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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 00:13

Éditions Perrin, 1998, 1999 et 2005 pour la dernière édition

 

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Voilà un livre de poche bien replet – pas moins de 600 pages – mais qui ne doit cependant pas effrayer notre aimable lecteur. Jean-Christian Petitfils, à qui l’on doit également une biographie de Louis XIV et plusieurs ouvrages sur les droites françaises, nous livre ici un récit magistral de ce que fut la vie de Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Mazarin puis de Louis XIV. La mémoire collective a retenu sa déchéance prononcée par le roi après les célèbres fastes de la réception organisée en son honneur à Vaux-le-Vicomte, symbole de l’absolutisme royal naissant. Mais les multiples facettes du personnage méritent que l’on s’y attarde plus en profondeur, car elles dessinent l’ascension hors-norme d’une ambition démesurée. Jean-Christophe Petitfils nous narre tout à tour le juriste éminent, qui devint procureur général du Parlement, l’habile financier, rompu à toutes les combines budgétaires en cette époque de crise fiduciaire aigüe, le diplomate avisé, l’ami fidèle,  qui sut s’entourer de courtisans, de clients et d’alliés plus ou moins loyaux, sans oublier le grand mécène et bâtisseur, qui réunit par exemple à Vaux-le-Vicomte le fameux trio Le Brun-Le Nôtre-Le Vaux. Profitant de l’épisode de la Fronde pour rentrer dans les bonnes grâces de Mazarin, Fouquet, à force de travail et d’activisme clientéliste, se hissa au faîte de l’État, cumulant charges, honneurs et rétributions des plus lucratives.

 

Mais les jeux secrets de la puissance et de la fortune font tourner les têtes les plus froides. Engageant des dépenses somptuaires pour bâtir son domaine de Vaux-le-Vicomte et entretenir ses réseaux d’obligés, Nicolas Fouquet se créa autant d’inimitiés que d’amis. Le plus farouche de ses ennemis fut sans aucun doute Colbert. C’est ce dernier, avec l’aval du roi, qui fomenta le lit de justice extraordinaire qui condamna Fouquet au bannissement, sentence commuée ensuite en prison à perpétuité. Comparant les deux personnages, l’historien précise : « Autant Colbert était méthodique, précis, assommant de rigueur, autant Nicolas se complaisait dans la négligence brouillonne et le charme des aquarelles aux horizons flous. La confusion s’étendait à tous les niveaux. Il encourageait, par exemple, ses amis à prêter au roi : investir dans les finances de Sa Majesté pouvait rapporter à condition de recevoir de bonnes assignations. Il s’y employait. En remerciement  de leur générosité, il pressait Mazarin de leur donner des gratifications. À leur tour, ces faveurs financières confortaient ces liens de patronage. » (p. 158). Pour le dire de manière quelque peu abrupte, Fouquet était un magouilleur de première, doublé d’un homme cultivé et charmeur, à la fois éloquent et présomptueux. Voulant léguer à la postérité son ascension fulgurante, il se brûla les ailes au feu d’un soleil royal que nul autre ne pouvait et ne devait égaler. Nec pluribus impar.

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite