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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 12:13

Nouveau Monde Editions, 2014

 

 

 

Si tout le monde ne peut mettre un visage sur le peintre norvégien Edvard Munch, rares sont ceux qui ne connaissent pas Le cri, ce tableau expressionniste de 1893 symbolisant l'homme moderne torturé par une crise d'angoisse existentielle. Cette œuvre pourrait, à elle seule, incarner son auteur et ses tourments. Un artiste dans la plus grande tradition des romantiques, un génie mélancolique, une vie de bohème, des histoires d'amour alambiquées, des amitiés promptes, des rencontres éphémères, des adieux tragiques, etc. À la fois adulé et stigmatisé, notamment par la critique, Munch a une histoire palpitante digne d'une pièce de théâtre. Artiste multiple aussi bien par les supports, les techniques, les outils ou les domaines qu'il expérimente, c'est à Berlin, durant la Belle Époque, que sa production sera la plus faste. Il se rapprochera du groupe des artistes excentriques et noctambules, qui exacerbent sa créativité et donnent matière à des œuvres anticonformistes outrepassant souvent les barrières morales et bousculant l'art bourgeois. S'il avouait ne jamais peindre ce qu'il voyait mais ce qu'il avait vu, son œuvre n'en demeure pas moins essentiellement autobiographique, marquée par son enfance, sa jeunesse, ses rencontres, ses passions et ses désespoirs.

 

C'est sa passion pour cet artiste qui a poussé Steffen Kverneland à nous livrer cette biographie dessinée. Au croisement de la B.D. et du catalogue d'exposition, il revisite l'histoire déjantée de ce pionnier de l’expressionnisme dans un ouvrage pertinent et solidement documenté. À travers un style graphique et une interprétation très personnels, Steffen Kverneland s'est appuyé sur des sources d'époque écrites, de l'artiste, de sa famille et de ses contemporains (correspondances, notes, témoignages, dessins, tableaux, etc.) pour nous immerger au tournant du XXe siècle, avec humour et décalage, portant un regard romanesque sur son sujet.

On comprend aisément, à la lecture de ces 280 pages, pourquoi ce travail est le fruit de sept années de labeur, tant la précision du récit et l'aspect graphique inspiré des codes visuels de Munch nous offrent une version à la fois réelle et truculente du peintre. L'auteur use, avec talent, de divers styles, passant de l'expressionnisme au cubisme ou au surréalisme, de la couleur au noir et blanc ou encore à la bichromie, en réalisant des dessins, des photographies, des croquis, des caricatures ou des reproductions plus fidèles, allant même jusqu'à répliquer, avec son coup de crayon si singulier, les peintures de Munch. Il les recontextualise, les explique, les décrypte, pour en proposer une autre lecture et apporter sa vérité sur les œuvres du peintre.

 

Le temps d'une errance dans les pas de Munch, il nous entraîne aux plus grandes heures de l'artiste pour nous raconter son œuvre. Il se met lui même en scène effectuant des recherches, partageant ses travaux avec ses amis, via une mise en abîme qui embarque le lecteur dans une leçon d'histoire de l'art. Le récit, volontairement désordonné, par l'auteur, est à l'image d'un Munch qui dans ses œuvres s'amusait à réécrire les codes.

Steffen Kverneland nous livre là, sous couvert d'un titre au plus simple apparat du nom de l'artiste dont il raconte la vie, un projet ambitieux qui a vite trouvé sa place parmi les chefs-d’œuvre de la bande dessinée norvégienne.

 

 

Par KanKr

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Published by Matthieu Roger - dans Culture(s)
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite