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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 11:00

Le Livre de Poche, 2014

 

 

 

Parler de philosophie et d'histoire dans un même roman : un défi ? Un exercice de style ? Une idée prétentieuse ?  Rien de tout cela pour Irvin Yalom, qui réussit magistralement l'exercice. Il nous transporte au XVIIe siècle dans la vie du célèbre philosophe Spinoza, et dans le même temps nous entraîne des siècles plus tard, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, en plein cœur de Munich, où se déroule la montée du nazisme. On observe cette montée d'une manière surprenante, unique et peut-être la plus réussie de toutes, la plus explicite, loin des cours sur le contexte socio-éco-historique de l'époque qui expliquerait pourquoi l'Allemagne a accouché d'un monstre. Le récit nous amène ici à disséquer la naissance du nazisme en psychanalysant l'esprit d’Alfred Rosenberg, l'un des idéologues du NSDAP, le parti national-socialiste des travailleurs allemands. Une trame narrative de génie que tient là l'écrivain juif. Je m'étais toujours demandée comment l'idée de se débarrasser de tout un peuple avait pu germer. Une réponse est ici donnée. Ce n'est sans doute pas LA réponse, mais c'est une intéressante façon d'analyser et de raconter cette page sombre de l'Histoire. 

 

Alors quel rapport entre le philosophe juif excommunié et le penseur nazi boudé ? Un rapport fictif mais tout à fait plausible et pris dans la trame des faits historiques. C'est avec délice qu'on se plonge dans cette lecture des rouages de la pensée antisémite, comment une personne se retrouve fascinée pendant ses études par un écrivain au point de trouver dans l'antisémitisme une mécanique de pensée qui le rassure et l'habite tout entier. Alfred Rosenberg n’est autre qu’un criminel nazi jugé et pendu à Nuremberg pour avoir « préparé », convaincu Hitler et le peuple allemand qu'il fallait éliminer les juifs.  Tout en se plongeant, en parallèle, dans la quête d'un philosophe en avance sur son temps qui, bien avant Nietzsche, voulait se débarrasser de l'idée d'un Dieu régissant notre vie. Un philosophe du bonheur, exclu des siens pour chercher toute sa vie comment atteindre « l'ataraxie », cette « tranquillité de l'âme » qu'il admirait chez Épicure.

 

Nul besoin d'être calé en philosophie ou en histoire pour apprécier ce livre, c'est ce qui en fait toute sa valeur. Irvin Yalom a réussi à devenir l’intime de Spinoza, l’intime d’Alfred Rosenberg. Irvin Yalom nous raconte leur vie comme s’il nous racontait celles de personnages tout droit sortis de son imagination. Une prouesse à mes yeux : avec ce livre on se détend autant qu'on apprend, lorsque je tourne la dernière page l'antisémitisme et Spinoza ne m'ont jamais autant passionnée. Pas étonnant que Le Problème Spinoza ait obtenu le Prix des lecteurs du Livre de Poche. 

 

 

Par Charlotte Bonnet

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Published by Matthieu Roger - dans Fictions
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite