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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 01:22

Éditions Grasset, 2008

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Dans Pour mon plaisir et ma délectation charnelle, Pierre Combescot, lauréat du Goncourt en 1991, retrace la vie de Gilles de Rais, en un tourbillon de faste, de combats, de sang et de débauche. Reprenant le même principe narratif que Michel Tournier pour son Gilles & Jeanne, sans insister autant sur la relation entre les deux compagnons d’armes, il narre son inéluctable descente aux enfers dans le crime, la luxure et la pédophilie. Les monstruosités du maréchal de France et seigneur de Tiffauges sont d’ailleurs passées à la postérité, puisque Charles Perrault les reprit à son compte lorsqu’il inventa la figure de Barbe bleue. Sauf que, comme l’indique la dernière phrase de ce livre, Barbe bleue, contrairement à Gilles de Rais, tue ses femmes mais néglige d’assassiner les pages et adolescents d’alentours. Heureusement, l’horreur est circoncise en fonction du lectorat visé.

 

J’ai bien aimé le style de l’auteur, qui ponctue Pour mon plaisir et ma délectation charnelle de phrases courtes et incisives, comme pour marquer un rythme dont à la fois le lecteur et le protagoniste ne pourraient se défaire. Ce parti pris narratif, selon moi efficace, ne permet néanmoins ni descriptions ni peintures psychologiques fouillées, ce qui manque parfois pour mettre en relief la folie incommensurable de Gilles de Rais. Mais l’inexorable destin de Gilles de Rais n’attend pas. Et pourtant l’auteur fait parfois montre d’une prose brillante. J’en veux pour preuve cette peinture remarquable du champ de bataille d’Azincourt, située en première page du prologue :


 « Une odeur de charnier saturait l’air. Amoncellement de crustacés d’acier mal nettoyés par les vents au milieu d’un taillis de ferrailles, reste d’une chevauchée sans lendemain mûrissant au soleil. La trahison, la peste prospéraient. Les princes s’assassinaient avec minutie. Et pas les moindres : ceux de sang. Bourgogne, Orléans. Les lances, les braquemarts, les haches, les becs-de-faucon, les boucliers abandonnés hérissaient la terre ; la rendaient rêche et vaine. Les hasards de la guerre ne traitaient pas mieux le fier chevalier que le simple piéton ou le sournois archer anglais. Étendards en loques, bannières effilochées par les vents, usés par les années, trempaient dans la boue. Certains dataient de la lointaine bataille de Poitiers : Luxembourg, Alençon, Châtillon, Chalons, d’Harcourt, Nevers… Et dans l’enclos d’Azincourt, ce fut pire encore. Les barons s’entremêlaient avec les ducs et ceux-ci avec leurs écuyers. Les carcasses des chevaux formaient de grands orgues où le vent, s’engouffrant, hennissait sa musique. Tous étaient égaux devant la mort. » (p. 11-12)

 

Ce passage porte en lui toutes les thématiques principales déployées par l’auteur dans ce roman historique : les complots, le sang, la mort. Triptyque des plus tragiques, qui dessine en sous main une France ravagée par la guerre, qui annonce l’antagonisme entre de grands seigneurs rois en leur fief et un une royauté qui cherche de plus en plus  à imposer le poids de sa suprématie.

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Fictions
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite