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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 16:26

Éditions Steidl, 2010

 

 

Détroit, l'intrigante métropole fantôme, traîne péniblement le poids de son passé. Jadis berceau de l'automobile et du fordisme, modèle mondial de la production de masse et de l'industrialisation, ancien arsenal de la démocratie dévolu à l'effort de guerre, cet eldorado moderne, à la pointe du luxe et de l'industrie, est devenu une cité martyre de l'ère capitaliste. La délocalisation des grands complexes industriels vers des états et des pays à la main-d’œuvre non syndiquée, plus docile, bon marché ainsi que la désertification urbaine progressive ont mené à sa mise en faillite avec une dette s’élevant à 18,5 milliards  de dollars. Elle est le symbole du rêve américain autant que de son déclin.

Dans cet ouvrage, ce sont ces deux extrêmes qu'Yves Marchand et Romain Meffre mettent en exergue. Du grandiose des fastueux édifices néo-classiques aux ruines des moindres pavillons, ils nous livrent le portrait de Détroit, ville de moins de 14 000 habitants aujourd’hui, portant les stigmates de son apogée durant les années 30 lorsque 53 000 habitants la peuplaient encore. Ce regard postindustriel témoigne de l'effondrement d'une société victime de son propre système.

Le temps de parcourir 220 pages de photographies, les auteurs nous entraînent à travers le cœur historique de la ville, le Downton, les usines du Motown, les quartiers périphériques, jusqu'à ses illustres hôtels et sa prestigieuse Michigan Central Station. L’album nous fait revivre la tumultueuse histoire de l’orgueilleuse et décadente Détroit, offrant un dernier souffle à ces ruines prisonnières de leur postérité. Le lecteur évolue de page en page dans un univers improbable digne d'un décor de film. On se sent infiniment petit et embarqué par la nostalgie, perdu au milieu d'édifices encore impériaux dont les murs exhibent l'empreinte des déboires de la cité. Entre friches industrielles et immeubles délabrés, dévorés par le temps et délaissés à la décrépitude, la ville oubliée à son obsolescence a abdiqué face à la nature qui a repris ses droits. Dans les bâtiments désaffectés, révélant la précipitation du départ des habitants, objets, meubles, livres, jouets qui n'ont pas encore été pillés, jonchent le sol et les étagères. L'ouragan de la crise a fait fuir la population, qui a tout abandonné sur place, offrant une vision du déclin presque irréelle, qui semble n'être qu'une mise en scène préparée pour les besoins du recueil.

 

Yves Marchand et Romain Meffre réalisent ici un coup de maître en réussissant, via ces quelques clichés, à arrêter le temps. Le lecteur partage la neurasthénie d'une métropole plongée dans le coma, scène d'un chômage élevé, de tensions socio-ethniques, de violence, de trafic en tout genre, qui tient encore debout, pétrifiée dans l'histoire malgré l'incendie qui l'a ravagée en 1805.

Alors qu'on estime qu'environ 84 641 constructions sont inhabitées, dont 40 077 trop vétustes pour espérer une seconde vie, sa devise Speramus melhora ; resurget cineribus (Nous espérons des temps meilleurs ; elle renaîtra de ses cendres) n'a jamais eu autant de sens qu'aujourd'hui. L'avenir nous dira si ses ambitions de « ville phénix » suffiront à la soustraire à son inéluctable désintégration.

 

 

Par KanKr

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Published by Matthieu Roger - dans Géographie
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite