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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 09:10

Éditions Albin Michel, 1983

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Par un matin d’octobre 1600, telle un voile mortuaire posé sur la plaine de Sekigahara, la brume, comme par pudeur, recouvre le corps des samouraïs tombés pour leur seigneur. Dans le sang lié, le sort du Japon est désormais scellé. Victorieux, Tokugawa Ieyasu devient le nouveau Shogun. Ouvrant ainsi l’ère d’Edo, il met un terme à deux-cents ans de guerre civile. Parmi les vaincus de Sekigahara se trouve celui qui deviendra le plus grand bretteur qu’un sabre ait jamais servi, le jeune Miyamoto Musashi. Dans ce Japon pacifié, les écoles d’escrime se multiplient et l’art du samouraï acquiert ses lettres de noblesse. Ces écoles fourniront d’ailleurs de nombreux adversaires au rônin Musashi. A la suite d'une longue carrière de duelliste, invaincu après avoir défié les plus illustres escrimeurs de son temps, notamment Kojirō Sasaki, l’auteur du Traité des cinq roues se retire dans les montagnes pour finir ses jours en ermite. C’est dans ce cadre ascétique qu’il sent venir sa fin. Il y rédige alors cette œuvre de tactique et de stratégie à la justesse intemporelle.


Ce livre est avant tout un manuel dont l’auteur rappelle qu’il peut cependant s’appliquer à un seul comme à mille combattants. Au delà des technique d’escrime qu’il prodigue, l’ouvrage qui se révèle être un monument de stratégie et de tactique, propose une voie inédite à emprunter pour qui entend vaincre. En effet, à travers les cinq étapes de son enseignement (Terre, Eau, Feu, Vent, Vide), le samouraï offre à son disciple / lecteur les clefs d’un véritable mode de vie. La spiritualité et la technique deviennent les voies inséparables qui, associées à l’autodiscipline, mènent à la victoire. C’est l’esprit qui terrasse et non le sabre, et le premier se doit d’être au moins aussi aiguisé que le second. Chaque action doit s’effectuer selon le « rythme » qui lui convient. Musashi transcende le concret et met son expérience au service du lecteur avec pour maitre mot « la volonté de vaincre par n’importe quelle arme : c’est la voie de notre école ». Au delà de la dynamique de groupe, la pensée de Musashi se concentre sur l’individu et sur sa capacité à remporter à tout prix un combat singulier. Il est intéressant d’observer que sa vision stratégique consiste alors à appliquer sa « Voie » au général en chef et à ses hommes. Il entretient ainsi une conception organique de l’armée, la voyant comme une émanation des membres qui la composent, tel un corps au sein duquel chacun devrait respecter les principes qu’il énonce.

Ces préceptes que le maitre énonce relèvent de « l’art de l’avantage », l’art de mener sa vie afin de parvenir à la victoire, cela en toutes circonstances. Face à une pensée si globale et si efficace, on ne peut s’empêcher d’extraire le texte de Miyamoto Musashi de son  contexte et de le confronter au monde actuel. Il est en effet passionnant d’établir des parallèles et de voir combien ses enseignements universels constituent d’heureux conseils pour qui vit au XXIe siècle, même sans sabre ni kimono. De fait, le Traité des cinq roues est aujourd’hui utilisé dans les affaires et comme base d’une certaine théorie du management. Pour en appréhender la substance, il faudra comme l’auteur le conseille s’arrêter à chaque mot, afin d’en saisir la portée authentique. Aussi profond qu’un haïku, aussi dense qu’une calligraphie, le Traité des cinq roues est un livre de chevet qui, plus qu’il ne se lit, s’étudie.

 

 

Par Nicolas SAINT BRIS

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Published by Matthieu Roger - dans Stratégie militaire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite