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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 10:50

Éditions Flamarion, 1998

 

 

 

Traiter de l'Holocauste n'a rien de bien précurseur au premier abord. Nombreux sont les films, les livres, les émissions ou les hommages qui ont fouillé et retourné le thème jusqu'au moindre détail. Pourtant, dans Maus, si le sujet abordé par Art Spiegelman n'est pas avant-gardiste, la forme et le support le sont assurément. L'originalité tient dans le fait de conter un récit dont l'initiateur n'est pas maître, dépendant des souvenirs de son géniteur. Ainsi, il nous invite, le temps de ces 300 pages, à suivre la longue errance de Vladeck durant la Seconde Guerre mondiale. C'est dans cette Europe meurtrie qu'il devient un héros ordinaire, un survivant d'Auschwitz. Un homme comme les autres, ni plus courageux, ni plus lâche. Un homme qui traverse la guerre et en revient, mais qui finalement est sans doute resté piégé dans ces temps troubles tant son quotidien en porte les séquelles. Une histoire intime qui nous entraîne dans la grande histoire, celle d'un génocide et d'un drame universel ayant marqué la mémoire collective.

 

Cette biographie dessinée évoque le regard curieux d'un enfant sur le parcours de son père, de sa famille, et de sa mère dont le souvenir vient régulièrement hanter le récit. Des pérégrinations qui nous mèneront au sein des pogroms polonais, des camps d'Auschwitz et ceux de Dachau. Il nous décrit les rafles, les fuites, les planques, mais aussi les compromis ou les coopérations pour survivre jusqu'à la libération. Il utilise le passé familial pour dévier sur un second fil rouge, celui de l'écriture du livre. Une mise en abyme de l'auteur du récit hanté par ce passé dont il hérite mais qui ne pourra jamais lui appartenir. Il a subi l'impact de la tragédie dans sa relation parentale. Entre incompréhension et conflit, il suggère le gouffre séparant la génération ayant vécu la Shoah et celle lui succédant, les liens familiaux altérés, le poids d'un père absent, ne trahissant aucune émotion, semblant plus ébranlé par les petits tracas du quotidien que par les atrocités qu'il a vécues. C'est l'histoire d'un fils et d'un père dont ces dernières confidences deviennent les seuls moments d’intimité partagée.

 

Maus, un OVNI de la BD ! Intelligent et réfléchi, primé du prestigieux Prix Pulitzer en 1992. Un témoignage d'une authenticité crue, sans doléance ni subversion. Art Spiegelman se positionne en simple observateur, loin de toute amertume ou reproche, et s’évertue à ne pas enjoliver les événements. D'ailleurs, dans le compte rendu biographique du passage de son père au cours de cette période trouble, il s'applique à ne jamais le glorifier, le présentant comme un avare et un raciste à travers lequel il voit, par instant, la caricature mise en avant par les Nazis. Il ne cherche pas non plus à louanger les oppressés ou blâmer les oppresseurs, mettant en scène ses protagonistes dans toute leur ambiguïté et sous leurs côtés les plus sombres. En montrant le moins montrable de ses personnages, il les rend tout simplement humains. Il saisit de façon poignante l'individualisme que les besoins primordiaux finissent par révéler en chacun de nous. Via ces diverses facettes, l'auteur offre une formidable étude psychologique : un questionnement sur la nature humaine, le comportement adopté face à des situations extrêmes et l'instinct de survie. Il nous pousse à nous interroger sur nous-mêmes dans une fable où il illustre son propos au moyen d'une métaphore visuelle, transfigurant les Juifs en rongeurs, les Polonais en gorets et les Allemands en félins, en référence à la propagande allemande usant du zoomorphisme dans ses campagnes de désinformation et d'extermination. Un choix graphique qui s'avère judicieux jusque dans le dessin : un noir et blanc au trait stylisé dont la simplicité, la sobriété et l'humilité servent l'ambiance du récit, qui retranscrit la distanciation du narrateur avec la misère et l'horreur du sujet tout au long de l'ouvrage. Ce travail, empreint des doutes de l'artiste quant à l'authenticité et la justesse de l’œuvre qu'il réalise, change des visions et des approches classiques de l’événement, ainsi que des discours pompeux et patriotes !

 

Voilà quelques heures bien dépensées à lire cette intégrale et quelques autres à absorber MetaMaus. Deux pavés de la bande dessinée qui se dévorent et ouvrent l'appétit plutôt que de rassasier !

 

 

 

Par KanKr

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Published by Matthieu Roger - dans Arts et histoire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite