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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 12:57

Éditions Points, 2011

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La poésie de Charles Bukowski est crue, aride, violente, désespérée. Elle peint des figures marginales, qui se morfondent dans une Amérique aussi cruelle qu’insolite. Charles Bukowski, qui fut à la fois poète et romancier, lance les mots comme on tire au revolver, sans respect ni de la syntaxe ni des convenances :

 

« (…) J’ai fait un trou dans la grille

pour élargir mon champ de vision et lorsque les jambes

se sont mises à défiler au-dessus de ma tête,

j’ai eu le temps de descendre un colonel, un major et trois lieutenants

avant que l’orchestre arrête de jouer ;

et maintenant c’est comme une guerre, des uniformes

partout, derrière les voitures et les broussailles,

et pan pan pan

ma cave est un vrai feu d’artifice, et je

riposte, le colt est aussi brûlant

qu’une patate cuite au four (…) » (venus avec la marche, p. 22)

 

À beau chercher un dénominateur commun à ce recueil de poésies je n’en vois que deux. Le pessimisme ambiant tout d’abord, qui n’épargne ni l’homme ni l’acte poétique lui-même :

 

« (…)

qu’est-ce que la poésie ? personne ne sait. ça varie. ça fonctionne

tout seul comme un escargot rampant sur le mur d’une maison. oh,

c’est une grosse chose spongieuse qui devient toute gluante et visqueuse

quand on

marche

dessus. (…) » (caca & autres immolations, p. 205)

 

L’incongruité des titres et sujets traités ensuite : poème pour les chefs du personnel, fourmis défilant sur mes bras ivres, comment ça se passe à l’intérieur d’une conserve de pêches, pédé, pédé, pédé, au diable Robert Schumann, caca & autres immolations, etc. Ce n’est pas pour rien que ce recueil s’intitule Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines, les titres égarent le lecteur autant que la poésie disjointe et disharmonique de leur auteur. L’incipit d’un poème est une ville (p. 54) résume bien cet univers tourmenté que campe Charles Bukowski. Ici l’anaphore est reine dans un monde en déroute :

 

« un poème est une ville remplie de rues et d’égouts

remplie de saints, de héros, de mandiants, de fous,

remplie de banalité et de bibine,

remplie de pluie et de tonnerre et de périodes de

sécheresse, un poème est une ville en guerre,

un poème est une ville demandant à une horloge pourquoi,

un poème est une ville en feu,

un poème est une ville dans de sales draps

ses boutiques de barbiers remplies d’ivrognes cyniques,

un poème est une ville où Dieu chevauche nu

à travers les rues comme Lady Godiva,

où les chiens aboient la nuit et chassent

le drapeau ; un poème est une ville de poètes, la plupart d’entre eux interchangeables,

envieux et amers... »

 

Personnellement cet ouvrage m'a quelque peu rebuté, car j’ai dû mal à concevoir l’art poétique sans portée esthétique clairement assumée. Mais le style d’écriture de Bukowski est tellement particulier que tout à chacun pourra se faire son avis sur la question après la lecture de seulement quatre ou cinq de ses poèmes. Envie de broyer des idées noires ? Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines est sans doute le livre qu’il faut.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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Published by Matthieu Roger - dans Poésie
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite