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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:20

Éditions Economica, 2007

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L’utilité de la force fait partie de ces ouvrages qui inspirent le respect, de par la somme des éléments synthétisés et analysés et de par la hauteur de vue qu’il emprunte. Dès le début la thèse développée par Sir Rupert Smith est clairement affichée : au cours des deux derniers siècles le paradigme de la guerre s’est déplacé de la guerre industrielle, annoncée dès la fin du XVIIIe siècle par la révolution stratégique napoléonienne, à la guerre au sein des populations. Ce nouveau paradigme demande de réinterroger l’utilité de la force militaire en ce qu’elle constitue le bras armé de la stratégie politique. Pour mener à bien son analyse historique et critique, Sir Rupert Smith convoque à la fois son imposante érudition stratégique et son expérience inestimable du terrain. Rappelons en effet que ce général a à son actif une expérience du haut commandement militaire hors du commun. Il a entre autres commandé la division britannique engagée dans la Guerre du Golfe en 1990-1991, les forces des Nations-Unies en Bosnie en 1995, le théâtre d’Irlande du Nord de 1996 à 1999, pour finir commandant en second de l’OTAN en Europe (DSACEUR) avant son départ du service actif en 2002. Déroulant un panorama historique débutant par l’avènement de Napoléon Ier, il démontre comment l’objectif de destruction pure et simple de l’ennemi a peu à peu pris le pas sur toutes les autres considérations stratégiques, pour s’achever sur les deux boucheries que furent la Première et la Seconde Guerre Mondiale. Il montre ensuite comment les mutations géopolitiques de la Guerre Froide ont conduit à redéfinir la guerre comme un conflit au sein des populations, avec comme objectif premier d’obtenir l’adhésion de la population plutôt que la destruction pure et simple de l’appareil militaire ennemi. Aujourd’hui les guerres dans lesquelles sont engagées les armées occidentales, des Balkans à l’Afghanistan en passant par l’Irak, requièrent  de contraindre l’ennemi par la force là où la diplomatie a échoué et de redessiner les conditions stratégiques d’une sortie de crise, tout en étant porteuses de nouvelles fonctions telles que le maintien de la paix ou l’interposition entre deux forces belligérantes. « Car il ne faut jamais l’oublier », conclut Sir Rupert Smith, « la guerre n’existe plus ». Ce nouveau paradigme étant posé, on peut alors mieux saisir la nature protéiforme des conflits modernes, qui quoi qu’on en dise va à l’encontre des présupposés tactiques des armées occidentales, encore basés sur le modèle de la guerre interétatique industrielle.  Je cite :

1) Les fins pour lesquelles on se bat ne sont plus des objectifs concrets qui décident d’un résultat politique mais façonnent les conditions dans lesquelles le résultat peut être obtenu.

2) Nous combattons au sein des populations, non sur un champ de bataille.

3) Nos conflits semblent éternels, sans fin.

4) Nous combattons de manière à préserver la force armée plutôt qu’en risquant tout pour aboutir à l’objectif.

5) À chaque occasion, de nouveaux usages sont trouvés aux armes et organisations anciennes issues de la guerre industrielle.

6) Les camps ne sont pas des États, la plupart du temps, et sont plutôt constitués de groupements internationaux agissant contre des entités non étatiques.

 

Si Rupert Smith nous propose en définitive d’utiliser autrement la force militaire, en la soumettant à une stratégie globale élaborée selon un protocole politique strict. C’est dans ce cadre opératoire que les armées occidentales doivent mener une mutation où la violence doit être paramétrée via une contextualisation du théâtre d’opérations – géographique, politique, économique et social – et rapidement recourir à d’autres techniques d’armement. Si l’Union Européenne arrive à se doter d’une politique de défense commune et concertée au plus haut niveau, c’est peut-être elle qui arrivera le mieux à tirer son épingle du jeu de la nouvelle redistribution des cartes se profilant en ce début de XXIe siècle.

 

 

Par Matthieu Roger

 

 

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Published by Matthieu Roger - dans Stratégie militaire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite