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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 19:08

Editions Velours, 2011

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Dès les premières pages, on comprend que l’auteur de ce recueil de poésies ne porte pas la Révolution française dans son cœur, ce que laissait d’ailleurs présumer le titre de l’ouvrage : À notre chère Vendée, à ses héros et martyrs. D’emblée, I. d’Hocquincourt se place dans la suite des historiens et universitaires partisans de la thèse du génocide vendéen. Ceux-ci, parmi lesquels on peut notamment citer Reynald Secher, Pierre Chaunu, Jean Tulard, Emmanuel Leroy Ladurie ou Stéphane Courtois, qui considèrent que la répression de l’insurrection vendéenne procède d’une volonté génocidaire des républicains. Il est en fait très malaisé de prouver par A plus B une telle thèse, puisque des pertes vendéennes il n’a à l’époque été fait aucun décompte précis. La majorité des historiens qui se sont penchées sur la question estiment de fait le nombre de vendéens tués dans les combats ou massacrés à environ 200.000. De plus, si un fanatique tel que Barère prôna bel et bien l’extermination de « cette race rebelle des Vendéens », des voix s’élevèrent contre les atrocités des colonnes infernales dans le camp même des républicains. Quoi qu’il en soit, au-delà des querelles terminologiques, on comprend au vu des exactions commises pourquoi les guerres de Vendée (1793-1796) restent un épisode peu célébré par la mémoire nationale. Les colonnes rouges de la toute jeune République se montrèrent en effet d'une cruauté sans pareille : femmes, enfants et nourrissions passés au fil de la bayonnette, prisonniers éventrés et éviscérés, personnes brûlées ou écorchées vives, viols, pillages, rien de fut épargné aux insurgés de la Vendée militaire.

 

La poésie de I. d’Hocquincourt souffre parfois de quelques redondances de vocabulaire ou de syntaxe, mais elle possède la force et le lyrisme des épopées martyrologues. Se pliant aux contraintes formelles de l’alexandrin, le style quelque peu marmoréen de l’auteur n’est pas sans rappeler l’atmosphère tragique que se plaisait à véhiculer le courant parnassien. Glorifiant l’héroïsme et le sacrifice des partisans vendéens, il n’a en contrepoint pas de mot assez dur pour qualifier l’infamie des troupes républicaines. Il est vrai que le général républicain Biron lui-même dépeignait ces dernières en termes peu élogieux : « un ramas de bandits et d’échappés de galères ». Voici à titre d’illustration quelques strophes des plus évocatrices, tirées du poème Ils sont morts les Vendéens (p. 73) :

 

« Les Vendéens sont morts dans la grande détresse

Les yeux absents tendus vers un autre horizon

Dans l’effroi du dernier spasme qui se redresse

Et cherche et voit, là-bas, se brûler sa maison

 

Les Vendéens sont morts parce qu’il faut qu’on meure

Pour germer quelques jours en épis immortels…

Les Vendéens sont morts pour leur pauvre demeure

Et pour les vieux clochers et pour les vieux autels…

 

(…)

 

Les Vendéens sont morts et leur bouche est remplie

 De la glaise sacrée où s’engluaient leurs pas.

Et leur chair à la chair des sillons bruns s’allie

En l’étreinte d’amour qu’on ne brisera pas. »

 

 

À ceux qui voudraient se pencher un peu plus profondément sur le déroulement des guerres de Vendée, je conseille très synthétique et très factuel ouvrage publié en 2008 par Jean-Clément Martin dans la collection « Découvertes Gallimard » : Blancs et Bleus dans la Vendée déchirée.

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Poésie
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite