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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 17:01

Éditions Flammarion, 2010

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Andrinople est une bataille injustement méconnue car elle marque le début de la fin de l’empire romain, divisé depuis peu en deux grandes zones géopolitiques dirigées chacune par un empereur : l’empire d’Occident et l’empire d’Orient. Le 9 août 378, elle vit s’opposer les légions de l’empereur romain d’Orient, Valens, aux troupes de Goths ayant franchi le Danube et mettant à feu et à sang la province de Thrace. Non seulement les Goths menés par Frigitern l’emportèrent, mais l’infanterie et la cavalerie romaine furent décimée, et Valens périt sur le champ de bataille.

 

Dans Le jour des barbares, Alessandro Barbero, historien et romancier italien, développe le contexte militaire et politique de l’empire avant et après cette bataille décisive. Le fait est que l’empire romain, au IVe siècle, est loin de l’état de déliquescence véhiculée par nos images d’Épinal. Centré sur la Méditerranée, il s’étend de la Bretagne (l’actuelle Angleterre) jusqu’au Tigre, de la Mer Noire jusqu’à la pointe de Gibraltar, de Trèves jusqu’à Alexandrie. Les légions romaines, si elles ont abandonné l’idée de s’emparer de la Germanie depuis le désastre de Teutoburg, font régner l’ordre sur les marches de l’empire. Cependant, garantir les frontières d’un tel empire coûte cher en hommes, et l’armée romaine s’avère être de plus en plus dépendante du recrutement de contingents de barbares. Ces derniers, Germains, Goths, Francs, Alamans ou Arabes, une fois enrôlés dans l’armée, ne tardent d’ailleurs pas à se romaniser, parlent latin, grec, et se convertissent au christianisme. Cet état de fait met en exergue l’utilisation accrue, par le pouvoir impérial des masses d’immigrants venues des marches frontalières, main-d’œuvre bon marché et docile. Cette assimilation des masses dites barbares est pratiquée depuis de nombreuses décennies et est enregistrée dans le droit romain. La guerre déclenchée en Thrace par les Goths trouve son origine dans l’urgence humanitaire des populations barbares qui, pressées au nord par les coups de boutoir des raids huns, réclament aux autorités romains ce qu’on appellerait aujourd’hui « l’asile politique ». Celui-ci leur est accordé en 376, ce qui permet à des milliers de Goths de trouver refuge en Thrace. La cohabitation avec ces hordes d’immigrés débouchera rapidement sur des effusions de sang, puis sur la bataille des Saules, à l’issue indécise, et sur celle d’Andrinople, véritable désastre militaire.

 

Le jour des barbares est un ouvrage passionnant, qui met en relief les enjeux stratégiques de survie d’un empire. Dans un style vivant et très pédagogique, Alessandro Barbero nous montre comment la première tâche du pouvoir impérial devint peu à peu la gestion des flux de l’immigration barbare. Ironie du sort, c’est un général romain d’origine barbare, Alaric qui, en 410, mit Rome à sac et sonna en quelque sorte le glas de l’empire romain d’Occident.

Du même auteur je vous recommande vivement la lecture de Waterloo (éditions Flammarion, 2005), brillant récit de la bataille qui mit fin au rêve napoléonien.

 


Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite