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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 17:24

Éditions Grasset, 2011

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Retour à Killybegs fait suite à Mon traître, roman autobiographique déjà chroniqué sur ce blog. Cette fois-ci le narrateur n’est plus Antoine, le jeune luthier français, mais Tyrone Meehan, son ami irlandais. Si Mon traître adoptait avant tout la focale de l’amitié fraternelle brisée, Retour à Killybegs nous raconte la genèse de la traîtrise de Tyrone, de son vrai nom Denis Donaldson, retourné par le MI-5 contre ses propres frères de l’Irish Republican Army (IRA). Le récit alterne entre les retours sur la propre histoire de Tyrone, sa jeunesse, son activisme au sein de l’IRA, sa traîtrise, et la fin de sa vie, lorsqu’en 2006 il revient en paria à son village natal : Killybegs.

 

Retour à Killybegs m’a moins ému que Mon traître, peut-être parce qu’il lui manque la naïveté du point de vue d’Antoine, qui fut en quelque sorte celui de l’auteur. Mais je commets sans doute une faute en cherchant à comparer les deux ouvrages, ceux-ci devant être lus l’un à la suite de l’autre si l’on veut rendre justice à la justesse des sentiments qui les parcourent. Chalandon nous offre en effet une nouvelle fois un livre remarquable, qui nous fait parcourir en accéléré soixante ans de conflit armé en Irlande du Nord. Des défilés de l’IRA au cloaque des geôles britanniques, se joue à travers la figure de Tyrone Meehan le destin déchiré d’un peuple insoumis. La force de l’écriture de Sorj Chalandon est de restituer avec acuité la mosaïque des sentiments qui traversent Tyrone, comme une mise en abyme des épreuves traversées jusqu’à aujourd’hui par le peuple irlandais. À la fois guerre civile et guerre d’indépendance, le conflit d’Irlande du Nord s’offre au lecteur à travers le prisme de l’IRA, organisation au sein de laquelle la fraternité se vit en actes et la traîtrise ne reçoit qu’une seule sentence, celle de la mort. « Et puis l’IRA retrouve les traîtres. Partout, elle les retrouve. Longtemps après. Une soixantaine de mouchards avaient été exécutés, des centaines d’autres chassés de nos villes. Non ! Je ne les suivrai plus. J’arrêtai tout. Je restais. J’étais chez moi. J’avais autant droit à cette terre que tous les Irlandais réunis. » (p. 296-297)

 

Roman de la peur sourde et du prix du sang, Retour à Killybegs a reçu le Grand prix de l’Académie Française 2011.

 

 


Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Fictions
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commentaires

guerres-et-conflits 27/01/2012 15:42


Bonjour,


J'ai lancé mon propre blog en début de semaine ( http://guerres-et-conflits.over-blog.com/ ) . Je pense qu'il est tout à fait complémentaire du vôtre.
Serait-il possible d'échanger une annonce et mise en liens conseillés ?
Amicalement et à très bientôt.


PTE


 

Matthieu Roger 31/01/2012 11:32



Bonjour,


C'est avec plaisir que j'indiquerai sur ma page Facebook votre très intéressant blog comme une plate-forme d'informations que je conseille - j'ai notamment parcouru avec attention vos book
reviews sur le Traité sur la guérilla et le Napoléon Jacques Bainville. Pour l'instant, je ne l'ai fait pour quelques autres sites, dont "L'écho du champ de bataille" et "Egeablog". Bien sûr vous
pouvez référencer "Les lectures d'Arès" dans votre liste de liens conseillés, et merci d'avance pour cette confiance que vous m'accordez.


Je vois que vous avez participé à la publication de nombreux ouvrages, j'irai jeter un coup d'oeil plus attentionné de ce côté dès que j'en aurai le temps.


Cordialement,


Restons en contact,


M.R.


 



Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite