Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 10:54

Éditions Nimrod, 2009

cover-Fallouja.jpg

 

 

À l’image du  Bravo Two Zero écrit par Andy McNab, Fallouja est livre choc, qui ne peut laisser insensible. Il s’agit du témoignage de David Bellavia, sergent-chef dans l’infanterie américaine, qui nous raconte son vécu de la campagne en Irak, et plus particulièrement sa participation à l’attaque sur Fallouja, en novembre 2004.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur ne prend pas gants avec la réalité. À aucun moment il ne cherche à masquer les atrocités de la guerre. Il livre au lecteur ses états d’âme, sans fioritures ni arrière-pensées. Son propos est cru, hyperréaliste, s’abreuvant de l’action et de la guerre. David Bellavia nous narre ainsi ses angoisses, ses psychoses, ses peurs les plus profondes. Car la bataille de Fallouja n’est pas une bataille comme les autres. Comme indiqué sur la couverture de l’ouvrage, on peut en effet la considérer comme « la plus grande bataille urbaine et insurrectionnelle du XXIe siècle ». Les GIs et les Marines américains, parés du meilleur armement et des dernières technologies de combat, y affrontèrent quelques milliers de djihadistes islamistes fanatiques ayant transformé la ville en une immense forteresse et dédale de pièges en tous genres. Au détour des ruelles et des portes enfoncées le traqueur devient traqué, dans un jeu mortel où la pitié n’a jamais sa place. À travers les propos de Bellavia on saisit mieux la haine qui habite les deux camps. D’un côté les soldats américains, qui n’ont comme seule envie que celle d’en découdre et de tuer le plus de « terroristes » possibles. De l’autre les combattants islamistes, qui exècrent ces « chiens d’Américains » venus leur apprendre la démocratie  à coups de canons. Lors d’un premier combat, à Diyala, le 9 avril 2004, nous sommes témoins de la vitesse à laquelle la guérilla urbaine peut se muer en véritable chasse à l’homme. Je cite : « Nous fonçons à travers des portails, le doigt sur la détente, les cibles s’affalant chaque fois que nous faisons usage de nos armes. Les miliciens de l’armée du Mahdi courent de carrefour en carrefour, mais nous sommes rapides et bons tireurs. Nous les assommons sans leur donner la moindre chance de pouvoir se relever. Nos Bradley avancent, les salves meurtrières de leurs Bushmaster frappant les bâtiments alentour. Et pourtant, les miliciens refusent d’abandonner le combat. » (p. 30-31). On sent même parfois la fascination de ces guerriers – car il faut bien les appeler comme cela – devant la puissance du feu, fascination qui se rapproche parfois d’une esthétisation de la guerre aux relents nauséabonds : « Les Bradley se mettent en mouvement et leur Bushmaster entrent dans la danse. Les insurgés planqués dans l’entrepôt sont sur le point de recevoir une leçon sur la puissance de feu américaine. C’est impressionnant. Les 240 déchiquètent la façade du bâtiment. Les obus de 25 mm trouent les murs et balancent du shrapnel à l’intérieur. Avec nos balles traçantes, nous dessinons dans le ciel obscur des motifs de dentelle, formant ce qui pourrait ressembler à un spectacle de son et lumière. » (p. 237). Ces témoignages directs d’une violence exacerbée sont vraiment choquants, sans parler de ce combat dans le noir, à mains nues, que livre à un moment Ballavia contre un islamiste : quelques pages où l’auteur nous confronte à la mort, à l’instinct de survie animal et bestial d’un ultime corps à corps. À la fois paroxysmique et éprouvant.

 

Fallouja est une apologie de l’esprit de corps, de la fraternité des hommes au combat. Une apologie certes, mais sincère, de l’ordre du vécu et du ressenti, celui qui ne peut se contester. Là où l’auteur excelle, c’est lorsqu’il veut nous faire toucher du doigt l’amour qu’il porte à ses hommes, combien il est important, à ses yeux, de sa battre pour et avec eux. Mettant en avant les horreurs de la guerre, l’expérience la plus bouleversante qu’un homme puisse subir, il n’en exclut pas moins la jouissance des shoots d’adrénaline l’arme au point. Il narre la guerre, la vraie, celle des pleurs, du sang, des blessures physiques et psychiques. La guerre, celle qui glaire, qui fiente, qui pue, qui ravage les corps et les âmes.

 

Par Matthieu Roger

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article

commentaires

Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite