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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 15:52

Éditions Belin, 2013

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L’Individu et la Guerre est le dernier ouvrage en date d’Hervé Drévillon, dont nous avions d’ailleurs déjà chroniqué sur ce blog Batailles, publié en 2007. Dans L’Individu et la Guerre, l’historien se lance un défi plutôt ambitieux : retracer au sein de l’Armée française le rôle conféré au soldat, à l’individu combattant, et ce depuis la Renaissance jusqu’à la Première Guerre mondiale. La période à traiter s’avère donc extrêmement large, et suppose une analyse très fine des évolutions du commandement et des attentes tactiques portées sur le simple fantassin. Au final l’auteur relève sans coup férir le pari, même si l’on pourrait lui reprocher un manque de verve et d’allant dans le style d'écriture, ce qui pourrait rebuter certains lecteurs.

 

Il commence fort à propos son panorama historique en s’appuyant sur les leçons tirées de L’art de la guerre de Machiavel. Il rappelle combien le Florentin occupa une place importante lorsqu’il s’agit de rendre à l’État sa place de grand ordonnateur de la force armée. L’État, en endossant cette responsabilité, doit au soldat « un contrat noué dans la pratique et dans la préparation de la guerre. (…) La guerre était affaire du gouvernement, mais elle mobilisait des individus que l’État devait reconnaître en tant que tels. » (p. 10) Toutes les théories édictées ensuite au sujet de l’emploi du soldat découlent de ce paradoxe : comment exploiter au mieux les capacités combattantes propres à chaque unité tactique tout en cherchant un contrôle optimal des masses ? C’est ce rapport ambivalent entre initiative personnelle du soldat, qui aboutira par exemple à la création de tirailleurs, et la sujétion du soldat à une stratégie qui le dépasse, décidée par l’état-major, qui caractérise pendant des siècles les traités sur la guerre. Il n’est alors pas étonnant que la Révolution française, en se réclamant du modèle du citoyen-soldat rempli d’ire patriotique, exacerbe encore plus le rapport entre la politique et la guerre dont Clausewitz devint le plus célèbre vulgarisateur. Ce rapport formait en effet « véritablement un système en articulant un régime politique (la République), une stratégie (la défense agressive du territoire), un art opératif (le "système des opérations" défini par Carnot), une tactique (le soldat en tirailleur et en colonne) et un statut du soldat (régime disciplinaire, lois sur l’avancement). » (p. 206) Si Napoléon transcenda ces principes pour bâtir une des armées les plus puissantes de tous les temps, c’est bien cet amalgame entre nation en arme et soldat-patriote que l’on retrouve à la veille de la Première Guerre mondiale, lorsque les tenants de l’offensive à outrance s’apprêteront à lancer le grand massacre de conscrits de la France, au nom du sacrifice mystique de l’homme pour sa Nation.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
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commentaires

senegal 15/09/2014 14:10


Merci pour ce billet.


Je n'ai pas encore eu l'occasion de lire le livre de Hervé mais ça parait interessant.

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite