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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 11:00

Éditions du Seuil, 2000

 

Les Éditions du Seuil réunissent dans cet ouvrage deux textes du critique littéraire et sémiologue Roland Barthes (1915-1980). Écrits entre 1971 et 1973, Variations sur l’écriture et Le Plaisir du texte traitent de l’écriture comme médium culturel indépassable de l’humanité. Si Variations sur l’écriture présente une approche plus historique et académique de l’écriture, Le Plaisir du texte engage tout autant le critique que l’écrivain dans une déclaration d’amour au processus d’écriture. Car la scription, dynamique physique et psychologique, engage bien plus qu’un impératif de communication. Au contraire, nous explique l’auteur, l’écriture sert bien plus souvent qu’on ne pourrait le penser à voiler, à dissimuler. Parcourant les siècles à l’aune des idéogrammes et alphabets rythmant l’alternance des civilisations, il ne cesse de souligner combien l’écriture s’avère être une activité intrinsèquement contradictoire, à la fois instrument de pouvoir, de ségrégation sociale, et pratique de jouissance liée aux pulsions du corps. De même Roland Barthes distingue les « textes de plaisir », sur lesquels porte la critique, des « textes de jouissance », qui induisent l’adhésion. Cette prééminence de la lettre ou du signe gravé, martelé, tracé en tant que symbole culturel confère au langage une capacité d’altération de son lectorat. Pourquoi dès lors renoncer au plaisir du texte ? D’autant plus que ses natures sont innombrables. On en vient alors à ce passage absolument sublime, que je relis toujours avec autant de délectation :

« Plaisir du texte. Classique. Culture (plus il y aura de culture, plus le plaisir sera grand, divers). Intelligence. Ironie. Délicatesse. Euphorie. Maîtrise. Sécurité : art de vivre. Le plaisir du texte peut se définir par une pratique (sans aucun risque de répression) : lieu et temps de lecture : maison, province, repas, proche, lampe, famille là où il faut, c’est à dire au loin et non loin (Proust dans le cabinet des senteurs d’iris), etc. Extraordinaire renforcement de moi (par le fantasme) ; inconscient ouaté. Ce plaisir peut être dit : de là vient la critique. » (p. 118)

 

De là vient la critique... Puissent Les lectures d’Arès retranscrire avec le même allant que Barthes le plaisir de la critique et le plaisir de lire, et intégrer cet alliage puissant  au « catalogue personnel de nos sensualités ».

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Culture(s)
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite