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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 14:00

Éditions José Corti, 2011

Gracq-Manuscrits-de-guerre.jpg

 

 

 

Les éditions José Corti ont eu la très bonne idée de ressortir des placards de la Bibliothèque Nationale de France deux cahiers d’écolier inédits, rédigés par Julien Gracq lui-même. C’est pourquoi ces Manuscrits de guerre, que l’auteur ne souhaitait à l’origine pas publier, nous sont livrés aujourd’hui, en deux parties bien distinctes. La première, intitulée Souvenirs de guerre, prend la forme d’un journal tenu au jour le jour par le lieutenant Poirier (Louis Poirier est le vrai nom de Julien Gracq). Écrit à la première personne, il narre les tribulations du chef de section et de son unité en territoire belge, sur une période comprise entre le 10 mai et le 2 juin 1940. Oscillant entre le comico-burlesque et le dramatique, Louis Poirier exprime ses doutes, ses peurs, ses incompréhensions devant une guerre insaisissable. Bringuebalant son unité par monts et par vaux, aux ordres d’un commandement militaire visiblement dépassé par la vitesse de l’avancée allemande, il se retrouve confronté aux vicissitudes du quotidien : ravitaillement de la troupe, changements d’itinéraires, contre-ordres, accrochages éphémères avec l’ennemi. Récit, la seconde partie de l’ouvrage, narre quant à elle à la troisième personne les aventures du lieutenant G. et de ses hommes, sur les seules journées du 23 et 24 mai. Julien Gracq réalise l’exercice de style consistant à mettre en récit ce qui, dans les Souvenirs de guerre, n’était que le compte rendu succinct de deux journées parmi d’autres. L’occasion de personnaliser son épanchement littéraire, au sein duquel métaphores, images et autres comparaisons ont la part belle, et de revenir sur l’incurie d’une véritable débâcle militaire. Ainsi l’entend-on déclamer : « Une espèce de flou apparaissait là où tout eut dû être taillé à arrêtes vives : ordres approximatifs, destinés peut-être à sa couvrir, qui demandaient beaucoup en s’attendant à obtenir un peu moins – directions mal précisées : " par là " – " un kilomètre plus loin " – compte rendus jamais demandés, pas plus qu’on demande à un pion sur un échiquier comment il passe sont temps – missions des plus vagues, parfois complètement passées sous silence, comme s’il s’était agi avant tout de faire acte de présence pour la bonne règle dans une espèce de champ de bataille abstrait, pour " compléter le dispositif ", sans qu’on en attendit vraiment quelque résultat que ce fût. » (p. 207).

 

À titre personnel, j’ai trouvé les Souvenirs de guerre bien plus intéressants que le Récit proposé en seconde partie d’ouvrage. L’écriture de Julien Gracq y est plus nerveuse, plus incisive, et retranscrit bien le chaos à la fois opérationnel et psychologique des soldats français en 1940. Si on ne peut remettre en cause la qualité littéraire du Récit, il lui manque cette puissance d’évocation et cette force du témoignage qui caractérisent les grandes fresques militaires, à l’image des Journaux de guerre d’Ernst Junger.

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite