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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 14:42

Éditions Points, 2013

 

Rhapsode, chanteur, ou encore anarchiste, Léo Ferré s'est imposé comme un passionné des mots dans la lignée des intemporels Brassens, Gainsbourg, Brel ou Ferrat. À travers sa plume, sa prose demeurera comme une arme de révolte, de provocation, d'insoumission, mais aussi d'amour. Dans Poète... Vos papiers !, unique recueil de poésies qu'il écrivit, il milite une fois encore pour la liberté : la sienne et celle des rhétoriqueurs à déstructurer règles et pieds !

Abhorrant les formalités, l'ordre établi, l'académisme, les instances politiques et religieuses étouffant l'être humain dans un individualisme qui le dépersonnalise pour mieux pouvoir monter les uns contre les autres et s'assurer des positions sociales privilégiées, il conte, le temps de 80 poèmes, ceux que l'on ne voit pas, ceux qui empruntent des chemins parallèles aux grands axes, ceux qui sont au ban de la société, ceux que l'on croise sans jamais les regarder dans les yeux pour oublier que leur situation reflète notre échec, mais surtout l'institution poétique qui dicte les codes, établissant ou défaisant ce qu'est la poésie.

Ses mots, il ne les chuchote pas, il les crache, plein de hargne, hurlant avec violence son indépendance à l'encontre de ceux qu'il considère enlisés dans une condition confortable.

Spontané, plus d'une fois victime de la censure et souvent scandaleux, il se plaisait à clamer que « Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes. » ou encore que « L’alexandrin est un moule à pieds. On n’admet pas qu’il soit mal chaussé, traînant dans la rue les semelles ajourées de musique. ».

C'est donc loin de toute école poétique qu'il a choisi de tracer sa route, semant ses vers jusqu'à l'ivresse à coups d'argot, de lyrisme, de langage vulgarisé mais toujours maîtrisé, vantant sa singularité, le verbe haut et la plume polissonne.

 

S'il est incontestable que l'auteur domine son sujet, pour un inconditionnel du sonnet classique chérissant l'alexandrin et les rimes embrassées plutôt que la versification sans réelle structure, la prose de Léo Ferré est plus attrayante sur le fond que sur la forme. L'absence de rythme lui fait perdre de sa mélodie et rend la lecture quelquefois difficile à ceux qui ont un métronome dans la tête.

Préférant de loin l'écouter déclamer ses vers en musique, je referme bien vite ce livre pour ressortir son 33 tours du même nom, dont une sélection de titres habitent cet ouvrage.

 

 

 

Par KanKr

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Published by Matthieu Roger - dans Poésie
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite