une invitation au voyage et au rêve qui ravira les amateurs de beaux livres et de très belles photographies.

 

Par Matthieu Roger

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 20:13

Éditions Minerva, 1997

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À l’instar du Déserts de Théodore Monod et Jean-Marc Durou, déjà présenté sur ce blog, voici un beau livre qui ne déparerait pas au pied du sapin de Noël. Trois Américains, Jay Apt, astronaute, Michael Helfert, climatologue, et Justin Wilkinson, géographe, se sont réunis afin de rassembler les plus belles photos jamais prises par des astronautes depuis les hublots de leurs navettes spatiales. Issue d’une collecte de plusieurs milliers de clichés, leurs sélection s’avère être de toute beauté, pour le plus grand plaisir de nos yeux. Le lecteur – où devrais-je plutôt dire le spectateur – découvre la Terre comme il ne l’a jamais vue, perché à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de sa surface. On mesure alors le privilège inouï de ces astronautes à qui il est permis d’embrasser d’un seul coup d’œil des surfaces entières de notre planète. Au fil des pages et des photographies, plus magnifiques les unes que les autres, s’offrent à nous les étendues immenses des chaînes montagneuses, des déserts, des mers, des forêts, des mégalopoles, ainsi que la vision d’impressionnants phénomènes climatiques, tels ces superbes aurores boréales ou bien encore ces typhons et cyclones de plusieurs centaines de kilomètres de diamètre. Les films originaux des photos spatiales ont été digitalisés et édités sur ordinateur, ce qui assure aux photographies reproduites dans ce livre une netteté quasi parfaite.

 

Les auteurs d’Orbite ont choisi de présenter les photos continent par continent, avec en début de chapitre une introduction qui présente leur évolution géophysique. Un moyen de rappeler, en plus des légendes qui décrivent les panoramas, que l’observation du globe terrestre décloisonne les disciplines scientifiques. Les clichés pris en vol par les astronautes ne constituent pas seulement un émerveillement visuel, ils sont aussi étudiés à terre par une multitude de scientifiques, qui peuvent par exemple dégager certaines tendances géomorphologiques ou climatiques. De fait, de nombreux problèmes localisés sont visibles depuis l’espace : la disparition de la mer d’Aral, l’obstruction des rivières de Madagascar, la coloration des lacs de Sibérie à cause des pollutions industrielles, etc. Si les photos d’Orbite permettent une contemplation inédite de l’immensité majestueuse de la Terre, elles témoignent également de cette « Terre si fragile» évoqué par  John Glenn.

 

Pour plus d’informations sur les photos de la Terre prises par les astronautes américains depuis l‘espace, vous pouvez vous rapporter à l’adresse Internet suivante : http://eol.jsc.nasa.gov/sseop/EFS/

 

Par Matthieu Roger

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 16:26

Éditions Albin Michel, 1934

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Il y a quelques années j’avais pu voir Capitaine Conan, un excellent film réalisé par Bertrand Tavernier où Philippe Torreton donnait avec talent la réplique à Samuel Le Bihan. J’étais donc curieux de découvrir ce roman éponyme – d’où est directement tiré le film – pour lequel Roger Vercel obtint le Prix Goncourt en 1934. Ma curiosité ne fut point déçue : ce livre mérite indéniablement le détour.


Le récit débute dans les tranchées du front des Balkans, juste avant que l’armistice soit proclamé le 11 novembre 1918. Capitaine Conan est donc un roman qui porte plus sur les hommes après la guerre que sur la guerre elle-même. Le narrateur, le lieutenant Norbert, fait la rencontre de Conan, le chef d’un groupe de francs-tireurs d’une cinquantaine d’hommes plus portés sur les coups de main audacieux et les assauts à l’arme blanche que sur l’attente des obus fusil au pied. La menace soviétique étant prise au sérieux par les puissances occidentales, l’armée d’Orient est la seule à ne pas être mobilisée. Norbert et Conan sont donc envoyés tenir garnison en Bulgarie et en Roumanie, le premier attendant avec impatience la démobilisation, le second fort marri de ne plus pouvoir faire montre de ses capacités guerrières. C’est lorsque Norbert se retrouve parachuté avocat puis commissaire-rapporteur aux cours martiales qu’il peut enfin mesurer l’étendue des ravages de la guerre. Défilent devant lui des lâches, des malchanceux, des couards, des voleurs, des déserteurs, des innocents… Sa rectitude morale se heurte souvent au tempérament ombrageux de son ami Conan, selon qui la guerre est un véritable modus vivendi, qui exclut toute retenue ou commisération. Écoutons Norbert dépeindre l’un des accès de rage dont Conan était coutumier : « Toute sa guerre, toute sa haine lui remontait d’un coup à la tête, à la bouche ! Penché sur le trou noir d’une sape il y crachait des injures entrecoupées ; il le guettait comme s’il eût dû en sortir des hommes à tuer… J’en restais immobile d’horreur et de honte… » (p. 209). Les comptes rendus des différents procès instruits par Norbert sont entrecoupés de multiples récits et anecdotes de guerre. Car c’est en constatant comment la guerre a bouleversé la vie des soldats qu’elle a engloutis que l’auteur nous fait contempler le coût exubérant de la paix. Qu’ils pensent en incarner les vertus (de Scève), qu’ils en soient les pantins désarticulés (Erlane), qu’ils se délectent de sa fureur et sa violence (Conan), ou qu’ils souhaitent en atténuer les effets dévastateurs (Norbert), l’expérience de la guerre et du feu ravale les protagonistes de Capitaine Conan au rang de simples pions sur le vaste échiquier de la survie affrontant le destin.

 

Par Matthieu Roger

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 18:54

Éditions Gallimard, 1983


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Avec Gilles et Jeanne Michel Tournier revisite la légende de Jeanne d’Arc et celle de son compagnon de route Gilles de Rais. Oscillant entre conte – avec par exemple une reprise du Petit Poucet de Perrault – et récit historique, l’histoire est celle de la longue descente aux enfers de Gilles de Rais, maréchal de France, brave d’entre les braves au cours de la Guerre de Cent ans, qui se transforma après la mort de Jeanne sur le bûcher de Rouen en un pédophile sanguinaire, adorateur du Malin et des forces obscures. La première partie du livre révèle l’emprise morale qu’exerce la Pucelle d’Orléans sur Gilles de Rais. Sa force de conviction et ses hauts faits ravissent le chef de guerre, qui voit dans la jeune paysanne venue de Domrémy l’incarnation de la sainteté et du Bien. Déjà attiré par le transcendantal et le surnaturel, Gilles de Rais se déclare prêt à la suivre aussi bien au Ciel qu’en Enfer. Et c’est bel et bien ce qu’il fera. Ravagé par la mort de Jeanne, il tend désormais à en incarner l’antithèse. Dès lors, il passe ses journées à parcourir ses vastes domaines, où ses hommes de mains le ravitaillent en jeunes garçons, ces derniers étant promis aux pires sévices et à une mort atroce. Bien qu’il ne connaisse pas la nature précise des exactions de son maître, Blanchet, son confesseur, se trouve désemparé devant une telle déchéance. Il part alors en Italie, à Florence, où il rencontre un clerc versé dans les sciences occultes, Francesco Prelati, qu’il fait revenir avec lui au château de Tiffauges. Loin d’être l’homme providentiel qui pourrait sauver l’âme de Gilles de Rais, Prelati n’a de cesse d’inciter l’ « ogre de Tiffauges » aux plus noirs desseins. Mais les exactions de ce sinistre tandem ne finiront pas impunis. Dénoncé par l’ampleur de ses crimes, Gilles de Rais se voit convoqué devant un tribunal ecclésiastique et avoue ses forfaits. Convaincu de sorcellerie, de sodomie et d’assassinats, il est condamné à être brûlé vif en compagnie de deux de ses sicaires. Ses derniers mots résonnent de l’amour envers celle qu’il a toujours révérée et qu’il va maintenant rejoindre dans l’au-delà : « Jeanne ! Jeanne ! Jeanne ! ».

 

Ce livre, facile à lire, est une bonne occasion de découvrir le style alerte et l’univers littéraire de Michel Tournier. Ce dernier, qui obtint en 1970 le prix Goncourt pour un autre roman, Le roi des Aulnes, verse souvent dans le fantastique. Ce n’est donc pas une surprise si les figures de l’ogre (Gilles de Rais) et de l’androgyne (Jeanne d’Arc) réapparaissent dans Gilles et Jeanne. L’inversion de leur nature intrinsèque (la sainte / le démon) et le parallélisme de leur trajectoire (la gloire et les affres de la Guerre de Cent ans, puis la mort sur un bûcher) relient ces deux personnages sur un mode à la fois mystérieux et touchant.

 

Ceux qui voudraient en savoir plus sur la véritable vie du "serial-killer" Gilles de Rais peuvent se référer à l'ouvrage de l'abbé Eugène Brossard publié en 1992 par les éditions Jérôme Millon Gilles de Rais : maréchal de France, dit Barbe-Bleue.

 


Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Fictions
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite